Films

Gaspar Noé réagit à l’interdiction délirante de Love et au retour de la censure

Par Sophie Sthul
4 août 2015
MAJ : 28 octobre 2018
22 commentaires
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Quelques heures après que le Tribunal Administratif de Paris ait retiré son visa d’exploitation à Love, suite aux démarches de l’association « judéo-chrétienne » Promouvoir et de son avocat Patrice André, le réalisateur Gaspar Noé s’est exprimé.

Dans les colonnes de Libération, il fait part de son incompréhension et de son inquiétude face à un phénomène qui fait craindre un retour en puissance de la censure.

« On est face à un anachronisme absolu. Cet anachronisme, c’est celui des réacs, mais aussi, dans d’autres contextes, celui de l’Etat Islamique. Ce qui est choquant, ce n’est pas que cela existe, mais que la France donne raison à cet anachronisme, qu’elle l’écoute. »

En l’occurrence, il ne s’agit pas tant de l’écouter, que de se retrouver relativement impuissant face à l’utilisation intelligente de failles législatives. Mais comme l’explique le réalisateur, le risque n’est pas tant de voir Love disparaître, que cette nouvelle interdiction créer un précédent dans l’industrie.

« Ce qui m’angoisse, c’est que, à cause de ce genre de choses, des réalisateurs ou producteurs peuvent se mettre à avoir peur. Il y un risque que les cinéastes ou scénaristes s’autocensurent. »

Risque d’autant plus évident que l’association et son avocat Patrice André (ancien militant d’extrême droite proche de Bruno Mégret), ont désormais l’intention de s’attaquer à Mad Max : Fury Road. L’idée n’étant pas de protéger les mineurs d’un quelconque danger, auquel cas l’association Promouvoir s’inquièterait sans doute de l’accessibilité massive et gratuite de contenus à caractère violent et sexuel sur le web, mais bien de mettre la production artistique au pas.

Or, il ne fait aucun doute que si producteurs, distributeurs et exploitants doivent travailler avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, ils prendront plus le risque d’amener sur les écrans des œuvres « différentes ».

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Anthony

Elle est mieux acceptée parce qu’elle est fausse au cinéma. Le sexe, lui, est réel. C’est pour ça que la comparaison m’a toujours semblé maladroite.
En revanche, ce qui m’a toujours fait marrer, c’est que l’âge sexuel légal est de 15 ans en France. Donc en France, on a le droit de pratiquer à 15 ans, mais il faut en avoir 18 pour voir.

Alix

@的时候水电费水电费水电费水电费是的 Grift
Merci également pour cet échange très intéressant et enrichissant.
Je ne suis pas convaincu que la dimension cartoonesque appliquée à un film comportant des scènes explicitement sexuelles puisse contribuer à en désamorcer la charge… ou la décharge…
Je n’ai jamais affirmé que le sexe était mal. Je n’ai jamais dit non plus qu’il fallait le bannir des écrans.
Je dis juste qu’il ne faut pas tout exposer à n’importe qui.
Quant à la violence, elle est en effet mieux acceptée que le sexe dans le cinéma.
Pourquoi? vaste débat…

Anthony

Voilà, sans adulte majeur, le mineur de 16 ans entre quand même dans la salle. De toute façon, cette notion d’accompagnement par un adulte est un peu ridicule dans la mesure où le mineur peut venir avec un de ses potes de 18 ans.

Fil

– 16 ans avec un adulte n’existe pas à proprement parler, ce qui existe c’est « 16 ans avec avertissement ».
– Il est entendu et appliqué qu’il s’agit d’une règle entre 2, qui nécessite l’accompagnement d’un spectateur plus âgé.

Syarus

Moi ce qui me choque également dans un autre registre, c’est que la vie d’adele n’a même pas une petite interdiction de moins de 12 ans alors qu’elle a une scène très longue et explicite de sexe qui par son traitement m’a mise mal à l’aise (pas de musique, bruitage et longueur de scène excessive) et que Love en comparaison passe très bien. Je l’ai et beaucoup apprécié. C’est triste pour le Visa d’exploitation mais cela n’est pas étonnant dans un pays comme le notre qui régresse à une vitesse grand V.