Bonello et Saint Laurent à Pompidou avant les Oscars : on y était

Louisa Amara | 22 septembre 2014
Louisa Amara | 22 septembre 2014

Bertrand Bonello est partout à la rentrée : son film Saint Laurent, avec Gaspard Ulliel dans le rôle titre, sort mercredi tout auréolé de ses louanges cannoises. Le réalisateur est aussi au Centre Pompidou  pour une « Exposition créations rétrospective » depuis vendredi soir (on y vient) et jusqu'au 26 octobre 2014.

 

Rarement un réalisateur aura eu un tel honneur, de son vivant et après « seulement » 6 long métrages et 5 courts... L'artiste en est conscient et se pose déjà des questions, avec humour « est-ce que cela veut dire que je suis déjà fini ? ». Mais c'est que les films de Bonello créent souvent l'événement, d'abord en étant sélectionné au festival de Cannes, ils s'assurent une belle couverture médiatique : Le Pornographe, prix Fipresci en 2001, puis Tiresia en 2003, L'Apollonide (Souvenirs de la maison close) en 2011 et enfin Saint Laurent en 2014.

On ne fera pas ici la bio/filmo de Bertrand Bonello, mais si vous savez compter, vous réalisez qu'entre Tiresia et L'Apollonide, il y a 8 ans,  avec 3 courts et un long, De la guerre avec Mathieu Amalric. Il y a eu aussi des films que vous ne verrez pas sur IMDB, des films qui n'ont pas pu se monter, faute de financement. Pourtant ces films avaient un titre, un scénario, un story board, des éléments de décor, des acteurs. On n'imagine sans doute pas la frustration que tels échecs représentent pour un réalisateur et son équipe. Bertrand Bonello, les appelle, ses «films fantômes », il en a écrit un livre (quand on vous dit qu'il est partout) et les met en scène, en sons et en perspective dans cette expo qu'il a voulu tout autant et même plus sonore que visuelle.  

 

On a eu la chance d'être invité à la soirée d'ouverture de l'expo. Notre chère ministre, Fleur Pellerin, a raté quelque chose. Imaginez donc, une salle réunit plusieurs écrans où sont projetés des extraits de ses films, avec un montage sonore différent, ainsi Mathieu Amalric, assis sur un banc dans De la guerre écoute sur sa boombox la BO de L'Apollonide, Bad Girl de Lee Moses. Plus loin, des extraits de ses films inachevés, dont son hommage à Vertigo, Madeleine d'entre les morts. Gus Van Sant a revisité Psycho, imaginez ce que Bonello aurait pu faire de Vertigo... Malheureusement les producteurs n'ont pas suivi le projet.

Après avoir déambulé entre musique, films, photos, et carcasse de voiture (élément de décor pour Madeleine..), on retrouve ici la sublime Hélène de Fougerolles, là Aure Atika ou encore Amira Casar. Acteurs qui ont croisé son chemin et le rencontrront à nouveau sans doute. Et soudain, fendant la foule de son regard perçant, Louis-Do De Lencquesaing, fantasme pour certaines femmes, particulièrement depuis son rôle trouble dans L'Apollonide. « Il sent le cul ce mec » se murmure-t-il sur son passage. On croisera aussi le doux Gaspard Ulliel, encore auréolé de la grâce de son personnage de Saint Laurent.

 

Et voilà le secret de Bonello, il émane de ses films, de ses acteurs et actrice, un érotisme, une beauté inquiétante. C'est aussi le réalisateur,  plus encore que Quentin Tarantino ou Xavier Dolan, dont l'art est sublimé par la musique, composant et choisissant avec soin chaque morceau. Décidément doué, il ne semble qu'humilité, tendresse, fragilité et humour. Montant sur scène, il explique ce qu'il a tenté de faire, son étonnement et sa joie d'être là, parmi nous.

D'abord un film « Où en êtes-vous Bonello ? » à découvrir également sur le site d'Arte, où il s'adresse à sa fille, Anna Mouchette, 11 ans (née pendant le Festival de Cannes, alors qu'il présentait Tiresia, décidément). Une fille qui n'a vu aucun de ses films, puisqu'ils ne sont pas de son âge, et qui lui demande pourquoi il ne réalise pas des films comme Peter Jackson : « Parce que je ne sais pas comment on fait et je crois que ça ne m'intéresse pas assez». Bien conscient des échecs commerciaux de ses films, il est lucide et à la question « Pourquoi tu fais des films ?», il répond « Je fais des films pour ne pas tuer des gens », et parce qu'il a encore des rêves, comme celui de faire enfin un film d'horreur. Tous ses films sont teintés de cette angoisse, de scènes parfois très crues, qui ne dénoteraient pas dans un univers plus sombre. Amis producteurs, soyez audacieux !

On va de surprises en surprises avec ce Bertrand Bonello... Après la projection d'un court métrage muet, dont la musique est revisitée par l'artiste électro Richie Hawtin, c'est Bertrand Bonello, lui-même musicien, qui s'installe derrière son ordinateur pour un duo électro / lyrique avec Ingrid Caven. On adore ou on est perplexe mais ça ne laisse pas indifférent. Surtout quand Ingrid se met à engueuler gentiment Bertrand Bonello, parce que non, elle n'a pas fini, elle veut rester sur scène et aller jusqu'au bout de sa performance...

 

Décidément, un univers à part, à découvrir sur France Inter avec un programme spécial, au centre Pompidou avec la rétrospective de tous ses films, courts et longs, et une carte blanche avec les films qu'il aime, de Sacha Guitry à Rohmer en passant par Hitchcock et Woody Allen, Kubrick, Eustache etc. Une exposition riche de sens, d'images, de sons et de beauté, à ne pas manquer.

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