Beaune 2014 : Walter Hill nous raconte Stallone et Chabrol

Simon Riaux | 4 avril 2014
Simon Riaux | 4 avril 2014

Difficile de faire la fine bouche devant la programmation du Festival de Beaune. De The Raid 2 en passant par Big Bad wolves, 71 ou encore Black Coal, cette sélection de polars et autres thrillers est une des plus solides qu'il nous ait été donné de voir. Quant aux artistes invités à lever le coude au cœur de la Bourgogne, ils forment une équipe à même de faire défaillir jusqu'aux fans hardcores de Béla Tarr. Car cette année, ce sont tout de même Walter HillPaul HaggisClaude Lelouch, Johnny Halliday, ainsi que plusieurs équipes de films qui se pressent sur le tapis rouge de la grande salle du Cap'Ciné. Le cinéphile moyen titube donc de film en film, électrisé par les rencontres que réserve chaque arcane de la ville.

Les hommages à Walter Hill ne se bousculent pas. Le metteur en scène de Warriors, Southern Comfort, Extreme Prejudice ou plus récemment du Plomb dans la tête étant encore perçu par une partie des institutions cinématographiques comme un bourrin sans âme, vil substrat de Sam Peckinpah, dont il fut l'assistant, nous ne pouvions que nous jeter sur l'occasion d'assister aux honneurs fait à cet artiste au parcours semé de fusillades, combats et autres morceaux de bravoure. Ainsi avons-nous eu la chance de passer quelques 45 minutes en tête à tête avec Walter Hill. Un moment rare, l'occasion d'évoquer la carrière de cet homme qui préfère « regarder deux types se taper dessus dans un bar plutôt qu'un couple de héros dans l'espace ».

 

Difficile de maîtriser le cours de la conversation avec le réalisateur, qui l'emmène, lentement mais sûrement, sur le terrain d'une mélancolie âpre et singulièrement chaleureuse. « John Ford a fait 100 films, quelque chose comme ça. Le système était tellement différent. Et encore ils avaient le temps d'apprendre leur art. Les temps sont durs pour les jeunes réalisateurs. En tant que conteur, je ne les envie pas. Ils sont engagés pour des pubs à la chaîne. Ce n'est pas la meilleure formation qui soit lorsqu'il est question de toucher le public ou de lui faire peur, voir même de le divertir ».

L'homme évoque Alien, bien sûr, ses déclarations et celles contradictoires de Dan O'Bannon, le phénomène, ainsi que le fameux come back des stars de l'action, auquel il a participé en réalisant Du Plomb dans la tête avec Sylvester Stallone. « il représente une certaine forme d'américain moyen. D'americana. Il est très bon dans le film. Il n'en fait pas des caisses. Je lui ai dit : Parle comme lorsqu'on est tous les deux, ne bombe pas le torse. On a toujours dit que j'étais un réalisateur d'action. Pourquoi pas, c'est vrai bien sûr. Mais je me dis que peu de gens ont remarqué le soin que j'apportais à la direction d'acteurs. Les comédiens sont pourtant extrêmement importants dans mes films. »

 

Une sincérité et un franc parler dont le metteur en scène fit preuve quelques minutes plus tard sur la scène de la grande salle du Festival, lorsqu'il fut accueilli par Lionel Chouchan afin de recevoir un hommage mérité pour l'ensemble de sa carrière. L'artiste, visiblement ému, profita de l'occasion pour parler quelques instants d'un de ses maîtres, Claude Chabrol, et saluer son engagement absolu au cœur du Septième Art, jusqu'au crépuscule de sa vie. Quelques minutes de pur bonheur cinéphiles, qui suffirent à faire passer la pilule du nouveau film d'Éric Barbier : Le Dernier Diamant.

Rien de bien méchant mais rien d'inoubliable ou d'aussi impressionnant qu'un autre film de la compétition, le saisissant 71. Première réalisation de Yann Demange, le film nous projette en plein conflit d'Irlande du nord, aux prises avec un jeune soldat britannique déraciné, que cette guerre dépasse et horrifie, tandis qu'il se retrouve abandonné en terrain hostile. Découpage cru mais toujours lisibles, comédiens tous au cordeau, à commencer par l'excellent Jack O'Connell, qui brillera également dans Les Poings sur les murs et le Unbroken d'Angelina Jolie. Immersion dans un conflit où les puissants jouent le chaos tandis que chacun s'apprête à égorger son voisin, le métrage impressionne par sa maîtrise et certaines de ses audaces dans le traitement de ses personnages, ou encore son excellent montage, qui permet à l'ensemble de ne pas accuser de baisse de rythme, en dépit d'un premier tiers à la montée en puissance implacable.

 

 

Ajoutons que dans quelques heures, nous découvrirons un des films les plus attendus du Festival, The Raid 2 : Berandal, juste après avoir rencontré Paul Haggis, et vous aurez compris que la programmation de Beaune nous réserve de sanglantes surprises à son public, venu nombreux. Car en nous offrant une programmation culinaire à la hauteur de ce que nous réservent les écrans, Beaune continue de s'imposer comme une des manifestations cinématographiques les plus dangereuses pour le cholestérol du critique moyen. Un constat que partage probablement Walter Hill, qui aura filé la métaphore viandarde pour évoquer avec nous la disparition prochaine de la pellicule. « Dans un avion, j'ai demandé un steak. On me l'a apporté. Il était très bien, un excellent steak, mais désormais, il faut le manger avec des couverts en plastique. Pas n'importe quel plastique, les couverts ne se cassent pas et ils coupent même la viande. Mais c'est du plastique et rien n'y fait. C'est en marche, ça arrive droit sur nous. Il faut être prêt pour pouvoir s'adapter et en tirer de bonnes choses. Il y a toujours le steak. »

 

 

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