Gone Girl accusé de misogynie par les cinéphiles d'Osez le féminisme

Christophe Foltzer | 29 octobre 2014
Christophe Foltzer | 29 octobre 2014
Des fois, le cinéma, c'est fatigant. Surtout quand les gens ne comprennent pas les films qu'ils voient. Surtout aussi quand attaquer un film alors qu'on n'a rien compris permet avant tout de faire parler de soi. Aujourd'hui, c'est l'exceptionnel Gone Girl qui en fait les frais, et c'est un peu n'importe quoi.

Osez le féminisme est une association prônant l'égalité entre hommes et femmes non seulement dans les textes de loi, mais aussi et surtout dans les actes. A cela, nous n'avons rien à redire, bien au contraire. Le sujet est important, le combat crucial et l'égalité normale. Par contre, il arrive que certains combats s'égarent et se trompent de cible.
C'est ce qui est arrivé à l'association qui a décidé de s'en prendre à Gone Girl. La raison ? Le film serait misogyne et un "cliché patriarcal de la perversion féminine". Une attaque inattendue et pas forcément justifiée.

En cause, l'attitude vengeresse du personnage d'Amy qui confinerait l'image de la femme dans son cliché violent et pervers le plus basique et l'inscrirait ainsi dans l'esprit des spectateurs comme la "méchante" de l'histoire, le bourreau, alors que Nick ne serait que la pauvre victime innocente et meurtrie , tel un petit oiseau tombé du nid un peu trop tôt.



On hallucine à la lecture de ces arguments et on se demande si on a vraiment vu le même film tant Gone Girl n'a rien à voir avec ce dont on l'accuse, puisqu'il parle avant tout de l'Homme moderne, de ses angoisses, ses limites et ses tares, en étant également une radioscopie sans concessions du couple contemporain. Enfin, le personnage de Rosamund Pike est bien plus une représentation de la perversion narcissique que d'une figure féminine à proprement parler.

N'oublions pas que David Fincher a toujours réalisé des films où les femmes étaient à l'honneur. Non pas au nom du féminisme ou d'une quelconque idéologie, mais bien en tant que personnages forts et caractérisés. De Fight Club à Benjamin Button en passant par Millenium, les femmes chez Fincher ont toujours été d'une intense complexité. Gone Girl ne fait pas exception à la règle, comme nous le rappelions dans ce dossier de fond consacré à l'œuvre du cinéaste.

On pourrait alimenter le débat en rappelant que Gone Girl est aussi beaucoup d'autres choses puisqu'il parle évidemment de la place de la femme dans la société actuelle (pas pour la faire passer pour diabolique), et que si on réfléchit quelques secondes on se rend compte que si Amy agit ainsi dans le film c'est aussi parce que le contexte familial dont elle est issue, la relation ambigüe et perverse qu'elle entretient avec ses parents, a façonné cet esprit "machiavélique" pour s'en sortir dans la vie, ce qui nous est présenté sans jugement ni parti-pris, simplement une étude de cas. On comprend ainsi qu'Amy n'a rien d'une méchante et qu'il serait peut-être temps de sortir de ce clivage "gentil-méchant" qui a plus sa place dans les délires Marvel que dans les vrais films et qui limite fatalement tout débat à une simple querelle de cour d'école.

Et de conclure que, par certains aspects, Osez le féminisme se retrouve donc à attaquer l'un des films les plus intelligents consacré au coeur-même de leur combat. Ce qui n'est quand même pas de bol, avouons-le.

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commentaires
Dirty Harry
07/11/2014 à 19:14

Cette polémique rappelle à l'inverse totale celle qu'a dû subir Brian De Palma pour Body Double : les féministes autoproclamées (car ses associations ne sont élues par personne) avaient stipendié le film de De Palma car elle ne supportaient pas qu'une femme soit une victime. Maintenant c'est exactement l'inverse : elles vitupèrent car le film ne montre pas la victime qu'elles attendaient !

nemo
30/10/2014 à 07:00

Rialeb
Eh oui mais c'était sans compter sur la majorité écrasante et la plus bruyante des féministes , qui ne vit qu'a travers quelques idées bien définies.
L'une d'elle étant :
- "un homme ne peut se considérer sérieusement comme une victime" et
- "une femme ne peut sérieusement être considérée comme bourreau" .
-"parler des problèmes des hommes est donc du masculinisme"
Le film aborde les deux sujets , et implique pour eux la troisième considération .pas étonnant qu'il soit mal accueilli par ces gens-là.

Rialeb
29/10/2014 à 14:10

Est-il nécessaire de rappeler que le film (et le livre) ont été écrit par Gillian Flynn ? Une femme qui se décrit elle-même comme féministe et qui, dès lors, estime que l'égalité des sexes passe aussi par la possibilité de décrire les femmes comme machiavélique. Ce qui est loin d'être une mauvaise idée !
En réponse aux accusations de misogynie dont le livre avait déjà été la cible, Flynn avait déclaré au Guardian : "Ce qui me frustre c'est l'idée que les femmes sont naturellement bonnes, naturellement bienveillante. On leur pardonnera d'être des pétasses, des aguicheuses, mais il y a encore un travail à faire pour accepter l'idée qu'elles peuvent simplement être machiavélique, méchante et égoïste."

Dirty Harry
29/10/2014 à 12:46

Le film va en effet plus loin qu'une binaire opposition gentil/méchant, ces associations subventionnées et fanatisées ne peuvent pas voir plus loin que le bout de leur nez notamment sur des sujets comme l'aliénation conjugale. On se rappellera que lorsque les féministe crient au "artistiquement incorrect" c'est que c'est en général un bon film ("Calmos" de Blier, "Body Double" de Brian De Palma, "Death Proof" de Tarantino...) et qu'elles vivent de chouinerie donc tout prétexte à chouiner est bon à prendre.

maxleresistant
29/10/2014 à 12:06

Ce genre d'âneries ne mérite même pas de réponse

Eneffetonnapasvulememefilm
29/10/2014 à 11:24

Et c'est sans compter que le film condamne aussi le personnage Ben Afleck, notamment par le biais de sa soeur... Les personnages féminins sont complexes et riches, et le Ben certainement pas montré comme le gentil et seulement la victime.

Jean Paul
29/10/2014 à 10:45

Bien vu - mais c'est aussi la problématique du moment: les gens sont cons et ils n'ont que ce qu'ils méritent. Ils ne transmettent que les projections de leur petit Ego sur des écrans qui leurs proposent pourtant des réflexions profondes.

Le cinéma soufre aussi du "clientélisme" des occidentaux. Le spectateur demande à être satisfait à tout prix. Et en ce sens, il ne faut donc pas s'étonner de voir nombre de mouvements protester envers et contre tout, noyés dans leur nombril et dans un combat qui n'est pas le bon.

La critique est un exercice sain, de réflexion, loin des j'aime/j'aime pas. Théoriquement, elle tire vers le haut. Vous avez cette politique régulière sur Ecran Large de ne pas prendre le public pour un demeuré. Il ne faut pas perdre ça.

mat
29/10/2014 à 10:12

Agree

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