A Cure for Life : on a vu les 30 premières minutes du nouveau cauchemar de Gore Verbinski

Christophe Foltzer | 21 décembre 2016
Christophe Foltzer | 21 décembre 2016

La semaine dernière, la Fox présentait à un parterre de journalistes français son line-up 2017. L'occasion d'y voir de très belles choses, dont la première partie de A cure for life. Attention, SPOILERS.

Si pour le grand public, Gore Verbinski est avant tout le réalisateur de Pirates des Caraibes, pour nous, il est surtout l'homme qui a réussi l'impossible en tirant du Ring d'Hideo Nakata un excellent remake, Le Cercle, qui n'a pas à pâlir face à son modèle. Alors, le retrouver aux commandes d'un nouveau film d'horreur, en mode Lovecraft et Bioshock, forcément, ça fait rêver.

A cure for life commence de la façon la plus étrange qui soit : par la crise cardiaque d'un vieil employé d'un groupe financier à son bureau, la nuit. Son successeur, le jeune et ambitieux Lockhart, est aussitôt convoqué au directoire pour se voir confier une mission de la plus haute importance. Le conseil d'administration visant une fusion prochaine avec un concurrent, il a besoin de la signature du Président, Roman Pembroke, retiré dans une station thermale dans les montagnes Suisses et qui ne semble pas vouloir revenir. Il leur a d'ailleurs adressé un courrier éloquent en ce sens, dénonçant par la même occasion leurs activités néfastes pour l'humanité. Lockhart se rend donc dans les Alpes et y découvre un grand château qui aurait été le théâtre d'un drame 200 ans plus tôt.

 

trailer gore verbinski

 

Il n'arrive pas à voir Pembroke et, après une rapide conversation avec le directeur de l'établissement, il s'en va, non sans avoir aperçu une envoûtante silhouette féminine sur les hauteurs du château qui le regardait partir. Un cerf traverse soudainement la route et l'accident est inévitable. Lockhart se réveille trois jours plus tard dans le château, la jambe dans le plâtre et le directeur l'informe qu'il est obligé de rester là le temps de sa convalescence mais qu'il n'y a aucun problème, sa société ayant été prévenue. D'ici là, il lui propose un traitement pour le remettre sur pied le plus vite possible. Evoluant dans les couloirs, Lockhart cherche Pembroke et arrive dans le sauna où il est censé se trouver. La fumée l'enveloppant complètement, il perd ses repères et commence à avoir des hallucinations. Il trouve enfin un vieillard qu'il identifie comme étant son Président....

 

Photo Dane DeHaan

 

NI DIEU, NI MAITRE, JUSTE DES HOMMES

Cette longue mise en bouche laisse un goût étrange sur le palais. Si l'on y reconnait immédiatement le style inimitable de Verbinski, sa patine visuelle et artistique de toute beauté, nous avons été quelque peu choqué par la construction dramaturgique de ce premier acte. En effet, la structure est quelque peu éclatée, sacrifiant son rythme sur l'autel de nombreux flashbacks nous présentant le background nécessaire du héros pour la suite de son aventure (le décès de sa mère, sa triche pour boucler un dossier), dans une narration morcelée un brin fatigante et qui amenuise fortement l'aura de mystère installée par sa séquence d'ouverture. Nous en sommes donc réduits à une position de passivité accrue où l'on gobe tout ce qu'il y a à gober en attendant de commencer notre voyage. Une approche didactique assez périlleuse et franchement rébarbative qui donne plus au film des allures de DTV que de vrai objet de cinéma. 

 

trailer Bioshock

 

A ce titre, il nous a semble que l'histoire donne énormément d'éléments de son scénario dès le départ, au risque de tuer le mystère dès le début. Le message sur la jeunesse, le travail et l'aliénation est clair, le passé du château n'est pas un mystère et au détour d'un ou deux plans se profile même un bon gros twist qui remettra tout en question dans sa conclusion. Une approche maladroite donc pour un postulat qui aurait gagné à ne dévoiler qu'avec parcimonie les secrets de son vrai visage. Il va sans dire que l'habitué du genre ne se laissera pas forcément prendre au jeu. 

 

Photo Mia Goth

 

LE POIDS DE L'EAU

Cela dit, dès que nous arrivons au château, l'ambiance change radicalement et le ton du film également. Au détour d'un escalier, d'un coin de terre, l'endroit trahit sa double nature par des petits détails qui retiennent notre attention et nous intriguent comme il le faut. Le comportement des résidents comme du personnel laissent d'autant plus penser qu'il s'y passe des choses terribles que les quelques visions qui assaillent notre héros renforcent le passage d'un monde à l'autre. Oui, A cure for life nous fera plonger dans un vrai cauchemar après son installation laborieuse et, de ce la, nous n'en avons évidemment rien vu.

 

trailer Bioshock

 

L'accident de voiture est aussi soudain que terrible et efficace et permet au film de basculer dans l'étrange et le sordide avec naturel. Préparez-vous d'ailleurs à quelques vieilles en mode full-frontal nudity... La dernière séquence dans le sauna prouve par contre l'énorme potentiel artistique du film. Un labyrinthe enfumé où rien n'est plus à sa place, traversé de visions grotesques avec un héros qui perd progressivement pied, sur ce terrain, A cure for life fonctione à merveille. Il est d'ailleurs intéressant de constater l'approche très européenne de la mise en scène et de la direction artistique. On se retrouve en effet à une sorte de croisée des chemins entre différentes influences qui convoqueraient aussi bien la littérature d'horreur du 19ème siècle, que les films de la Hammer des années 60, tout autant que le cinéma espagnol fantastique du début des années 2000. Un choix étonnant de la part de Verbinski mais qui confère à l'ambiance recherchée une grande puissance d'évocation qui risque de durablement nous marquer. Un peu comme si Paolo Sorrentino avait réalisé L'Orphelinat ou Fragile quoi.

Difficle évidemment de se faire une réelle idée du film avec si peu de choses. Pourtant, en dépit de son démarrage très laborieux, A cure for life semble remplir son pari haut la main par la suite. Et si son histoire ne sera pas forcément des plus originales, il nous promet cependant une atmosphère poisseuse et un cauchemar envoûtant, à l'image du mystère qu'il essaye de nous vendre depuis quelques semaines. On attend donc le le 15 février avec une impatience renouvelée.

 


 

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