La Vie d'Adèle : Abdellatif Kechiche se félicite de l'action de Promouvoir et de la Cour d'Appel

Simon Riaux | 11 décembre 2015
Simon Riaux | 11 décembre 2015

Quelques jours après que Promouvoir, association catholique intégriste et proche de l’extrême droite, ait obtenu le retrait du visa d’exploitation de La Vie d’Adèle, son réalisateur réagit. Et surprend tout le monde.

On attendait Abdellatif Kechiche plutôt du côté de la Commission de Classification, laquelle s’était engagée pour défendre son film, mais manifestement, le réalisateur est à l’aise avec la décision rendue par la Cour d’Appel de Paris. Cette dernière a estimé que l’interdiction du métrage aux moins de 12 ans était insuffisante, en raison de scènes de sexe réalistes.

« Cette décision me paraît plutôt saine », a ainsi expliqué l’artiste au journal Le Monde, arguant que La Vie d’Adèle avait « plus d’intérêt pour les adultes que pour les adolescents, qui n’ont pas encore vécu la douleur de la rupture ». Car, toujours d’après le cinéaste, il s’agit avant tout d’une œuvre «  sur la rupture ».

Des propos qui semblent à la fois à côté de la plaque, déconnectés de la problématique actuelle et contre-productifs.

 

Pouvez répéter la question ?

La Vie d’Adèle souffre aujourd’hui des attaques de l’association Promouvoir, non en raison de la maturité psychologique du film, mais de la présence de scènes de sexe crues. Se féliciter de l’interdiction au prétexte que le discours serait trop éloigné des préoccupations des adolescents, c’est répondre à une autre question que celle soulevée par les censeurs de Promouvoir, au risque de donner l’illusion qu’on soutient leur démarche.

 

Une remise en cause tardive

La Vie d’Adèle a reçu la Palme d’Or en 2013 occasionnant logiquement une forte présence de ses auteurs, comédiens, producteurs et bien sûr réalisateur dans les médias. Si la présence d’une sexualité très graphique dans le film a fait les choux gras de nombreux médias, on ne peut pas dire que l’interdiction aux moins de 12 ans ait soulevé de vagues d’indignation alors.

Abdellatif Kechiche n’avait d’ailleurs pas jugé bon de s’exprimer sur cette question à l’époque… D’où la surprise (voire la consternation) de l’entendre s’exprimer aujourd’hui de la sorte.

Promouvoir Promouvoir ?

Evidemment tout un chacun est libre d'estimer que La Vie d'Adèle ne convient pas à des jeunes 12, 13 ou 14 ans et personne dans ces colonnes ne se risquera à un jugement définitif sur la question. Evidemment, Abdellatif Kechiche est libre et en droit de livrer le fond de sa pensée. Il faut néanmoins interroger ici les conséquences de ses paroles. Qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore, La Vie d'Adèle, récompensée d'une Palme d'Or alors que les débats autour du Mariage pour Tous divisaient la France, a joué un grand rôle dans la visibilité des problématiques soulevées.

Promouvoir a pour avocat, membre, ex-président et donc principal ambassadeur André Bonnet, ancien militant d'extrême droite. Ce dernier déclarait sur un plateau télévisé en 2001, qu'il existait "un lien manifeste, une corrélation statistique, entre homosexualité et pédophilie". Des propos délirants, dont on regrette de voir l'auteur très indirectement validé (et sans doute à son corps défendant) par un artiste du calibre de Kechiche.

 

Et les petits copains ?

En attaquant les œuvres comme elle le fait, Promouvoir envoie un message clair à l’industrie, qui n’a aucun rapport avec la défense de la jeunesse. S’en prendre à des films d’auteurs, des films d’horreur, des films primés, menacer leur exploitation après leur sortie, c’est créer pour les producteurs et distributeurs un climat d’instabilité juridique et commerciale.

Si des œuvres, déjà risquées, peuvent voir leur remontée de recettes interrompue ou bouleversée, malgré leur respect du cadre légal, leur production deviendra trop hasardeuse et risquée. C’est bien le but que poursuit Promouvoir : paralyser la création.

Un cinéaste comme Abdellatif Kechiche ayant bénéficié tout particulièrement de ce système de production, de distribution et de classification qui permet à des créations de rencontrer le public malgré leur fragilité commerciale ou leurs audaces formelles, on se désole un peu de le voir indirectement légitimer l’action d’un groupuscule aux motivations discutables.

Enfin, voilà une réaction qui va encore compliquer la vie de la Commission de Classification, des cinéastes en général et peut-être agir à la manière d’un porte-voix pour tous ceux qui ne manqueront pas de vouloir limiter la promotion de l’art, et prétexteront la protection des plus jeunes, la bonne gestion des deniers publics pour tenter de l’étouffer.

Bref, vivement la nouvelle bande-annonce de Star Wars.

commentaires

Fennec
15/12/2015 à 16:14

Euh démontrez moi que c'est la vilaine censure ou la classification qui est responsable de l'échec commercial de "Love" ou "Nymphomaniac".

Selon vous c'est pas du tout le caractère un peu particulier de ces films... qui s'adressaient de base, par nature à un public restreint.

C'est pas Promouvoir qui les a empêché de faire le score de Bienvenue chez les Ch'tis non plus, hein...

C'est facile de faire un film un peu "spécial"l et de se plaindre qu'il ne fait pas un score de dingue au box office.

Simon Riaux - Rédaction
14/12/2015 à 19:22

Promouvoir étant justement à l'origine de l'interdiction aux Moins de 18 ans et des mesures de rétorsion qui l'accompagnent, bien sûr que si Indiana, Promouvoir a joué un rôle important dans la situation présente.

N'oublions pas que la période que vous évoquez était une période où la censure était très présente et violente, d'une part, et où les exploitants étaient nettement moins nombreux à être regroupés en grands groupes industriels.
Quand UGC décide de bannir tous les films - de 16 de ses écrans, mécaniquement la conséquence est dramatique et les distributeurs ou producteurs ne s'engagent qu'à reculons sur ce type de projets...

Cervo
14/12/2015 à 19:19

@Fennec que j'ai été bêtement excessif n'a rien à voir avec le fait que je réfute tes propos en les citant préalablement...

Il faut peut-être lire attentivement les arguments qu'avancent EL. Parce qu'ils n'arrêtent pas de répéter que le risque n'est pas du tout pour le film lui même, puisque son exploitation est terminée. Mais ça aura été en partie fatale à celle de Nymphomaniac et celle de Love.
Nan ce qu'ils disent, c'est que c'est dangereux pour les prochains. Déjà parce que ça menace le Classification des films et va encourager les extrémistes de tout bord à faire de même avec d'autres films.

Ensuite parce que quand tu es prod ou distrib, bah tu vas LOGIQUEMENT prendre moins de risques.

Promouvoir et Familles de France n'ont pas grand chose à voir. Combien de lois transformées grâce à Familles de France ? Combien de jeux interdits à la vente ?

Alors que bon, l'interdiction aux moins de 18 ans et les punitions fiscales qui l'accompagnent, c'est quand même le fruit du combat de Promouvoir.

Fennec
14/12/2015 à 15:47

@Cervo :

"le teubé qui n'a rien compris mais qui la ramène contre les vilains gauchistes libertaires." Si ça c'est pas de la caricature... mais bon, passons et revenons sur le coeur du problème.

Je suis d'accord avec Indiana. Je pense qu'Ecran Large (et une partie de la presse) en font cent fois trop sur les "conséquences dramatiques" de ce non-évènement. A vous lire, le système du cinéma va s'effondrer sur lui même, et plus personne ne voudra rien produire. Un peu de mesure, quand même... On sait très bien que l'interdiction -12 -16 -18 est presque un argument marketing en soi. La vie d'Adèle n'aurait peut-être même pas eu ce succès en salles si une partie de la promo n'était pas assurée par les scènes de cul dont tout le monde parlait.

Promouvoir aujourd'hui, c'est un peu comme Familles de France il y a 15 ans qui voulait juguler la violence dans les jeux vidéo... On voit à quel point ils ont réussi aujourd'hui.

Et encore une fois je le répète : le visa du film est retiré en vue d'une réétude de la classification. Donc ne vous inquiétez pas pour ce film, il survivra très bien.

zaugddjws
12/12/2015 à 20:36

F

Newt
12/12/2015 à 13:08

Mais indiana, si j'ai bien compris, la rédac ne dit pas que Promouvoir est responsable de la crainte des exploitants. Ils participent seulement à celle-ci, et n'arrangent en rien l'affaire s'ils mènent cette bataille (qui est vouée à devenir plus importante et à se faire un jour en amont, à la sortie des films). Déjà que c'est compliqué pour eux et ces films, si en plus cette association en rajoute une couche et s'attire un buzz à chaque fois... difficile de nier qu'ils ne jouent (ou joueront) pas un rôle

indiana
11/12/2015 à 18:41

@La Rédaction : si les exploitants refusent les -16 et -18, ce n'est pas à cause de l'association promouvoir. C'est pas eux qui donnent les visas. Ils interviennent souvent bien après l'exploitation du film en salles. Leur domaine de nuisance est donc peu important. C'est là où je ne comprends pas cette fixette.

Dans les années 80, il y avait que des -13 -18 et les films classée X. Les moins de 18 ne posaient aucun problèmes, certains d'entres eux marchaient même bien au BO. Vous voyez le résultat aujourd'hui ! Cette évolution dans le mauvais sens n'est pas dû à l'association promouvoir à ce que je sache. Promouvoir s'attaque à combien de film par an ? 3/4 sur 500 en exploitation. Promouvoir ou pas, ce problème d'interdiction ne va pas s'arranger avec le temps. Je parle surtout du cinéma français.

stivostine
11/12/2015 à 17:53

En France la majorité sexuelle est de 15 ans donc à cet age si ça nique ça peut mater du sexe non dissimulé. Les parents sont les seuls a gérer l'éducation de leur progéniture. Je comprends pas cette hypocrisie.

klokateer
11/12/2015 à 17:50

Yves-Charles de La Tude de la Province des Corbières d'Orléans du Parc Astérix Celui Qu'est Près de Paris 11/12/2015

Outrage! Déshonneur! Amplitude! Pragmatisme! Résilience! Amalgame! Capillotraction! Gamahuchage! Onanisme!

Superbe post, je suis plié en 4...sans oublier les douches en maillot de bain.

Monde de tarés quand même. Mieux vaut en rire, il nous reste plus que ça.

Simon Riaux - Rédaction
11/12/2015 à 17:42

@Indiana
On vous parle justement de l'amont.
Distributeurs et producteurs refusent les -16 et -18 notamment car les exploitants dans leur grande majorité ne veulent pas de ces films. Vous ne pourrez rien y changer, car les exploitants sont libres de choisir ce qu'ils diffusent.

Donc, quand Promouvoir rend imprévisible et insécure l'exploitation d'un film déjà fragile, elle oblitère, en amont, celle de ceux qui sont à venir.

Enfin, il nous semble que c'est par là qu'il faut commencer. Si les actions de groupuscules comme Promouvoir demeurent légalement possible, à terme aucune chaîne, ni distrib salle ne s'engagera sur un film dont les conditions d'exploitation peuvent être changée sur une simple requête devant un tribunal administratif.
Et ce, même dans une situation économique plus favorable.

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