The Evil Within 2 : le jeu qui fait de toi sa Scream Queen

Mise à jour : 24/10/2017 00:19 - Créé : 11 octobre 2017 - Jacques-Henry Poucave
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Un monstre jaillissant de l’ombre, un corps en décomposition qui surgit au détour d’un angle mort, un son inquiétant, une ombre qui se précipite sur vous… Et c’est le sursaut, voire, si on a su vous l’asséner correctement, le cri.

Ce vertige de l’effroi, symptôme ultime d’un survival horror réussi, signe d’une articulation parfaite de la terreur, compte parmi les plus beaux accomplissements que puissent nous proposer les jeux jouant sur le nœud coulant de l’angoisse.

Alors qu’approche à grands pas la sortie de The Evil Within 2, l’occasion était trop belle de revenir sur un des plus beaux emblèmes de la peur au cinéma, trop rarement évoqué, ou renvoyé au rang d’icône kitsch. Nous voulons bien sûr vous parler des Scream Queens.

 

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LA CHAIR EST DECIBELS

En apparence la Scream Queen est une petite reine de la série B, à la durée de vie le plus souvent inversement proportionnelle à ses capacités de nuisance sonore. Sauf que c’est un peu plus compliqué que ça, et que leur figure a progressivement évolué jusqu’à englober bien des facettes du genre horrifique.

 

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Fay Wray

 

On situe généralement l’acte de naissance de la scream queen en 1933, avec l’avènement de King Kong. Faussement virginale dans sa robe immaculée, la blonde Fay Wray se débat et hurle dans la pogne de King Kong alors que ce dernier lui voue une adoration concupiscente. Dès cette apparition, les lignes de forces de la diva du cri sont posées. Tout d’abord, il y a ce mélange essentiel entre Eros et Thanatos, qui fait de la Scream Queen une emblème sexualisée à l’extrême, le réceptacle du désir du spectateur ainsi que de celui du boogeyman, tout autant qu’une cible mortelle. Evidemment l’apparente pureté de Fay Wray ne fait pas illusion, même en 1933 et ne fait qu’annoncer la dimension de critique psycho-sexuelle que prendra le personnage beaucoup plus tardivement.

 

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Marilyn Burns

 

CACHEZ CES CORDES VOCALES

Mais c’est à la fin des années 70 avec l’avènement du slasher et le cultissime Halloween, que la Scream Queen devient cette jeune femme hurlant sous la lune, poursuivie par un meurtrier impitoyable. Et plus précisément, c’est le tout premier Vendredi 13 qui fera d’elle une jeune fille, souvent peu prude, voire à la sexualité alerte.

La Scream Queen se meut alors en symbole du retour du refoulé Reaganien qui sévit alors sur le cinéma de genre. Retour au moralisme, châtiment des impurs, des toxicos et des jouisseurs en tout genre. La Scream Queen est à la fois celle dont le spectateur attend la punition, punition qui l’autorise justement à glisser un œil à sa plastique parfaite et généreusement captée par la caméra alors qu’un type masqué s’apprête à pénétrer son anatomie d’un énorme coutelas/machette/hache/etc. Quelles que soient leurs mœurs et les (contre)valeurs qu’elles incarnent, les Scream Queens s’apprêtaient déjà muter sérieusement.

 

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Sybil Danning

 

GIRL POWER

Car les cordes vocales, depuis Massacre à la Tronçonneuse, ont commencé à jouer un autre rôle. Dans le chef d’œuvre de Massacre à la Tronçonneuse, en 1974, Marilyn Burns, qu’on peut raisonnablement considérer comme l’impératrice des Scream Queens, va proposer une forme de synthèse fascinante.

L’héroïne qu’elle interprète est incontestablement le prototype de cette belle blonde magnifiée ou caricaturée par le cinéma de genre, mais elle évolue au fur et  à mesure que le film pulvérise la structure attendue d’un enchaînement métronomique de morts, vers une toute autre stature. Dans ce qui constitue la hurlée la plus incroyable du cinéma, l’artiste interprétera une gamme d’émotions d’une finesse sidérante, modulant ses cordes vocales de la vocifération, au beuglement, aux pleurs, jusqu’à au hoquet, entre fou-rire nerveux et collapsus total.

Ce cri, Leatherface y répond, alors que l’effroi circule au sein du récit, renvoyant monstres et victimes au statut particulièrement troublants d’équivalents, voués à s’entredévorer au sein d’un univers cauchemardesque et entropique.

 

Photo Ashley Laurence

 

 

EVIL RISER

Pour bien saisir la bascule que vont provoquer les survival horror et le type d’angoisse générée par Evil Within 2, il faut revenir sur un film et un personnage bien particuliers. Il s’agit d’Hellraiser, et de la jeune femme qui y donne de ses cordes vocales, à savoir Ashley Laurence. Belle-fille de la monstrueuse anti-héroïne qui convoquera bien malgré elle les abominables cénobites.

Comme dans The Evil Within 2, elle assistera, impuissante, au déferlement au cœur du quotidien d’un outre-monde désireux de dévorer son univers. Et si elle s’illustrera comme honorable Scream Queen, elle aura bien mieux à faire que de simplement fuir, puisqu’elle apprendra les règles de ses ennemis pour mieux les retourner contre eux.

C’est ce qui fait d’elle une représentante à part dans le genre et de sa position un point de vue annonciateur d’une bascule fondamentale du genre horrifique. En effet, le jeu vidéo, en donnant au spectateur une manette et en transformant radicalement son positionnement empathique, va tout changer. Et c’est à la maturation de ce dispositif à laquelle nous assistons grâce à Shinji Mikami. Comme nous allons le voir, The Evil Within 2 nous propulse dans une nouvelle ère de l’angoisse, qui fait de nous un nouveau type de Scream Queen.

 

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RENCONTRER LE DIABLE

Ce cri ininterrompu, achèvement de notre peur et de la rage fiévreuse qui s’empare des créatures que nous devons combattre est un des ingrédients de tout survival horror qui se respecte. En effet, si on retrouve toujours au sein de ces récits quantités de beuglements destinés à nous glacer le sang, le plus important a changé d’émetteur.

Car désormais, nous ne regardons plus une œuvre passivement, attendant d’en voir crier une victime, qui nous plongerait dans tel ou tel état. Celui dont les survival horror veulent déchirer la gorge d’effroi n’est plus une jeune femme courtement vêtue, ou un quaterback au vocabulaire limité. Non, c’est bien le joueur, qu’un soft aussi habile que Evil Within, entend transformer en Scream Queen, entité hurlante, à la fois consentante et sacrificielle, agneau de terreur et de plaisir, poursuivi par des peurs qu’il a lui-même convoqué.

 

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En effet, pour nous guider dans les gouffres de l'horreur, il n'est désormais plus besoin d'une embassadrice terrifiée, qu'inconsciemment nous poursuivons, tout en la soutenant, sans oublier de nous y identifier. Non, l'objet de la terreur, c'est le joueur, celui que des créatures innommables traquent sans relâche. Et dans Evil Within 2 comme en matière de Scream Queens, l’ambivalence prévaut. Car dans le jeu de Shinji Mikami, comme dans tout bon survival horror qui se respecte, nous sommes à la foi victimes et acteurs de notre peur. Nous souhaitons nous confronter à ce qui hante les ténèbres, comme nous redoutons de voir ces monstruosités surgir en pleine lumière.

À la manière de ces divas gueulantes, le joueur navigue toujours entre le cri complice, le cri terrifié, et la pure adrénaline. On pourrait se demander pourquoi la tradition des Scream Queens paraît s’être tarie, ou ne jamais vraiment s’être incarnée manette en main. Peut-être parce que grâce à des productions comme Evil Within 2, nous sommes tous des Scream Queens en puissance.

 

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commentaires

Oscar 12/10/2017 à 19:55

1er opus classique mais bien foutu
Parfait pour le vieux nostalgique de RE que je suis

ujacrpgi 11/10/2017 à 23:39

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