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Batman : pourquoi les jeux Arkham de Rocksteady ont tout compris

Par Elliot Amor
15 septembre 2019
MAJ : 21 mai 2024
15 commentaires
photo, Mark Hamill

De 2009 à 2015, l’équipe de Rocksteady Studios a su captiver les joueurs avec sa trilogie Batman: Arkham Asylum, Arkham City et Arkham Knight.

Après Cesar RomeroJack NicholsonHeath LedgerJared Leto et Mark Hamill, c’est au tour de Joaquin Phoenix de se mettre dans la peau du Joker, ennemi de toujours de Batman. La sortie du film de Todd Phillips le 9 octobre prochain (notre critique par ici) est pour nous l’occasion de revenir sur trois œuvres majeures dans l’univers de DC Comics : Batman : Arkham AsylumBatman : Arkham City et Batman : Arkham Knight.

Et Rocksteady a réussi le pari haut la main, en adaptant avec fidélité et intelligence le super-héros et ses ennemis, particulièrement ce fameux Joker.

 

The Batman : photo, Robert Pattinson« Pardon ? »

 

BATMAN : ARKHAM ASYLUM

Nous sommes en 2009 et nous n’avons pas incarné l’homme chauve-souris dans un bon jeu vidéo depuis presque 20 ans. Arrivent alors les Anglais de Rocksteady (qui à l’époque n’avaient développé que l’intéressant Urban Chaos sur PlayStation), avec un jeu Batman dont l’intrigue se déroule uniquement dans l’asile d’Arkham.

Il faut tout d’abord rappeler que le scénario est écrit par Paul Dini, l’excellent auteur qui a créé Batman, la série animée aux côtés de Bruce Timm.

 

photo batmanLe Joker et Batman dans la série inoubliable

 

Et les problèmes commencent dès le début du jeu grâce à notre amour de toujours : le Joker. L’égocentrique showman doublé par Mark Hamill infiltre l’hôpital pour en prendre le contrôle. Et c’est agréable de voir que, dès le début, le Joker est exactement comme on le voudrait. Il veut toujours porter l’attention sur lui, il rit de tout et il a ce talent pour tout prévoir à l’avance.

S’ensuivent de nombreuses péripéties causées par les célèbres Harley Quinn, Bane, Killer Croc, Poison Ivy et l’Épouvantail. On notera d’ailleurs que les accrochages avec ce dernier sont parmi les meilleurs du jeu.

Mais le vilain qui nous intéresse ici est le Joker. Plus tôt dans l’article, on le qualifiait d’égocentrique showman. Car c’est ce qu’il est : si vous avez lu au moins quelques comics dans lesquels le farceur apparaît, vous avez sans doute remarqué qu’il aime se donner en spectacle et que son sens de la mise en scène n’est plus à prouver. Et ça, les développeurs l’ont parfaitement compris et parviennent à l’exploiter comme il se doit.

 

photo, Kevin ConroyL’antre de la folie

 

Ce qui nous mène au grand final d’Arkham Asylum : après le grand combat contre Poison Ivy, le Chevalier Noir part à la rencontre du Joker, histoire de finir la nuit en beauté. Et ce boss final lui a concocté une sorte de show télévisé dans lequel plusieurs candidats vont tenter de vaincre le héros. D’ailleurs, le fait de voir régulièrement apparaître le vilain sur des écrans annonçait peut-être un tel final.

Lesdits candidats se font donc maraver la tronche en bonne et due forme et les deux rivaux, Batman et le Joker, sont exposés au “venin” de Bane. Pour rappel, le venin a pour effet de décupler la taille, la force (et la folie) de celui ou celle qui se l’injecte. En clair, la victime de ce sérum devient un monstre.

On observe donc deux réactions : du côté de Batman, sa volonté est telle qu’il parvient à ne pas se transformer en monstre dénué de raison et garde donc sa forme initiale. Tandis que du côté du Joker, sa folie et son égo sont tels qu’il devient un monstre plus impressionnant que ceux rencontrés plus tôt dans le jeu. Sa taille est plus grande, ses ongles deviennent des griffes de 60 centimètres, il a une iroquoise et surtout, il peut s’exprimer correctement.

Au bout du compte, Bat-Wayne l’emporte, la police reprend le contrôle d’Arkham et une courte cinématique nous annonce qu’on n’a pas fini d’entendre parler de l’Épouvantail.

 

photoCette iroquoise, n’empêche…

 

BATMAN : ARKHAM CITY

Deux ans après le succès d’Arkham Asylum, Warner Bros. Games et Rocksteady reviennent avec Batman : Arkham City. Durant la promo du jeu, on apprend que certains grands absents du précédent volet seront de la partie tels que Nightwing, Robin, Double-Face, Catwoman, Deadshot ou encore Talia Al Ghul. De plus, une bande-annonce semble indiquer que le principal antagoniste sera Hugo Strange.

Quand le jeu démarre, on comprend que l’asile d’Arkham est désormais un quartier tout entier de Gotham, rien que ça. On voit Bruce Wayne se faire arrêter et interner par la milice d’Arkham, sous les ordres du docteur Hugo Strange, notre antagoniste du jour (bien que l’intrigue se déroule la nuit). Ce dernier connaît l’identité secrète du Dark Knight, cela fait donc de lui un adversaire de premier rang pour notre héros. Bien sûr, ce genre d’information n’a jamais intéressé le Joker, et ça ne l’a pas empêché d’être le pire ennemi de Batman. 

 

photoLe Docteur Strange selon DC

 

Bruce-man réussit à se défaire de ses liens assez rapidement et à enfiler son costume de justicier. C’est là qu’on passe enfin aux choses sérieuses : on résout des énigmes, on sauve Catwoman, on remet les méchants à leur place, on est sauvé par Catwoman, on croise le Joker de temps en temps, etc. D’ailleurs le clown se débrouille pour capturer Batman et lui transfuser son sang. On garde ça pour plus tard.

Passons donc au grand final du Joker. Car oui, on pensait effectivement que Hugo Strange était le principal méchant, mais il s’agissait bel et bien du Joker.

L’égocentrique showman a capturé Talia, le héros doit donc aller secourir son ex au Monarch Theatre, lieu où le jeune Bruce est allé voir Zorro avec ses parents le soir de leur mort. Et cette nuit-là, le film à l’affiche a pour titre “Joker The Immortal”.

Après l’arrivée de son amant, Talia tue le clown qui menaçait de la tuer, Batman la gronde, elle se fait tirer une balle dans le dos (rien de très grave pour un membre de la famille Al Ghul) par le véritable Joker qui fait irruption depuis le balcon de la salle. On comprend donc qu’il avait engagé et manipulé un acteur : Basil Karlo, alias Clayface. Et ce genre d’idée dans un récit Batmanesque est plus que bienvenu.

Cette fois-ci le Joker avait donc écrit un scénario pour Batman et a choisi de le lui présenter comme l’avant-première d’un film.

 

photoL’artiste et sa doublure.

 

Après un long combat de boss contre Gueule d’argile, le titre “Joker The Immortal” commence à prendre du sens, car il avait prévu de plonger dans un puits de Lazare. Petit rappel : un puits de Lazare est ce qui permet à Ra’s al Ghul de guérir de tout, même de la mort. Batman l’empêche de plonger dans le puits, il ne reste donc au Joker que le sérum censé le guérir des effets du venin qu’il s’est administré dans Arkham Asylum.

Pas de bol, le farceur fait tomber son propre antidote (à croire qu’il l’a fait exprès) et avant sa mort, Batman lui dit : « Tu veux entendre quelque chose de drôle ? Même après tout ce que tu as fait, je t’aurais sauvé ». Qu’est-ce que c’est beau ! Non seulement le scénario fait le pari osé de tuer l’ennemi le plus apprécié des fans, et en plus on sait parfaitement que la mort de l’homme qui rit ne peut être une victoire, car Batman ne conclut jamais un affrontement avec la mort d’un criminel.

Le Joker rend son dernier souffle en riant et son némésis le porte pendant un long moment presque émouvant.

 

photo, Mark Hamill, Kevin ConroyLa bête a tué la belle

 

BATMAN : ARKHAM KNIGHT

Avant d’en venir à Arkham Knight, on évoque la jolie prestation du Joker dans le prequel Batman : Arkham Origins (sorti en 2013). Quand on y joue, tout semble assez clair : le principal antagoniste est Black Mask. Eh bien il se trouve que non, il s’agissait bel et bien du Joker qui avait pris la place de Black Mask. De plus, ce jeu dispose d’un intéressant DLC qui adapte le comics The Killing Joke et qui nous fait incarner le Joker. On y voit aussi apparaître le Chevalier noir sous forme de démon, mais aussi comme un reflet du protagoniste.

Et maintenant, intéressons-nous à Batman : Arkham Knight, sorti en 2015 sur PS4, Xbox One et PC. Quand on commence le jeu, on assiste à l’incinération du Joker. Ce coup-ci, on nous assure qu’il est mort, pas de doute là-dessus. Le grand méchant du jeu sera donc l’Épouvantail, qui avait en effet annoncé son retour à la fin d’Arkham Asylum, aux côtés de l’Arkham Knight. Ce dernier s’avère être Jason Todd, alias Red Hood, alias le précédent Robin, assassiné par le Joker quelques années auparavant.

Pour amener ce personnage, Rocksteady a adapté des éléments des comics Un deuil dans la famille et Batman : Under the Hood. On déplore d’ailleurs l’absence de Paul Dini au scénario sur cet opus, mais malgré ça, l’équipe de scénaristes s’en sort plutôt bien.

 

Batman : Arkham City : photoLa voix de Mark Hamill qui te dit « Batman, scared of his own reflection ».

Durant la quinzaine d’heures de jeu que représente Arkham Knight, le Joker va apparaître plusieurs fois dans des hallucinations du justicier, cela est notamment dû à la toxine de Scarecrow à laquelle il a été exposé. L’homme qui rit peut donc surgir durant des missions principales et secondaires, ainsi que durant des phases d’exploration. La mise en scène du jeu va même jusqu’à proposer des jumpscares qui fonctionnent.

Mais pourquoi ces hallucinations ? Rappelez-vous : le Joker a transfusé son sang dans le corps de Bruce, car le véritable plan de “Joker the Immortal” était de vivre dans Batman pour ensuite prendre possession de son corps, et lui faire commettre les pires atrocités. Et ainsi, ne jamais être oublié. Quand on comprend ça, on se dit que le principal méchant du jeu n’est ni l’Épouvantail ou l’Arkham Knight, il s’agit bel et bien du Joker, encore une fois.

 

photoRed Hood redevenu gentil, mais pas trop quand même.

 

Après avoir remis Jason Todd dans le droit chemin, Batman doit aller s’occuper de la dernière menace : l’Épouvantail, Jonathan Crane, qui expose encore une fois le protagoniste à sa toxine. Et là commence une séquence de jeu horrifique assez magistrale dans laquelle on incarne le Joker en vue à la première personne. Et cette fois ce n’est pas une émission télévisée ou un film concocté par le méchant du jeu : on est dans la peau de ce personnage fou, qui doit faire face à une mise en scène du héros.

Le chevalier noir exploite donc l’unique peur de son némésis : être oublié.

La séquence de jeu touche à sa fin et le joueur incarne désormais Batman pour une brève bagarre finale, afin de sceller le Joker dans un coin de son esprit. Avant de disparaître, il dit : “Bruce, ne me quitte pas, j’ai besoin de toi”. Il n’y a rien de plus vrai. Dans Batman : Arkham Knight, le Joker a littéralement besoin de Batman pour exister. Et on pourrait dire que ça fonctionne dans le sens inverse, car après cette nuit-là, Bruce Wayne, dont l’identité secrète a été révélée par Scarecrow, simule sa mort (c’est une façon pour lui et Alfred de prendre leur retraite). Si le Joker n’existe plus, Batman non plus.

 

Batman : Arkham City : photoAmour-haine

 

Une chose est sûre : le studio Rocksteady aura fortement marqué le genre super-héroïque dans l’industrie du jeu vidéo. Par exemple, quand on joue à un jeu tel que le fabuleux Spider-Man, on sent très bien que l’équipe d’Insomniac Games a passé beaucoup de temps sur la franchise Arkham. Et on les félicite de s’en être si bien inspirés.

Depuis 2015, on a très peu de nouvelles de Rocksteady. Les rumeurs racontent qu’ils seraient sur un jeu Justice League ou sur un récit tournant autour de La Cour des hiboux, et cette dernière suggestion est plus qu’alléchante. Certes, le Joker a très peu de chance de jouer un rôle là-dedans, mais la très belle fin d’Arkham Knight n’est-elle pas une superbe façon de tourner une page dans l’univers de DC ?

 

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saccard

Article très intéressant. Saviez-vous justement que la trilogie est gratuite jusqu’au 26 septembre ? https://www.epicgames.com/store/fr/collection/batman-free-week
Avec cet article qui donne autant l’eau à la bouche ce serait dommage de ne pas se priver 🙂

Rudy Mako

Je suis d’accord. Je continue de me dire que Warner aurait dû suivre cette voie, en laissant Affleck faire son film.

ToiTouOne

Les batman de rocksteady resteront une référence du genre et gravés dans nos mémoires à tout jamais. Complétement d’accord avec l’un des comentaires précédent et j’y pense depuis longtemps que la franchise tortues ninja mériterait un bon jeu comme sait le faire les studios rockstady, très bon article.

Winwin

En vérité si vous finissez le tout dernier Batman de cette trilogie (à 130%) et qu’on active le projet Knightfall , on voit une courte scène où un genre de Batman se met à attaquer des ennemis.

Neobox

Merci pour cet article
Il est clair que rocksteady non pas pris les fans pour des c** avec cette trilogie et mentions special a origins qui était excellent également !
A chaque fois je me demander comment il aller faire pour faire mieux que le précédent et pourtant ils y sont parvenues .
J’ai hâte de connaître leurs prochain jeu 🙂