Deauville 2015 : les cannibales, James Dean et Mona Lisa

Simon Riaux | 7 septembre 2015
Simon Riaux | 7 septembre 2015

La 41ème édition du Festival de Deauville a ouvert ses portes vendredi dernier, et s’est offert un week-end dantesque histoire de mettre tout le monde d’accord. Retour sur trois jours de cinéma, de flash, de tapis rouge et de chaussettes fluo.

 

OUVERTURE DES HOSTILITES

On le dit et on le répète, le charme du Festival du Film américain tient autant dans sa diversité que dans la formidable accessibilité des nombreux talents qui s’y pressent. Cette année, encore une fois, la manifestation se sera ouverte en fanfare.

Tout démarre par une ouverture à la fois intime et spectaculaire, à savoir une soirée hommage à Keanu Reeves suivie par la projection de l’intense film d’ouverture : Everest. Ou comment passer en quelques minutes des déclarations touchantes d’un Neo inoxydable et toujours étonnant d’humilité, aux cimes meurtrières d’un sommet légendaire. Deauville s’ouvre ainsi puissamment, mais déjà, la programmation d’un week end chargé pointe le bout de son nez.

On pensait venir pour emballer une ou deux interviews, comme on fait l’école buissonnière, mais on aura finalement pris encore un beau shoot de cinoche, refait le monde dans cette ambiance suspendue, entre langueur et électricité, qui fait la signature de l’évènement.

 

CANNIBALES, ALPINISTES ET TAPIS ROUGES

Ainsi, on enchaîne les deux nouvelles attaques d’Eli Roth contre le bon goût, Knock Knock et Green Inferno, avec gourmandise. Les fans de Keanu Reeves profitent d’une star disponible et manifestement heureuse de venir à leur rencontre, tandis que les amateurs d’horreur se repaissent de deux films sexy et agressifs. Entre le plan à 3 infernal de Knock Knock et les cannibales hystériques de Green Inferno, les amateurs d'horreur en auront eu pour leur compte et nous aussi.

L’avant-première de l’impeccable Life aura permis aux frenchies de se familiariser avec Dane Dehaan, qui en l’absence de Robert Pattinson eut toute la place pour affirmer la nonchalance goguenarde qui lui va si bien. Mais le faux biopic consacré à James Dean ne sera pas la seule émotion forte du premier week-end de Deauville. De même, on est restés pétrifiés devant The Wolfpack, œuvre bouleversante d’humanité. Soit le récit détonnant d’une famille complètement timbrée, dont les enfants auront été enfermés des années durant, avec le cinéma comme unique ouverture sur le monde. D’où un choc terrible mais salutaire lorsque soudain, les services sociaux s’en mêlent. On vous reparle très vite de cette belle gifle assénée par le Festival.

 

PEAU DE ZOD ET PICRATE DES CARAÏBES

99 Homes, malgré une conclusion un peu expédié, impressionne par la formidable tension qu’il dégage, sidère souvent par la puissance de son duo de comédiens, Andrew Garfield et Michael Shannon. Ce dernier sera devenu en 48h la véritable coqueluche du Festival, éclipsant presque un Orlando Bloom pourtant en très grande forme et d’une formidable disponibilité.

C’est que quand le Zod de Man of Steel débarque avec son charisme, sa voix ténébreuse, son accent trainant du sud des Etats-Unis et des chaussettes Mona Lisa quasiment phosphorescente, la Normandie bascule soudain dans une dimension parallèle. On aura eu la chance d’échanger longuement avec l’homme, tour à tour bavard et taiseux, curieux, plongeant ses pupilles aux reflets de brasier dans les yeux de ses interlocuteurs. Il promène sa silhouette lunaire autour du palais, s’arrête, le temps d’une photo, reprend une conversation abandonnée quelques minutes plus tôt, sourit comme un enfant quand quelqu’un lui fait une énième remarque sur ses chaussettes.

A côté de lui, Orlando Bloom ressemblerait presque à un enfant de chœur. Ce serait oublier un peu vite l’enthousiasme bondissant déployé par la star dès son arrivée. Un parfum de folie que rehaussera à son tour une Alison Brie radieuse, manifestement ravie de venir défendre Jamais entre Amis. Vous l’aurez compris, le Festival de Deauville s’est ouvert sur un ouragan de première classe. Et si nous devons désormais nous retrancher sur Paris, on le soupçonne de souffler sur la Normandie encore une dizaine de jours.

 

Un grand merci aux équipes du Public Système, qu’on aura croisé très (trop) brièvement et en coup de vent, la faute à un programme plus chargé qu’une mule colombienne. On les remercie pour tout ce qui précède, et aussi le reste. Et on veut bien qu’ils nous trouvent la marque des chaussettes de Michael Shannon.

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