Her en Blu-ray : le point sur Spike Jonze

Simon Riaux | 15 juillet 2014
Simon Riaux | 15 juillet 2014

Accueilli lors de sa sortie en salle comme une divine surprise, Her s'apprête désormais à faire le bonheur des cinéphiles de salon et de leurs platines Blu-Ray. À l'occasion de la sortie d'un des meilleurs films de l'année, l'occasion était trop belle de revenir sur le film. Cette œuvre que beaucoup n'attendaient pas et qui aura séduit autant que dérouté nombre de spectateurs ne sachant trop ce qu'il allaient découvrir en salle s'avère typique de son auteur, une synthèse bouleversante d'un parcours plus hétéroclite qu'on ne le présente souvent. Retour sur un artiste et son parcour. 

 

Le nez de Cléopâtre, la moustache de Joaquin

Spike Jonze est passé maître dans l'art de transformer ses acteurs... ou pas. Si les comédiens qui se pressent au casting de ses longs-métrages sont toujours éminemment reconnaissables, un ou plusieurs éléments de leur physionomie viennent systématiquement transformer le ressenti du spectateur et leur conférer une fascinante folie douce. De la coiffure de Cameron Diaz en passant par les lunettes de John Cusack, sans oublier la moustache de Joaquin Phoenix, le réalisateur est parvenu à jouer avec une habileté impressionnante des talents qu'il convoque. Her n'échappe pas à la règle, parvenant à exprimer tout le décalage de son personnage à travers un look vestimentaire aussi étudié que faussement désuet, parfaitement incarné par une moustache inattendue. Et ne parlons pas de Scarlett Johansson, dont il aura fallu attendre que Spike la dépouille de son corps, pour que ce dernier s'impose à nous telle une entêtante image mentale.


Mauvais Genre

Dans la peau de John Malkovich est-il vraiment une comédie absurde ? Adaptation a beau ressembler à une réflexion méta sur l'écriture, son spleen lancinant le rapproche du drame pur. Her ressemblait de loin à une fable de science-fiction à message moraliné, quand le résultat a tout du poème élégiaque décomplexé. Encore une fois, le subtil détournement des genres cher à Spike Jonze a frappé. Pour comprendre son approche des identités remarquables du cinéma, peut-être faut-il remonter à 1994, lorsqu'il réalise ce qui deviendra un des clips les plus connus de tous les temps, celui de Sabotage des Beastie Boys. Parodie des cops shows des années 70 (Starsky et Hutch en tête), la vidéo est à la fois un hommage méticuleux et un détournement en règle. Jouant sur plusieurs niveaux, la démarche Jonzienne frappe toujours là où on ne l'attend pas. S'il peut nous amuser (sans jamais verser dans le clin d'œil rigolard à la Tarantino), Jonze cherche surtout à gratter avec curiosité le vernis esthétique des genres qu'il nous invite à revisiter.

 

 


Tout cela est-il bien sérieux ?

Après avoir été consacré suite au choc Dans la peau de John Malkovitch, Spike Jonze est instantanément devenu l'un des cinéastes les plus suivis et scrutés de son temps. Une attention de la presse et des analystes qui aura eu comme effet secondaire d'occulter partiellement la dimension ludique, voire ouvertement ludique de son œuvre. Car s'il est bien une partie du travail des metteurs en scènes que les exégètes peinent souvent à aborder, c'est la gaudriole. Or le théâtre de l'absurde que ne manque jamais de filmer le réalisateur appelle aussi au rire. Un rire franc du collier et sincère. La preuve ? Spike est un des piliers des Jackass. Et oui mes bons amis. Figure du milieu skater, ce bon Spike a été approché par Johnny Knoxville pour produire les célèbres épisodes de la série de MTV, avant d'œuvrer comme producteur sur chacun des films estampillés Jackass. Même Bad Grandpa. Si après ça vous ne voyez pas dans son œuvre une réelle dimension comique, on ne peut plus rien pour vous.

 

Vous reprendrez bien un peu de science dans votre fiction ?

D'aucun se sont étonnés de retrouver le metteur en scène aux rênes d'un projet de SF tel que Her. Car tout rétro-futuriste qu'elle soit, la dernière merveille de l'artiste n'en demeure pas moins solidement ancré dans les problématiques et l'univers de la science-fiction. Pour autant, on aurait totalement tort d'y voir un nouveau tournant. Au contraire, Jonze explore et flirte avec ce genre depuis un moment. La preuve avec une publicité pour Adidas via laquelle il met avec cinq ans d'avance une violente fessée à Inception, ainsi qu'un court-métrage présenté à Sundance en 2010. I'm Here est un récit de pure science-fiction, où l'on vous cause robotique et amour. Deux pièces essentielles pour comprendre la genèse de Her.

 

 

 

Rendez-moi mon low-fi

Véritable ambassadeur de la fiction low-fi (comprenez esthétiquement minimaliste, qui ne cherche jamais le tour de force), Her ne doit pas son apparent dépouillement au hasard. Ainsi, on aurait tort de voir dans l'apparente simplicité de cet univers la seule volonté de Jonze de créer un monde crédible et d'une grande simplicité. En effet, son précédent film, Max et les maximonstres, n'a pas été un succès (loin de là) et a coûté la bagatelle de 100 millions de dollars, à peine remboursés par la carrière du film à l'international. Inutile de préciser qu'il a dû être vigoureusement conseillé à l'artiste de revenir à des créations moins gourmandes et risquées pour ses producteur... Message reçu, puisque avec Her, le metteur en scène s'est tiré de la difficile mission de rendre crédible un décor futuriste avec une simplicité et une maîtrise ahurissante, rappelant qu'il suffit parfois pour créer une réalité parallèle de distordre légèrement celle que nous connaissons, plutôt que de verser dans la surenchère superficielle.

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