Vin Diesel : super-naze ou Super-héros ?

Sophie Sthul | 18 janvier 2017
Sophie Sthul | 18 janvier 2017

Emblème de la saga Fast & Furious, Vin Diesel est incontestablement une star du cinéma d’action. Pourtant, l’acteur et producteur ne ressemble à aucun autre dans le paysage du cinéma de divertissement. Moqué, adulé, parodié, loué, il est autant objet d’affection sincère que de mépris total. Vin Diesel est-il super-héros ou un gros naze ?

Printemps 2011, Marseille. Toute l’équipe de Fast & Furious 5 est venue célébrer ce qui s’annonce comme le plus gros succès de la saga après le renouveau amorcé avec le quatrième épisode, à l’occasion d’une avant-première épique. Journalistes, curieux, cinéphiles et fans de la série se massent devant le tapis rouge.

 

Photo Vin Diesel

 

Alors que comédiens, agents et proto-people approchent, un bref orage éclate. Tout le monde court s’abriter alors que les giboulées s’écrasent sur le joli décor motorisé, mais pas Vin Diesel. Sourire au lèvre, il jette un regard aux éclairs derrière lui, lève les bras et beugle d’un air ravi.

« Je suis Hannibal, le Dieu du tonnerre ! »

Hilarité, gène, rupture du continuum espace-temps. Celle-là, même Van Damme n’a jamais osé la sortir. Mais la foule rassemblée n’a pas le cœur à la moquerie. L’enthousiasme de Vin Diesel est instantanément communicatif, entre mégalomanie euphorique et joie enfantine. C’est dans ce paradoxe qui oscille constamment entre ridicule et dynamique jubilatoire que réside la force – et la vide stellaire – que symbolise le personnage.

 

Les Chroniques de Riddick

Vin Diesel et David Twohy, sur le tournage des Chroniques de Riddick

 

RAGING BOULE

On l’oublie très souvent, mais avant d’être l’empereur d’une saga aussi beauf que décomplexée et divertissante (voire surréaliste) Vin Diesel est tout simplement un comédien. Fils d’un directeur de théâtre, il foule les planches très jeune, mais va galérer pour entrer à Hollywood, accumulant les petits boulots de videur New Yorkais.

Qu’à cela ne tienne, Diesel se fait remarquer et de fort belle manière. D’abord à Cannes, en 1995, où Multi-facial, le court-métrage qu’il écrit, produit, réalise, interprète et finance est très apprécié. Le jeune artiste ne se contente pas d’attiser la curiosité sur la Croisette. Deux ans plus tard, c’est Sundance qu’il séduit avec son premier long-métrage, Strays. Il est à nouveau à tous les postes de ce récit qui narre la rencontre entre un petit dealer torturé et violent et une jeune femme.

 

Strays

Vin Diesel dans Strays

 

Spielberg n’y sera pas insensible, au point de lui obtenir un rôle dans son Soldat Ryan. Après quoi il double Le Géant de Fer (créant ainsi sans le savoir le personnage de Groot, dont Kevin Feige s’inspirera pour Les Gardiens de la Galaxie bien des années plus tard), avant de revenir se faire primer en France à Deauville pour Les Initiés. Pour autant, on ne peut pas dire que la presse et le public aient identifié Diesel, et c’est dans un tout autre domaine qu’il va réaliser une percée décisive.

 

Pitch Black, première aventure de Riddick 

 

BLAST & FURIOUS

À quelques mois d’écart sortent Pitch Black et Fast & Furious. Son image de gros vénère chauve à la voix d’outre-tombe impriment instantanément la pellicule et le cœur du public, plutôt en mal de gros musclor. En 2002, xXx accentue encore le trait. À bien des égards, il est déjà le porte étendard de la brutalité souriante et numérique qu’il est encore à ce jour. Pourtant, sa carrière est bien plus nuancée que cela à y regarder de près.

 

Vin Diesel dans Jugez-moi coupable

 

On pourrait même dire que s’il a toujours œuvré du côté du divertissement, Vin a essayé de toutes ses forces de s’extraire de l’ornière Marcel-Tatouage-Tribal-Gazoline-Wesh-Gros. Qu’il s’agisse d’un thriller teinté de drame, d’un film de procès mis en scène par un immense cinéaste ou d’une tentative d’incursion dans la SF adulte, l’acteur essaie d’étendre son répertoire.

Mais Un homme à part sort dans l’indifférence totale. Jugez-moi coupable est perçu comme un Sydney Lumet fatigué et la prestation – excellente de Diesel souvent moquée – quant à Babylon A.D. le film est un échec historique, tant du point de vue de la stricte adaptation que de celui du divertissement.

 

Vin Diesel dans Babylon A.D.

 

Vin Diesel est toujours perçu comme un forçat du cinéma d’action décérébré, personne ne l’envisage autrement que par ce prisme. Même Les Chroniques de Riddick, passionnant space opera aux ambitions démesurées est accueilli avec une tiédeur qui n’est pas loin de confiner à la malveillance. Et peu importe que le film soit rapidement réévalué et envisagé comme une très audacieuse tentative d’odyssée spatiale, Vin reste Diesel.

Pire, les insuccès consécutifs des productions évoquées ci-dessus et de gros ratages comme Baby-Sittor font quasiment de lui un has-been en devenir. Pour la presse et de nombreux commentateurs, sa carrière est dans l’impasse.

 

Vin Diesel dans Baby-sittor

 

SUPER SANG PLOMB 

Mais c’est sans compter sur le public. Diesel communique avec ses fans sur les réseaux sociaux, se livre sur ses projets, échange avec une apparence de franchise et une forme de sincérité qui cristallise un vaste groupe de supporters. De là va naître un fossé que nous observons aujourd’hui encore, entre l’orientation initiale de la carrière de l’artiste, la direction qu’il entend lui donner, l’amour que le public lui porte et les films qu’il encourage.

Quand Vin Diesel reprend en main la franchise Fast & Furious à l’occasion du quatrième épisode qu’il produit, les quolibets fusent. Sauf que le public lui, se rue voir le film, qui accumule rapidement les centaines de millions de dollars de recettes. Rien n’arrêtera plus dès lors la saga, qui va péter tous les records, s’imposer comme LA série spectaculaire, décomplexée et multiculturelle des années 2010. Elle s’apprête à dévoiler son huitième épisode dans quelques semaines.

Producteur, chef d’orchestre de l’écriture, décisionnaire à de nombreux niveaux et évidemment interprète, Vin Diesel tient là son salut et sa malédiction.

 

Fast & Furious 6 

FJORD MUSTANG

Les fans en redemandent et la saga continue de charmer le box-office, s’enrichit de nouveaux personnages, jusqu’à se parer d’airs de méta-James Bond mongoloïde. Débile, régressive, mais plus honnête, inventive et réjouissante que la quasi-totalité de la production mainstream, Fast & Furious règne sans partage sur le game hollywoodien.

Mais Vin sait bien que pour échapper aux vapeurs d’essence, il doit fabriquer une autre licence, s’assurer un autre succès. Il produira envers et contre tout Riddick 3. Échec. Il tente l’action mâtinée de Fantasy avec Le Dernier Chasseur de sorcières. Échec. Il veut revenir à l’acting noble et oscarisable avec Un jour dans la vie de Billy Lynn. Échec.

 

Photo Vin Diesel

Le Dernier chasseur de sorcières

 

Tant et si bien qu’il en vient aujourd’hui à hybrider xXx et Fast & Furious à la faveur d’un xXx : Reactivated aux airs de reboot trempé dans l’energy drink pour poney culturiste. Le résultat est artistiquement désastreux mais hilarant, à l’image d’une carrière protéiforme mais dont le centre de gravité demeure invariablement la tôle froissée.

 

Photo Paul Walker, Vin Diesel

Fast & Furious 7, avec Paul Walker 

 

VADE RETRO VOITURAS !

Diesel a-t-il manqué de chance ? N’était-il pas armé pour tenir la dragée haute aux Bale, DiCaprio et autres champions du « grand » cinéma hollywoodiens. Bien malin qui saurait y répondre. Une seule chose est sûre, à l’heure actuelle, l’artiste n’est pas devenu le super-héros du Septième Art qu’il ambitionnait d’être.

 

Photo Vin Diesel

Un jour dans la vie de Billy Lynn

 

Pour autant, le cataloguer comme un abominable neuneu mégalo serait une énorme erreur. Oui, le traitement qu’il se réserve dans Fast & Furious, son incapacité à négocier avec un corps qui n’a plus grand-chose d’athlétique ou la complaisance avec laquelle il se met en scène comme un chantre du sport extrême ne sont pas sans évoquer un certain Steven Seagal.

Mais à la différence de ce dernier, Diesel est toujours capable de plier une partie de l’industrie à ses désirs. Preuve sinon de la malice du bonhomme, à tout le moins de sa volonté inébranlable, Fast & Furious a survécu à Paul Walker, s’est totalement réinventé, et s’affirme comme LA poule aux œufs d’or d’Universal. Contre les pronostics, contre la logique, contre le « bon goût », Diesel aura transformé la série en un bon vin, vieillissant de mieux en mieux chaque année.

Alors, Super-naze, le Vin Diesel ? Sûrement pas. Plutôt un Demi-Dieu du Tonnerre lourdement cylindré.

 

Photo Vin Diesel

xXx : Reactivated avec Nina Dobrev

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commentaires

Bubu
20/01/2017 à 14:04

Vin diesel est un acteur moyen je le vois bien dans le reboot de Dragon Ball z son personnage serait vegeta avec une perruque ca serait GÉNIAL

dany15
19/01/2017 à 11:16

Le jour ou la franchise de The fast in furious ne fera plus de recettes , ce gars finira dans l'oublie , a tourner des DTV

Ultron75
19/01/2017 à 10:58

Personnellement, j'aime Riddick et c'est tout merci... Riddick est particulièrement mutique donc parfait pour Vin qui au final a surtout une voix incroyable...

corleone
19/01/2017 à 10:30

Y Boy Merci mais putain comment ai je pu égratigner le nom de cette légende vivante!? Shit

Y Boy
19/01/2017 à 09:46

@corleone : Seagal, pas Steagal...

corleone
19/01/2017 à 08:38

Ne comparez plus jamais ce gros lard à Steven Steagal. Steagal est un maître qui a passé sa vie à faire des arts martiaux de haut niveau et a apporté au cinéma beaucoup plus que ce charlatan tête à claques. Diesel a un jeu unidimensionnel et ça se prend pour le nouveau Harrison Ford.

Edge
19/01/2017 à 02:58

Bon article, le gars a en effet essayé de sortir de son tiroir à plusieurs reprises. Ce n'est sûrementpas un grand acteur, mais il est bien meilleur qu'un Steven Seagal, qui n'a jamais été foutu de jouer quoi que ce soit. Après, sa mégalomanie finira sans doute par lui coûter sa carrière, mais il auramis des sous de côté.

Beaucoup de VIN et sûrement pas de DIESEL
18/01/2017 à 22:04

Gros Super-zéro et on verra bien dans quelques semaines si sa poule aux oeufs d'or survit sans Paul Walker

jacamel
18/01/2017 à 21:48

Article sympa ! merci
Après, c'est sûr nous avons 2 (Y boy et Bubu) grands pronostiqueurs, spécialistes de cinéma Z qui nous font leur numéro.

@Rédaction : ne saurait-il pas possible (mais si ! mais si !) que les diverses photos, images illustrant les articles du site EL soient légendées, quand on passe la souris dessus ? Merci.

Bubu
18/01/2017 à 21:36

Je pense que c est un acteur pas terrible et il finira comme van damme dans des films nuls sans âme le prochain sera colin farell

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