Preview EDGE OF TOMORROW : on a vu 20 minutes de science-fiction impitoyable

Simon Riaux | 27 mars 2014
Simon Riaux | 27 mars 2014

Difficile d'attendre avec énormément d'impatience un film de Doug Liman, certes réalisateur de La Mémoire dans la peau ou Fair Game, mais également le responsable des sinistres Jumper ou Mr. & Mrs. Smith. La présence de Tom Cruise à l'affiche d'Edge of Tomorrow n'était pas nécessairement rassurante, la super-star ayant prouvé avec Oblivion qu'elle était parfaitement capable de s'enférer dans de fausses bonnes idées de SF. La découverte d'une vingtaine de minutes de métrage ne présentait donc à nos yeux aucun enjeu particulier. Grossière erreur.

Projetant son héros à l'intérieur d'une boucle temporelle qui lui fait revivre l'ultime offensive menée par ses semblables contre des aliens sur le point d'écraser l'humanité, Edge of Tomorrow entend piocher pêle-mêle dans les canons esthétiques d'une certaine culture populaire. Jeux vidéos, japanime et récents succès de SF au cinéma sont autant d'inspirations évidentes, heureusement tempérées par son concept proche d'Un jour sans fin et qui pourrait bien amener le film sur un terrain passionnant.

Puisque Tom Cruise reprend le cours de sa journée fatale sitôt qu'il meurt, le récit interroge non pas la notion de choix et de destin mais plutôt une figure essentielle de la culture vidéo-ludique, que les autres arts ou disciplines n'ont jusqu'à présent pas appréhendées à sa juste valeur : le « die and retry ». Littéralement « mourir et recommencer ». C'est la situation à laquelle font face Emily Blunt et Cruise, loin de n'être qu'un gimmick, elle nous a semblé imprégner tous les rouages du scénario. En effet, lorsque l'on ressasse inlassablement le même enchaînement d'épreuves, que l'on s'efforce de maîtriser à la perfection, le voyage ne devient-il pas plus fondamental que sa destination ? Cet homme prisonnier d'une bulle temporelle combat-il contre l'envahisseur ou prolonge-t-il simplement le temps passé aux côtés d'une guerrière qui le fascine ?

 

Dans les extraits qui nous ont été montrés, la relation entre Tom Cruise (ici étonnamment vulnérable) et Emily Blunt semblait certes cousue de fil blanc, mais propice à un beau terreau émotionnel. En ne révélant pas au spectateur immédiatement depuis combien de temps le héros répète ses actions, le script se ménage une importante ambiguité dont on espère qu'il fera usage. Autant de promesses, de possibilités, encore embryonnaires mais bien réelles et auxquelles on a sincèrement envie de croire, la direction artistique de Edge of Tomorrow prenant un tour résolument adulte. 

L'ensemble fait clairement référence à Gears of war, Halo ou encore District 9, voire Battle Los Angeles. Beaucoup d'autres rappels font surface ici et là, ainsi l'épée dont fait usage Emily Blunt rappellera-t-elle aux férus de J-RPG quelques glorieux souvenirs. Les extra-terrestres, aussi véloces que violents s'apparentent à des êtres bio-mécaniques très réussis (à moins qu'il ne s'agisse que d'une autre forme d'armement alien) et dont l'agressivité fait plaisir à voir. Difficile de prétendre que l'ensemble des décors ou méchas seront du même niveau, mais le budget conséquent (plus de 140 millions de dollars) et la volonté de produire le maximum d'éléments à même le plateau (le rendu des exo-squelettes est un pur bonheur) sont autant d'indices qui plaident en faveur du film.

 

En effet, dans les 20 minutes qui ont été montrées, mort, violence et brutalité étaient bien présents. Les corps volent, les vaisseaux s'écrasent et les flammes dévorent les soldats. Probablement faut-il encore une fois remercier l'apport du jeux vidéo, qui a montré que grand public et radicalité n'étaient pas obligatoirement antinomiques. L'impact de ces scènes d'action, le métrage ne les doit pas tant à la mise en scène de Doug Liman qu'à l'excellent mariage entre effets physiques et numériques. La réalité des décors, des shrapnels déchirant l'atmosphère comme du sable répandus en gerbes infernales s'allient aux aliens bondissants (et dont le look semble pour une fois convaincant), tout en obligeant la caméra de Liman à ne pas céder à toutes ses pulsions parkinsoniennes. Autre point potentiellement intéressant à travers les passages qui nous été montrés, tout semblait indiquer que la caméra de Liman était nettement plus calme et ample dans ses mouvements au fur et à mesure de la progression de l'intrigue. Si le film confirme cette évolution et que sa réalisation épouse véritablement la maîtrise grandissante de Cruise au long du film, voilà qui pourrait renforcer encore sa cohérence.

Difficile de dire si toutes les pistes évoquées plus haut se retrouveront effectivement à l'écran, mais elles figuraient dans les différents passages que nous avons découverts. Ainsi avons-nous assisté au premier débarquement catastrophique de Tom Cruise en pleine action, plusieurs de ses réveils successifs et sa prise de conscience. Nous avons également pu voir la première rencontre son personnage et celui de Blunt, ainsi que quelques unes de leur sessions d'entraînement. Enfin, nous avons visionné une longue séquence située plus loin dans le film, alors que les deux héros traversent une France ravagée par la guerre et que Cruise fait son possible pour dissimuler à Blunt une information essentielle.

 

The Edge of Tomorrow ne s'annonçait pas comme un événement de l'ampleur de Godzilla, mais il semble de plus en clair qu'il a toutes les cartes en mains pour créer la surprise. Si la mise en scène de Doug Liman se plie véritablement aux exigences du sujet et que le scénario assume honnêtement sa logique interne, alors nous tiendrons là une petite bombe estivale, doublée d'une réflexion intéressante sur nos tropismes de joueurs. Affaire à suivre de très près...

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