Après 26 ans d'existence, le salon du jeu vidéo E3 pourrait disparaitre pour de bon

JL Techer | 18 janvier 2022 - MAJ : 18/01/2022 14:21
JL Techer | 18 janvier 2022 - MAJ : 18/01/2022 14:21

Pour la troisième année consécutive, le salon E3 de Los Angeles a été annulé, et il pourrait faire ses adieux définitifs. 

D'événement attendu comme le messie annuel par toute la communauté des joueurs et par l'industrie de sa création en 1995 aux années 2000, à un simple salon de l'agriculture de la bande-annonce du jeu vidéo post 2010, l'E3 de Los Angeles pourrait finir dans le cimetière des salons dédié aux JV plus rapidement que prévu. Pour la troisième année consécutive, l'événement n'aura pas de cadre physique, et il est fort probable qu'il n'ait plus de version numérique. 

La société gérante de l'E3, l'Entertainment Software Association, a en effet révélé qu'en raison de la pandémie de Covid-19, l'E3 2022 n'aurait pas lieu en présentiel. Si une frange du public attendait tout de même une édition en version numérique, comme cela avait été le cas l'an dernier, les espoirs de voir cela arriver sont voués à s'évanouir. Et le salon serait tout bonnement voué à disparaitre définitivement. 

 

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Le "Huggy les bons tuyaux" des insiders, le journaliste de VentureBeat Jeff Grub, a en effet pris la parole sur les réseaux sociaux afin d'annoncer la nouvelle "l'E3 a été annulé. Eh bien, physiquement il a été annulé, numériquement probablement aussi annulé". Un fait corroboré par Geoff Keighley, organisateur du Summer Game Festival, le salon virtuel qui s'était positionné en amont de l'E3 justement pour lui couper l'herbe sous le pied. 

Si l'annulation de l'E3 attristera les plus anciens à n'en pas douter, la question même de son existence était déjà remise en cause depuis plusieurs années. En effet, de nombreux éditeurs avaient déserté les rangs du salon de Los Angeles, parmi lesquels les mastodontes Sony et Electronic Arts, préférant tenir leurs propres événements en ligne. 

 

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Avec l'avènement des réseaux sociaux, et le fait que les éditeurs et constructeurs aient commencé à produire leurs sessions privilégiées d'auto-promotion en ligne, la raison d'être de salon comme l'E3 s'est vue peu à peu remise en cause. Pourquoi attendre un moment précis de l'année pour teaser le public et montrer ses jeux à venir quand il est si facile de maitriser le moment de diffusion des informations, et surtout de s'affranchir de la concurrence directe de ses rivaux, présents sur le stand d'à côté ?

De là à dire que les State of Play de Sony, les Nintendo Direct et autres Inside Xbox ont tué l'E3, il n'y a qu'un pas qu'on se gardera de franchir. Le fait est que les méthodes de communications ont énormément évolué au cours des dernières années, et que l'industrie du jeu vidéo est devenue un flot ininterrompu d'annonces et de révélations de nouveaux titres à venir. 

 

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En plus de ce courant continu d'informations, il est difficile pour le grand public de faire la différence entre un E3, la BlizzCon ou le Pax Prime. D'autant plus que les éditeurs s'amusent souvent à diffuser les mêmes bandes-annonces de jeu d'un salon à l'autre, ce qui ne fait que renforcer une impression de déjà-vu, doublée d'une certaine lassitude de la part des joueurs. 

Cependant, si pour les éditeurs et constructeurs il est assez aisé de pouvoir avoir une visibilité suffisante sur Internet pour se passer d'un événement public, la question est tout autre pour les studios de développement, et en particulier pour les petites équipes. Les salons de jeux vidéo étaient souvent, pour les studios de taille modeste et pour les indépendants, l'occasion de montrer au public leurs productions, éventuellement de se faire repérer par des éditeurs, voire de pouvoir obtenir des contrats de distribution. 

 

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A contrario, ces mêmes petits studios indépendants se retrouvent souvent perdus dans la jungle de la promotion de la Toile. En 2021, ce sont 11 922 nouveaux titres qui ont atterri sur Steam, selon la SteamDataBase, soit plus de 32 jeux par jour. Dans un tel raz-de-marée, les indépendants qui parviennent à garder la tête hors de l'eau et à atteindre le public se comptent donc sur les doigts d'une main. Avec la disparition des salons physiques, leur visibilité ne fera que se réduire davantage. Il est donc probable que les indés soient les vrais perdants face à cette mutation du marché. 

Avec la fin annoncée de l'E3, se pose la question de l'avenir pour les salons internationaux tels que le Paris Games Week, la Gamescom de Cologne ou le Tokyo Games Show. Difficile de savoir s'ils pourront conserver leur attrait et rester vivace encore bien longtemps.

 

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commentaires
Flowstiz
18/01/2022 à 15:31

Je pense que l'E3 est très différent de la PGW, de la Gamescom ou du TGS. Parce que l'E3 était un salon réservé aux journalistes. Les autres salons peuvent sortir la tête de l'eau parce qu'ils ne sont pas là que pour les annonces, ils sont là pour proposer autre chose en parallèle. On y va aussi pour l'ambiance, pour y voir du cosplay, pour se ruiner dans les stands, pour se retrouver entre passionés. Ce qui n'etait pas le cas de l'E3 de toute façon.

DL
18/01/2022 à 15:14

Je me rappelle de la période 2000 - 2010 où chaque année l'E3 était attendu comme un évènement (avec le Micromania Game Show en France, et la Gamescom en Allemagne). Des grosses annonces, et une couverture journalistique importante, au rendez-vous (par la presse spécialisée j'entend). Bien dommage d'apprendre cette nouvelle, malheureusement était-ce finalement inéluctable ? (au regard de la pandémie, mais aussi de l'industrie vidéoludique actuelle)

Kyle Reese
18/01/2022 à 14:39

32 jeux par jours ???!! 11 922 par ans !
Pire que les sorties cinés. Comment un petit studio peut-il arriver a être rentable face à ce nombre vertigineux de sorties. A comparer avec les nombres de nouveautés littéraire: 37 865 en 2020, 200 films environ aux cinémas en 2021, aucun chiffre pour le nombre d'album mais bref ... ça en fait des sorties non de zeus !

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