Le producteur Jason Blum prédit la mort du cinéma tel que nous le connaissons

Christophe Foltzer | 15 février 2017
Christophe Foltzer | 15 février 2017

Qu'on le veuille ou non, le cinéma n'est pas un art figé et dépend de plusieurs choses : les avancées technologiques dans un premier temps, et les goûts du public. Ou l'inverse, on ne sait jamais vraiment. Mais ce qui est sûr c'est qu'il risque de changer très rapidement.

Et c'est vrai que l'on peut déjà en voir les premiers signes depuis quelques années. L'émergence des services de VOD par exemple, qui permet aux petits films de se passer d'une sortie en salles pour toucher directement un public plus large et un peu méfiant. La série télé également, qui est son concurrent le plus sérieux et a brouillé les frontières entre les deux médias, notamment avec l'explosion de Netflix ces deux dernières années. Autant de petits détails qui, collés bout à bout, prouvent qu'il se passe définitivement quelque chose.

 

Photo Sam Neill

 

Et le producteur Jason Blum, de Blumhouse (Paranormal Activity, Insidious, Sinister, Split, mais aussi Whiplash) en est très conscient, à la différence d'apparemment pas mal de ses collègues, puisqu'il a tenu à en parler lors de la dernière conférence Recode Media en Californie, devant un parterre médusé. Il n'y va pas avec le dos de la cuillière le bougre puisqu'il prédit un effondrement possible de l'industrie telle que nous la connaissons actuellement :

"Je pense que quelques films resteront dans les cinémas traditionnels alors que la plupart verront leur fenêtre de tir s'effondrer. Nous sommes bien au-delà de l'époque où nous disions aux enfants ce qu'ils devaient regarder. Vous tuez votre propre business. Je pense que nous devrions conserver une sortie salle comme une option mais nous devrions aussi avoir celle de la maison. Aussi longtemps que l'économie reste la même et que nous pouvons encore faire des choses différentes."

 

Underwood

  

De manière sous-jacente, Blum invoque une répartition des tâches entre les différents médias, faisant notamment référence à Netflix et Amazon. Mais pas forcément dans une logique de distribution pure, mais bel et bien dans un souci de créativité et de diversité, la multiplication des plateformes et leur succès permettant ainsi de compartimenter les genres et ainsi de s'assurer qu'ils soient tous représentés.

"Il y a 5 ans, si vous aviez essayés de faire Manchester by the Sea, cela n'aurait pas été possible. Le film profondément dramatique était un genre presque disparu et maintenant s'il revient en force, c'est qu'il y a un vrai marché pour les drames adultes que le système de distribution traditionnel ne peut pas atteindre."

Une grosse prise de conscience à l'échelle globale s'impose donc, pour mieux préparer le futur. Et si voir un film au cinéma est toujours un plaisir et un bonheur, il ne faut cependant pas perdre de vue que l'industrie est en pleine mue et qu'il ne faut pas forcément s'accrocher à ses vieux rêves de voir son film projeté sur grand écran si l'on veut pérenniser l'industrie. En gros, il faut savoir vivre avec son temps.

 

Photo Casey Affleck

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commentaires

Fisher
15/02/2017 à 12:43

@Birdy

Le problème c'est aussi le public. C'est une équation complexe, mais le public joue un rôle. A cause de ses goûts, du prix de la place, de sa non-curiosité de son désir de rentabiliser le prix du billet par un spectacle explosif qui justifie la sortie et le divertissement... il finance un certain type de cinéma, en masse, et ne donne pas de chance au reste. Même quand il en a l'occasion.

Birdy
15/02/2017 à 12:22

Et à côté de ça les multiplexes poussent comme des champignons, on bat les records d'entrées d'années en années, et les blockbusters n'ont jamais autant rapporté.
Le vrai problème n'est pas que les gens ne se déplacent plus au cinéma, mais que l'offre s'est concentrée sur quelques films qui vampirisent toutes les salles.
Il est évident que la VOD, comme toute la chaîne de distribution d'un film ( et d'une série ) évolue. De là à prédire la mort du cinéma en salle... mouais... j'y crois pas.

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