Cannes 2015 : Gus Van Sant se plante avec Sea of Trees

Simon Riaux | 16 mai 2015 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 16 mai 2015 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Quand le réalisateur de Last Days, Gerry et Elephant convie Matthew McConaughey et Ken Watanabe à une errance au sein d’une mystérieuse forêt japonaise, la Croisette est en émoi. Gus Van Sant nous reviendrait-il avec une œuvre de la trempe de ses créations les plus intimistes et bouleversantes ?

Sea of Trees demeurera sans doute un cas à part dans la carrière du cinéaste. Si cette dernière n’est pas exempte de ratés, d’expérimentations inabouties ou de tentatives malades, jamais encore il ne nous avait gratifié d’un pur nanar, dont le ratage apparaît tel qu’il en rendrait presque le film sympathique.

Difficile de croire que c’est le grand formaliste, influencé par la poésie minérale d’Howard McCord, qui met en scène ce récit qui ferait passer Amélie Poulain pour du James Ellroy. Gus Van Sant enfile ainsi les clichés sur la culture et la spiritualité nippone avec une constance invraisemblable. Du rapport à la mort, en passant par la place de la nature, jusque dans une symbolique florale navrante, tout semble issu d’un guide du routard pour enfants.

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Si McConaughey s’accroche aux branches en nous faisant le coup de l’intériorité factice, Ken Watanabe est pour sa part en roue libre et propose peu ou prou la même performance que dans Godzilla (yeux globuleux, trémolos dans la voix et grosses larmes). Mais ce qui passe dans le cadre d’un blockbuster de destruction massive fait vite tâche au cœur d’une tragédie introspective.

Difficile de ne pas s’étrangler devant la construction du récit, vue mille fois et d’une artificialité criante. On se désole ainsi de voir le cinéaste nous jouer un suspense petit bras à base de flashback mous du bulbe. Un temps, le spectateur espère que ce torrent de sentimentalisme va céder la place à quelque chose, que les dialogues ridicules (« Je ne veux pas mourir, seulement arrêter de vivre ») dissimulent quelque chose, vont céder la place à un propos digne de ce nom.

Mais rien ne se passe, et le film fonce tête la première vers une conclusion dégoulinante de bons sentiments primaires, nimbés dans une partition symphonique qui ferait tourner de l’œil André Rieux. L’incompréhension cède alors la place au rire, tant le résultat ressemble à une grotesque pièce montée, que même la sincérité de son réalisateur ne peut sauver.

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