Festival d'Annecy 2014 : un programme copieux

Nicolas Thys | 7 juin 2014
Nicolas Thys | 7 juin 2014

Le lundi 9 juin marque le début d'une intéressante semaine pour le cinéma d'animation en France. La trente-huitième édition du festival d'Annecy, le plus important du monde concernant l'animation, ouvre ses portes et les festivités se poursuivront jusqu'au samedi suivant. Ce sera également la deuxième édition sous l'égide de Marcel Jean après une première année qu'on peut qualifier de transitoire puisque le précédent délégué général, Serge Bromberg, régna sur le festival pendant 13 années. Les choses sérieuses commencent donc vraiment même si cette année encore ceux qui viennent à Annecy depuis plusieurs années ne retrouveront pas les deux salles du théâtre de Bonlieu, le cœur du festival, puisque celui-ci, en travaux depuis plus d'un an déjà, ne rouvrira que dans 2 mois si tout va bien. Les festivaliers auront donc droit, une nouvelle fois, aux 800 places créées pour l'occasion aux Haras.

Cette édition commencera fort avec la projection du magnifique Conte de la princesse Kaguya en la présence du réalisateur Isao Takahata auquel sera remis un cristal d'or pour l'ensemble de sa carrière. Le lendemain, le cinéaste donnera une masterclass que nous ne manquerons pour rien au monde. Le film, déjà présenté à Cannes, sortira sur les écrans le 26 juin et ce sera donc le deuxième chef d'œuvre du studio Ghibli à sortir cette année en France après Le Vent se lève de Miyazaki.

Mais le principal intérêt de la programmation résidera certainement encore dans la sélection des courts-métrages et certaines séances spéciales immanquables. La sélection a été difficile et ont été retenus 91 courts (en et hors compétition) sur plus de 2000 vus. Parmi les films à voir et les cinéastes importants, on notera les nouveaux films de Steven Woloshen, Piotr Dumala, Torill Kove, Pritt et Olga Parn, Robert Morgan ou Mirai Mizue mais aussi dans hors compétition de Michèle Cournoyer, Ivan Maximov, Inès Sedan, Ivana Ebestova ou Bruce Alcock. On saura vite si ceux-ci confirmeront ou si le festival révèlera d'autres réalisateurs en devenir. Toujours dans les courts, l'année passée, une nouvelle sélection avait fait son apparition. Intitulée Off-limits, elle présentait des films plus difficiles mais excellents, souvent expérimentaux et se situant aux frontières du cinéma d'animation et des autres formes. Elle revient en compétition cette fois sous forme d'un programme de 12 films. Parmi eux les œuvres de Theodore Ushev, Nicolas Brault, Thomas Steiner ou Ronny Trocker.

  

Cette année, plutôt qu'un pays, c'est une technique qui sera à l'honneur, la stop-motion, avec de nombreux programmes très différents dont une présentation du studio Aardman par Peter Lord, une projection du Titan des effets spéciaux, le documentaire de Gilles Penso sur Ray Haryhausen, différentes projections en plein air et séances consacrées à différents maîtres du genre : Bretislav Pojar, Bruce Bickford, George Pal, Joop Geesink, Ladislas Starevitch, ou a des pays : Canada, Croatie, Mexique, Estonie, etc...

2014 c'est également deux centenaires à fêter. Le premier, qu'on rappelle souvent, est celui de la Grande Guerre et le festival, en collaboration avec Anima Bruxelles, proposera aussi deux sélections de films sur la guerre 14-18. C'est aussi le centenaire de la naissance de Norman McLaren, peut-être le cinéaste d'animation le plus important qui ait vécu. Cet écossais, qui aura créé la partie animation de l'ONF au Canada aura expérimenté un grand nombre de techniques diverses et variées de la gravure sur pellicule à la pixillation, et aura eu une influence considérable sur de nombreux animateurs après lui, notamment en les appelant à venir travailler à ses côtés. Son film Neighbours est enregistré au Registre Mémoire du monde de l'UNESCO depuis 2009. Deux programmes courts lui seront consacrés mais également une performance de gravure en direct sur pellicule sous forme de ciné-concert par Pierre Hébert dans le musée château d'Annecy. Ce dernier, qui a créé certaines des plus belles œuvres animées de ces quarante dernières années, viendra pour la première fois depuis plus de 20 ans à Annecy et verra également certains de ses films diffusés.

 

Mais le festival c'est également un grand nombre de rencontres et de conférences, d'autres séances avec des films de fin d'études, souvent très bons, des films de TV ou films de commande, des petits déjeuners du court-métrage, des expositions. Et c'est aussi des longs-métrages, complets et en work-in-progress (notamment celui de La Petite de la poissonnerie, adaptation lugubre et pas trop pour les enfants de La Petite sirène, le tout en marionnettes) et le plus gros marché du film consacré à l'animation...

L'année passée, on avait regretté qu'à une ou deux exceptions près (Jasmine d'Alain Ughetto pour ne pas le nommer), les meilleurs longs se soient retrouvés Hors compétition. On espère qu'il en sera autrement cette fois-ci. Certains sont déjà sortis: Cheatin' de Bill Plympton qu'on avait aimé et deux autres beaucoup moins : L'Île de Giovanni et Minuscule. Le reste se présente favorablement. On avait été enthousiasmé par les projets de deux des films proposés lors de Cartoon movie en 2013 et 2014 : L'Arte della felicita d'Alessandro Rak et surtout Lisa Limone & Maroc Orange de l'estonien Mait Laas, un Roméo et Juliette très fruité sur fond d'émigration. On notera la forte présence brésilienne, après la victoire de Rio 2096 l'année passée, avec trois films en et hors compétition dont le Lumière, animation, action d'Eduardo Calvet retient notre attention. Autre tendance : le film politique, souvent lié au documentaire, avec Last Hijack, Moug et Truth has fallen, seul le premier étant en compétition.

Pour le reste de la programmation spéciale, vitrine des grands studios pour amener du public en nombre, on constatera très vite que les choses plus attendues ne sont guères les meilleures et qu'elles seront surtout consacrées à tuer les yeux et le cerveau des spectateurs. A l'exception de Pete Docter (Monstres & Cie, Là Haut) qui viendra présenter les premières images d'Inside out, le prochain Pixar qui suite à quelques déconvenues de production ne sortira qu'en 2015, le reste n'est pas fameux. Et encore, là aussi on s'attend à une grande fête pleine de compliments et à peu d'éléments concrets sur les difficultés du studio depuis quelques années. Pour le reste, du moins pire au pire, on citera Dean DeBlois dont beaucoup avait adoré son Dragons. Le réalisateur sera là pour les 20 ans de Dreamworks et la projection du deuxième opus de ses bêtes cracheuses de feu qui ne manquera pas de décevoir tant le scénario est mince, facile et ultra-référentiel malgré une réalisation plutôt réussie.

On pourra découvrir encore un truc en images de synthèse mais venu de chez nous, signé Christian de Vita et avec plein d'oiseaux : Yellowbird. On avait pu lire le scénario voici quelques années et c'était d'une déconcertante banalité. Mais le plus monstrueux sera pour la fin et pour les plus téméraires : une adaptation en images de synthèse des Chevaliers du zodiaque et vu les premières bandes-annonces, les fans peuvent commencer à pleurer leur enfance violée. Puis, pour ceux qui auraient encore des larmes à verser, une séance consacrée au studio Onyx qui a réussi à grands coups de 60 millions d'euros à faire assassiner le Petit Prince de Saint-Exupéry par le réalisateur de Kung-fu Panda. Quand on connait les aquarelles de l'auteur, on ne peut que se sentir nauséeux face à l'ampleur du massacre...

En bref, une édition qui promet tant pour ses moments magiques que pour ses horreurs ! Pour plus d'infos, cliquez ici.

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