Censure et cinéma : le sexe non simulé ne serait plus automatiquement interdit aux mineurs

Jacques-Henry Poucave | 1 mars 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Jacques-Henry Poucave | 1 mars 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Alors que depuis des mois, l’association Promouvoir a entamé une véritable croisade contre les œuvres cinématographiques qu’elle souhaite voir censurées (avec à la clef quelques succès retentissant), la nouvelle ministre de la culture vient d’annoncer une série de mesures.

Groupuscule catholique ultra-traditionnaliste, dont le porte-parole, avocat et ex-président est proche de l’extrême droite, Promouvoir est parvenu à obtenir, en référé ou auprès la cour d’appel du tribunal administratif la levée du visa d’exploitation de plusieurs films (Nymphomaniac, Love, La Vie d’Adèle, Saw 3D, Antichrist, etc…), notamment en se référant à un article du code du cinéma, lequel stipule que les scènes de grande violence ou de sexe non simulé doivent entraîner une interdiction automatique aux mineurs.

D’où une faille législative, puisque la mission de la commission de classification des films, qui propose au ministère de la culture une classification pour chaque film (avis traditionnellement suivi par le ministère), se repose non pas sur des critères objectifs, mais bien sur une interprétation. Ainsi plus que la « quantité » de violence ou de sexualité présente à l’écran, c’est l’intention du film, ainsi que son éventuel réalisme qui sont pris en compte.

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C'est popurquoi des œuvres contenant des scènes de grande violence (Les 8 Salopards) ou de sexualité graphique (Love) n’aient pas été interdits aux moins de 18 ans. Faille qui permet aujourd’hui à Promouvoir de se pourvoir auprès des tribunaux en arguant du non-respect des dispositifs légaux.

Suite aux nombreuses levées de visa obtenues par Promouvoir, les professionnels du cinéma avaient réclamé que l'ancienne ministre de la culture (Fleur Pellerin) se penche rapidement sur la question. ce qu'elle avait fait, avant de logiquement transmettre le dossier à Audrey Azoulay, qui lui  a succédé à la tête des affaires culturelles.

C’est sur ce point que le ministère entend notamment intervenir, en s’appuyant sur le rapport rendu par Jean-François Mary, président de la commission de classification du CNC. Ce dernier explique notamment que la distinction automatique entre sexe simulé et non simulé serait caduque, les techniques cinématographiques permettant désormais de représenter des scènes tout à fait réalistes et crues.

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Une manière de renforcer les avis rendus par la commission, dont les interdictions pourraient désormais reposer sur « l’absence de caractère esthétique ».

Le ministère entend notamment réduire les délais de traitement de ces affaires, qui aboutissent actuellement à des aberrations. Le but serait ici d’éviter que des œuvres connaissent une classification différente en salle et en vidéo, ce qui permettrait de rationaliser leur exploitation. Pour ce faire, Monsieur Mary préconise de faire du Conseil d’Etat la première et la dernière instance légale, afin d’éviter la multiplication des recours.

Tout savoir sur Love

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commentaires
Newt
02/03/2016 à 14:07

J'adore comme quelques esprits éclairés viennent caricaturer tout sur ce sujet. Ca lit en diagonale, ne se plonge même pas dans le texte de loi, et ça voudrait ensuite accuser la société qui part en vrille. C'est désolant sous ces airs comico-trollesques.

klokateer
02/03/2016 à 13:38

C'est le moment de se bouger merci.

Satan la bite très dure
02/03/2016 à 10:56

Cool, je vais enfin pouvoir emmener mes gosses voir avec moi "Défonce moi le petit trou" ou "Couilles pleines pour vendanges juteuses" !! Ah c'est beau le progrès et l'évolution des moeurs.

adoy
01/03/2016 à 17:14

vive le cinéma français ! l’exception culturelle...

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