Batman : Arkham origins

Simon Riaux | 29 novembre 2013
Simon Riaux | 29 novembre 2013
Nous avions laissé Batman épuisé après un diptyque ténébreux, qui l'avait vu affronter ses pires ennemis pour finalement tuer dans un final cathartique un de ses plus emblématiques adversaires. En l'espace de deux jeux impeccablement maîtrisés, pensés pour enfin offrir au joueur des émotions enfin dignes d'un des plus célèbres super-héros de l'écurie DC, Rocksteady a révolutionné le petit monde de la licence de comics, jusqu'ici trop souvent cantonnée aux adaptations cinématographiques et pseudo-beat'em all pas toujours au point tant artistiquement que techniquement. Seulement voilà, Batman : Arkham Origins est sorti du giron bienveillant de Rocksteady, probablement embarqué sur quelque excitant projet next gen.

Il faudra donc faire momentanément le deuil d'un troisième épisode fantasmé, qui aurait pu répondre aux nombreux teasings éparpillés depuis le premier épisode, et boucler nombres d'arc scénaristiques encore inachevés. En lieu et place, Warner nous propose une aventure sortie certes du même moule, mais en forme de préquelle : Batman n'a enfilé son célèbre costume que quelques mois plus tôt et constitue encore pour nombre de criminels et policiers une légende urbaine. À bien y réfléchir, cette orientation est beaucoup plus maline qu'elle n'en a l'air, car si elle nous permet de découvrir non pas la formation ou les premiers pas de notre héros, mais son avènement, son passage de vigilante fortuné et porté sur le bastonnage de petites frappes à vengeur masqué acclamé par les citoyens comme les policiers insensibles aux pots de vins. Nous retrouvons donc Batman, sur la tête duquel Black Mask a mis une prime de cinquante millions de dollars (tout de même) convoquant ainsi les assassins les plus aguerris de l'univers, bien décidés à lui faire la peau au cours d'une longue nuit de Noël.

Le scénario s'avère particulièrement représentatif des défauts et qualités de ce Batman : Arkham Origins, à savoir la tentation salutaire de s'approprier la franchise, hélas jamais assumée totalement. En effet, les premières heures de jeu laissent à penser que cet épisode va replacer les mésaventures de l'homme chauve-souris dans un contexte de polar hard-boiled, plus noir et violent. Point de complot ici, ni de délire gothique ou de folie des grandeurs mais un criminel assoiffé de sang prêt à tout pour tuer Batman. Si Black Mask n'est pas l'antagoniste le plus connu de la bande-dessinée, il en est un des plus charismatiques, tout à fait inexploité par le Septième Art, donc un terrain d'expérimentation idéal. Malheureusement, le joueur réalise rapidement que non seulement le soft ne s'appuie que très peu sur le personnage, pour finalement l'éjecter grossièrement du récit afin d'orchestrer une énième confrontation entre Bruce Wayne et son meilleur ennemi. Ce dernier est loin d'être raté, et s'impose en dépit d'un design et d'une personnalité totalement remaniés comme une réussite. Il sera toutefois bien difficile de ne pas pester devant la paresse ou la lâcheté qui fait retourner le scénario à ses charentaises après nous avoir fait miroiter une intrigue resserrée et musclée.

 

Il en va de même pour la direction artistique. Elle n'est pas mauvaise, au contraire, mais ses concepteurs semblent clairement s'être arrêtés au milieu du guet. Comprenez par là que le design général a évolué sur certains points, délaissant peu à peu le baroque des deux premiers épisodes pour coller à un style graphique plus nerveux plus « jeune » (l'intrigue se déroulant bien avant le diptyque original). Non seulement le résultat est mitigé : le joker est plutôt réussi tandis que Bane est d'une banalité confondante, mais encore une fois, il n'est pas tout à fait assumé. Ainsi, si les décors intérieurs ont conservé la démesure des deux premiers jeux, les extérieurs enneigés et industriels évoquent plus ouvertement le cinéma de divertissement des années 80, tandis que les jeux de lumières (autrefois fondamentaux) se font beaucoup plus sobres. Le mariage est étrange, tant on ne sait trop si l'on regrette le jusqu'au boutisme esthétique qui lui précéda ou si l'on se languit de ne pas voir ce changement tout à fait digéré.

La saga Arkham est avant toute chose une petite perle de gameplay et de game design. Cet épisode ne fait heureusement pas exception à la règle. On regrettera que les combats soient trop nombreux, que les affrontements de boss s'avèrent bien moins créatifs que par le passé, mais l'essentiel est là et bien là. Les confrontations physiques sont puissantes et nerveuses, les gadgets toujours en aussi grand nombre (quoique pas originaux pour un sou, à l'exception de la nouvelle tyrolienne, qui permet quelques délires de prédateurs particulièrement jouissifs) et surtout, l'air de jeu regorge de quêtes secondaires aussi nombreuses que variées.

On appréciera d'ailleurs que les dites quêtes ne soient pas toutes automatiquement détectables, que certaines nous demandent de fouiller un peu Gotham, notamment lors de la résolution des diverses scènes de crimes. Plus complexes, nombreuses et riches que d'ordinaire, elles demeurent tout de même très rigides, même si les développeurs sont comme promis parvenus à les rendre infiniment plus fun et ludiques. Les stratagèmes de Nigma sont un peu moins inspirés que jadis, à ce titre on pourra regretter la quasi-disparition des énigmes disséminées dans les décors, grâce auxquelles le joueur se surprenait à arpenter en long en large et en travers tous les lieux traversés, à la recherche de la moindre référence au comics.

L'exploration est donc toujours au centre de l'aventure, dans une aire de jeu qui a doublé de volume. Une ambition certes bienvenue mais qui se traduit par une technique beaucoup moins triomphante que par le passé, framerate et textures accusant le coup d'un décor sans doute trop vaste. En effet, s'il y a mille choses à faire dans Gotham, le plaisir de découvrir les moindres arcanes de la cité maudite est moindre, la faute à certains environnements trop « indus », trop froids et dénués de personnalité. Encore une fois, on verra là la preuve d'un manque de courage (ou de liberté) tant certains espaces se révèlent inspirés, à l'image d'un Jezebel Plazza, curieux mixte des univers de Shane Black et Tim Burton.

 

Les scories et erreurs relevées plus haut ne doivent cependant pas occulter le fait que Batman : Arkham origins demeure un soft plus que plaisant, riche et varié, dont se dégage de grandes bouffées de fun et de puissance. On regrettera simplement que le tout se limite à un décalque appliqué de la recette originale, quand de toute évidence l'équipe en charge du développement était capable de donner beaucoup plus. En témoigne notamment une séquence où le joueur est invité à changer de point de vue et de personnage par la même occasion, le temps d'une beaucoup trop courte rixe, ou encore la séquence dédiée au Chapelier Fou, belle promesse surréaliste au milieu d'un enfer de béton.

 

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