Cannes 2014, Sélection officielle : du sang et des flingues sur la Croisette

Simon Riaux | 17 avril 2014
Simon Riaux | 17 avril 2014

À première vue, la sélection officielle du 67ème Festival de Cannes a de quoi faire des déçus. Ceux qui espéraient que l'embouteillage de blockbusters à venir occasionnerait quelques belles montées des marches en seront pour leur frais. Point de Godzilla, de X-men : days of future past ou de Edge of tomorrow, seulement un sympathique Dragons 2 arrivant à point nommé pour fêter l'anniversaire de Dreamworks. Ceux qui attendaient la venue de mastodontes du cinéma d'auteur en seront également pour leur frais. En effet, nulle trace de David Fincher et de son Gone Girl (sans doute à Venise), de Paul Thomas Anderson et de son Vice Caché ou même du fantasmatique mais non moins désiré Terrence Malick. Il en va de même pour Woody Allen, ou encore pour Abel Ferrara dont nous ne devrions donc pas découvrir le sulfureux Welcome to New York. On pouvait s'y attendre, mais ne pas voir figurer parmi la liste des cinéastes invités ces grands noms du Septième Art risque de défriser bon nombre de cinéphiles. de notables auteurs français seront aussi absent du tapis rouge, tels Téchiné, Mia Hansen-Love, Christophe Honoré ou encore Benoît Jacquot.

 

Devant cette longue liste d'absents, la tentation est grande de prédire une édition en demie-teinte, de celle qui font les beaux jours du Festival de Venise. Certains invoqueront sans doute la frilosité supposée du Festival de Cannes ou un timing trop serré pour certains auteurs majeurs. Cette interprétation est possible quoique présomptueuse, la plupart des œuvres présentées n'ayant pas encore montré le bout d'un photogramme. Il n'est pas interdit de voir dans la sélection de cette 67ème édition nombre de promesses excitantes, voire de très belles audaces. Car sous ces airs de grand messe du cinéma d'auteur, le Festival de Cannes pourrait bien se transformer cette année en apocalypse meurtrière bourrée de films violents et radicaux. Carrément.

 

À bien des égards, La Croisette aura des airs de western cette année. Mine de rien, on y retrouvera un paquet de flingues, grâce notamment à Tommy Lee Jones et son crépusculaire Homesman. Il ne sera pas le seul pistolero invité, puisque Mads Mikkelsen fera également parler la poudre dans The Salvation, western danois où il sera accompagné d'Eva Green et Jeffrey Dean Morgan. Comme nous l'espérions, David Michôd, le brillant réalisateur d'Animal Kingdom, ensanglantera les Marches avec The Rover, thriller post apocalyptique emmené par Guy Pearce (enfin dans un rôle conséquent) ainsi que Robert Pattinson. Ce dernier aura l'occasion de nous faire profiter de ses pulsions violentes et sexuelles dans le très attendu Maps to the stars de David Cronenberg. S'il reste quelques incultes crapoteux pour regretter que le metteur en scène ait abandonné les pures intrigues de genre, son attaque frontale et déviante de la société du spectacle s'annonce aussi excitante que dérangée, pour notre plus grand plaisir. Toujours du côté de la violence physique, Foxcatcher et son histoire vraie de lutteur poussés par le combat jusqu'au meurtre est une autre belle promesse de cinéma, servie par Steve Carrell et Channing Tatum.

 

Le Festival n'aura pas non plus ménagé sa peine pour nous offrir des œuvres différentes et inattendues, à l'image de Red Army, documentaire diffusé lors des Séances Spéciales et consacré aux hockeyeurs soviétiques, sortes de golgoth ultra-nationalistes biberonnés au C.C.C.P. On est tout aussi intrigués par le prochain Jean-Luc Godard (dont on se croyait vaccinés depuis le gâteux Film Socialisme), bref métrage d'1h10 intitulé L'Adieu au langage, mettant en scène un chien parlant. On est également très impatients de découvrir The Target, le remake coréen de À bout portant, annoncé comme très riche en décapitations et autres sévices corporelles. Et s'il n'y sera pas question de violence azimutée, il va sans dire qu'ion se réjouit de retrouver Michel Hazanavicius et Bérénice Béjot en compétition pour The Search.

On est plus circonspects quant à la venue de Bertrand Bonnello, dont les derniers films nous ont laissés indifférents (pour rester poli), mais dont le Saint Laurent constitue un beau défi, doublé d'un doigt d'honneur bienvenu au biopic gonflé à la vaseline sorti sur les écrans il y a quelques mois. Ainsi, le retour de Ceylan avec une œuvre de 3h16, portant le doux nom de Soleil d'Hiver, nous inquiète et nous intrigue. Le scepticisme est de mise quant au choix d'œuvres hexagonales. En effet, à la notable exception d'Olivier Assayas et de son Sils Maria, on se méfie grandement de Pascale Ferran (Bird People) et Mathieu Almaric (La Chambre bleue), auteurs estampillés « tapis rouge ++ » dont l'ascétisme et/ou le maniérisme nous ont laissé relativement froids jusqu'à présent. Dans cet esprit, nous redoutons terriblement l'adoubement de Xavier Dolan en compétition officielle, qui tendrait à confirmer que le sinistre héritage de Jean-Paul Goude est en passe de passer pour du cinéma.  

 

Enfin, signe que le Festival de Cannes demeure un haut lieu de hype, d'expérimentations et de délires possiblement excellents, nous découvrirons cette année la première réalisation de Ryan Gosling, Lost River (ex How to catch a monster). On en a entendu que fort peu d'écho et on se gardera bien de se prononcer sur la chose, qui nous excite tout autant que la très autobiographique Incomprise d'Asia Argento, présente dans la même section. Annoncée comme une œuvre personnelle et radicale, la création de miss Argento nous fait méchamment de l'œil, toute concupiscence mise à part.

Attention toutefois, les sélections de la Quinzaine des réalisateurs et de la Semaine de la Critique ne seront révélées que prochainement, hors elles se sont montrées capables ces dernières années d'alimenter génialement les buzz du Festival. En effet, c'est à ces sélections que nous devons Les Garçons et Guillaume, à table ou encore La Guerre est déclarée. Il n'est donc pas impossible d'y découvrir de nouvelles pépites, ou tout simplement quelques uns des illustres recalés évoqués plus haut, notamment dans le cheptel français.

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