BFG 9000 et Tronçonneuse : Retour sur la saga DOOM

Christophe Foltzer | 15 juin 2015
Christophe Foltzer | 15 juin 2015

Dans le monde du jeu vidéo des années 90, il y a clairement eu un avant et un après Doom. A l'occasion de la présentation du nouveau volet à l'E3 2015, nous vous proposons de revenir sur cette saga culte.

Le grand-père : Wolfenstein 3D

Quand, en 1992, John Carmack et John Romero, les patrons d'Id Software, décident de reprendre un vieux jeu tombé dans l'oubli, Castle Wolfenstein, le jeu vidéo PC n'est pas le plus développé du monde. Bien entendu, le développeur a déjà fait forte sensation avec sa série des Commander Keen, mais il souhaite à présent créer un titre qui fera date. Et c'est quasiment ce qu'ils parviendront à faire avec Wolfenstein 3D, leur premier jeu plongeant dans la 3ème dimension. Situé durant la Seconde Guerre Mondiale, le titre propose au joueur d'incarner le soldat Blascowicz, prisonnier du château Wolfenstein, QG des nazis et de s'échapper, l'arme au poing. Il devra déambuler dans de longs couloirs et tuer tout ce qui bouge, récuprer les trésors du Reich pour espérer survivre.

Un titre qui peut paraître archaïque aujourd'hui mais qui a une importance capitale dans l'histoire du jeu vidéo. S'il ne permettait que des déplacements sur un axe horizontal (impossible de regarder autour de soi), des contrôles au clavier et un panel d'armes assez restreint, il bénéficiait d'un rythme effréné qui a occupé plusieurs nuits de joueurs en mal de sensations fortes. Et puis, comment faire l'impasse sur l'imposant Mecha-Hitler, le dernier boss du jeu, qui traduit bien le second degré du studio.

Le coup de Maître : DOOM

1993 est l'année de la consécration pour le petit studio qui sort DOOM via le même système que Wolfenstein 3D, le shareware. A savoir, le premier chapitre est distribué gratuitement un peu partout et qui veut poursuivre l'aventure envoie un chèque au développeur qui lui fournit le reste du jeu. Une méthode qui a fait ses preuves à l'époque puisque énormément de jeux suivaient le même modèle, Duke Nukem 3D en tête. 

Avec DOOM, Id Software affine son moteur 3D, le rend plus fluide et plus performant, améliorant ses textures et sa vitesse pour atteindre une immersion optimale. Mais ce qui marque surtout à l'époque, c'est son univers. S'affranchissant de toutes les règles scénaristiques, DOOM propose une histoire prétexte qui se résume en quelques mots : Vous êtes Doom-Guy, un soldat de l'UAC envoyé sur une colonie martienne (Phobos) qui ne répond plus et vous y découvrez qu'une porte vers l'enfer s'est ouverte et que les démons ont pris possessions du personnel. Un seul but : survivre.

Prouesse technique ultra-gore, DOOM a défrayé la chronique par son haut degré de violence, suscitant les réactions disproportionnées de nombreux parents soucieux de la bonne éducation morale de leurs enfants. Ce qui n'a pas empêché le titre de faire un carton stratosphérique, certaines sociétés ayant même connu de grosses baisses de productivité parce que leurs employés passaient leur temps sur le jeu. Car, ce qui fait la force de DOOM, c'est bien son mode multi-joueur novateur, qui a posé de nombreuses bases de ce que nous connaissons aujourd'hui. Sans parler de l'éditeur de niveau qui a permis à une énorme communauté de se construire et d'être encore active aujourd'hui. Pour vous donner une idée de l'importance du jeu, Bill Gates a craqué son chéquier pour qu'une version de DOOM soit développée exprès pour son futur Windows 95, en faisant un argument de vente décisif. Et c'est à partir de ce jeu que l'on a parlé d'une catégorie de titres appelée Doom-like (oui, c'était comme ça qu'on appelait les FPS avant).

La confirmation DOOM 2 : Hell on Earth

Id Software, face au succès incontestable de son titre, met immédiatement sa suite en chantier. Elle sort fin 1994 et s'appelle DOOM 2 : Hell on Earth. A première vue, on pourrait penser que l'équipe a joué la carte de la facilité tant le titre ressemble à s'y méprendre à son ainé. Ce serait une grosse erreur évidemment puisque DOOM 2, non content de proposer 32 niveaux inédits, quelques nouveaux items dont la mégasphere (qui permet d'augmenter sa vie jusqu'à 200 %) et surtout le fusil à double canon, ainsi que de nouveaux ennemis..

Notre space-marine se bat cette fois contre les légions infernales qui ont envahi la Terre en son absence, ce qui permet une nouvelle variété de décors encore plus fins que les précédents et renforce l'univers. Proposant un challenge rehaussé, le titre fait évidemment la part-belle au multijoueurs et nombre de compilations plus ou moins officielles regroupant des levels créés par les fans sont sorties dans le commerce.

SI le jeu est encore plus efficace que le premier, Id Software prend bien conscience que son prochain jeu devra apporter un gros changement pour ne pas lasser son public.

Le changement, c'est maintenant : DOOM 3

Entre DOOM 2 et DOOM 3, près d'une décennie s'est écoulée et si la license est restée populaire dans le coeur des fans, il semblait entendu qu'elle ne reviendrait pas forcément sur le devant de la scène. C'est qu'entre-temps, il s'en est passé des choses. John Carmack a développé la série des Quake, pionniers du FPS intégralement en 3D (à partir de ce moment on a parlé de Quake-like et plus de Doom-Like), John Romero a claqué la porte d'Id Software pour monter Ion Storm, misant tout sur le catastrophique Daikatana, un genre de Quake qu'il avait teasé comme un sale et qui était juste une honte absolue sur tous les plans, renvoyant le pépère et ses Ferrari dans les limbes de l'histoire vidéoludique.

Alors forcément, quand on apprend que DOOM 3 est en développement, l'attente devient insupportable. D'autant que les premières infos font état d'un moteur graphique révolutionnaire, permettant des effets de lumières jamais vu et une ambiance étouffante comme on n'en a encore vu qu'au cinéma. Le jeu se veut comme un reboot de la saga puisqu'on y a incarne un jeune Space Marine arrivant dans un complexe scientifique de Mars et qui, grosso modo, revit la même chose que dans DOOM. Mais dans les faits, rien n'est plus comme avant, le titre laissant de côté son versant purement action pour entrer de plain-pied dans le monde des films d'horreur, convoquant aussi bien Alien qu'Event Horizon. Les monstres caractéristiques de la série ont subi un gros lifting, les couloirs sont étroits et sombres, l'action moins intense et la peur bien réelle. Principalement grâce à une idée toute bête mais diablement efficace : la gestion de la lampe-torche. Evoluant dans les ténèbres, votre personnage est muni d'une lampe pour se repérer, sauf qu'il ne peut tenir son arme et sa lampe en même temps ce qui fait grimper le trouillomètre très rapidement.

Si le jeu est excellent, on a bien du mal à reconnaitre notre DOOM d'amour, DOOM 3 sacrifiant à la nouvelle génération de FPS qui commençaient à fleurir, scriptant son aventure, déroulant un vrai scénario et n'étant pas le défouloir que l'on attendait. Il reste cependant un titre à essayer absolument.

La Renaissance : Brutal DOOM

Si les fans ont été très actifs dans l'univers DOOM ces 20 dernières années, aucun MOD n'a été aussi important que Brutal DOOM. Créé par Sergeant_Mark_IV en 2010, le MOD propose tout bonnement de réactualiser le vieux titre en proposant toutes les nouvelles features des FPS récents, les défauts en moins. Plus d'armes, possibilité de sauter, de regarder dans toutes les directions, textures refaites à neuf, bande-son bien métal et agressives qui laisse tomber la technologie MIDI et surtout gore à foison, Brutal DOOM est un rêve devenu réalité et permet de comprendre l'excellence du gameplay du jeu original. On a beau recommencer encore et encore les mêmes niveaux, le plaisir ne faiblit jamais, ce jeu est un vrai petit miracle.

Il a tellement marqué les gens que pas mal de ses idées ont été repiquées à droite et à gauche au fil du temps (on pense évidemment à Far Cry 3 : Blood Dragon) et ce concentré de fun pourrait s'assimilier à la vision qu'avaient vos parents de DOOM quand le premier jeu est sorti : de la barbaque en kilo-tonnes, des insultes, des explosions gores, le bonheur.

Avec le nouveau DOOM, il parait évident que les développeurs tentent de faire Brutal Doom en professionnel. Les premières images de gameplay dévoilées cette nuit laissent présager du meilleur et nous sommes prêts à invoquer tous les dieux des Enfers pour que le miracle se reproduise. Réponse l'année prochaine.

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