La Vingt-Cinquième Heure : des DVD pas commes les autres

Jacques-Henry Poucave | 17 novembre 2015
Jacques-Henry Poucave | 17 novembre 2015

A l’heure où l’édition vidéo souffre d’une crise durable et structurelle, dans un écosystème où il devient de plus en plus complexe, on s’arrête sur le travail nécessaire et bienvenu d’un producteur et distributeur pas comme les autres.

La Vingt-Cinquième Heure n’a pas choisi la facilité. Producteur et distributeur de films à part, indépendants, pour ne pas dire fragiles, il accomplit un travail aussi discret que remarquable. Avec plusieurs sorties récentes en format DVD, la structure a littéralement porté, pour ne pas dire accouché des œuvres sensibles et singulières, que l’amateur de rareté sera bien inspiré de se procurer.

Fièvres est peut-être le film le plus relayé médiatiquement (et pour cause, il vient de remporter le Grand Prix du meilleur film à l'Afriff à Lagos après le FESPACO, Marrakech) issu du jeune catalogue de La Vingt-Cinquième Heure. Chronique d’une rencontre explosive, celle d’un adolescent en rupture de ban avec un père à la situation également délicate, Fièvres raconte le quotidien de la banlieue, les doutes et les interrogations existentielles d’hommes et de femmes que le cinéma représente trop peu. Le métrage d’Hicham Ayouche n’est pas dénué de maladresses, il ne manque pas non plus d’appétit pour l’image, de courage et d’une sincérité désarmante.

Même constat pour le précieux Nous Irons vivre ailleurs, qui rend compte (avec une acuité qui fait terriblement sens aujourd’hui) du parcours d’un migrant du territoire qu’il quitte jusqu’aux rues de Paris. Le film évoque la Pirogue, présentée à Cannes dans la section Un Certain Regard, ainsi que le méconnu L’Envahisseur, présenté à la Mostra de Venise. Moins mordant que les films pré-cités, il n’en demeure pas moins également courageux.

On aurait donc tôt fait de classer La Vingt-Cinquième Heure du côté des éditeurs « engagés », des promoteurs d’un cinéma social français qui n’a pas encore tout à fait trouvé ses marques, mais ce serait aller très vite en besogne et oublier l’essentiel, à savoir sa curiosité.

On retrouve ainsi dans cet étonnant catalogue un documentaire lumineux, Le Temps de Quelques jours, consacré à l’Ordre Cistercien de la stricte Observance. Le réalisateur Nicolas Gayraud est ainsi le tout premier à avoir pu filmer les sœurs de l’abbaye de Bonneval, incroyable abbaye-chocolaterie, dont les habitantes suivent un mode de vie à la fois austère et d’une simplicité désarmante, essentiellement basé sur la contemplation.

Bourré de dialogues inattendus, parfois surréalistes, tantôt incroyables, tantôt poétique, Le Temps de Quelques jours est une belle réflexion sur la notion de valeur, le rapport au monde et à sa temporalité, une parenthèse bienvenue et un témoignage dont on apprécie une fois encore la rareté.

Enfin, on notera également la présence dans ce line-up en apparence hétéroclite, mais qui brille par son humanisme serein et sa foi dans ses sujets, une autre curiosité. Intitulée Alice au pays s'émerveille, il s’agit d’un court-métrage où s’illustre Emir Kusturica, ici comédien.

Tourné dans son village natal, le film est à nouveau une petite pépite d’autant plus délectable qu’il fait partie de ces créations qui passent régulièrement sous le radar, et dont on se sent incroyablement chanceux de faire la découverte, quels que soient leurs menus défauts.

Vous l’aurez compris, les métrages produits et distribués par La Vingt-Cinquième Heure ne seront peut-être pas à destiner aux fans hardcore de Michael Bay, mais pour tout cinéphiles exigeants et curieux, ils constitueront de remarquables surprises, présents et découvertes.

commentaires

Aucun commentaire.

votre commentaire