César 2014 : Guillaume et Albert passent à table

Simon Riaux | 1 mars 2014
Simon Riaux | 1 mars 2014

Les César ont cela de réjouissant qu'ils provoquent chaque année autant de joie que de réactions outrées et colériques. Voilà sans doute la preuve qu'il existe encore une population cinéphile désireuse de défendre bec et ongles des films exigeants, difficiles, toujours en quête d'empoignades et de débats. Cette vigueur a de quoi amuser et rassurer, tant elle semble avoir déserté l'espace public, dont les dernières palpitations ne se focalisent plus que sur de stériles débats sur la légitimité des critiques.

Comme chaque année donc, le peuple cinéphage maudit un film qu'il aura porté aux nues de longs mois durant, sous prétexte que son triomphe éclipse celui d'œuvres plus méritantes ou tout simplement supérieures. Il n'y a pourtant aucune raison de cracher sur le palmarès 2014, qui aura eu le bon goût de célébrer Guillaume et les garçons, à table ! excellent film, qui compte parmi les très rares représentants dignes de l'appellation comédie. On ne trouvera rien à redire non plus aux récompenses raflées par 9 mois ferme de Dupontel, autre exemple de réussite artistique majeure.

À vrai dire et on ne le rappelle jamais assez, espérer que les César anoblissent les meilleurs films revient à prier pour que le Vatican sanctifie un jour la Technoparade. Les récompenses étant décernées par des panels de professionnels de la profession, c'est au moins autant l'attitude, la réputation et le succès des nommés qui est pris en compte que la qualité effective de leur travail. C'est affreux, c'est scandaleux, c'est indigne, on en pleurerait, mais que voulez-vous, c'est ainsi.

Du coup, on ne voit pas bien comment La Vie d'Adèle ou Léa Seydoux pouvaient l'emporter, après les innombrables polémiques ayant émaillé la promotion du film. Problèmes avec les techniciens sur le tournage, mots doux échangés entre comédienne et réalisateur... Déjà légitimé par sa Palme d'or, le film était bon pour une fessée symbolique de l'Académie. Quant à L'Inconnu du lac, aussi grande soit la déception de ses quelques fans hardcore, il rentrait dans cette catégorie de films systématiquement traitée avec mépris par les votants, comme si sa simple nomination était en soi une récompense. Condescendance, mais condescendance habituelle. Le métrage nous en ayant touché une sans faire bouger l'autre (en dépit de sa superbe photographie) on serait prêt à parier qu'un grand nombre de votants ne l'a tout simplement pas vu et/ou ne goûte que modérément les thrillers hédonistes mouchetés d'éjac faciales.

On s'explique mal en revanche que l'administration des César ne pratique pas quelques arbitrages. Il n'est bien sûr pas question d'encadrer les votants, mais au final il paraît relativement incompréhensible de donner à Guillaume et les Garçons, à table ! Simultanément le César du meilleur film et celui du meilleur premier film. En effet, ces deux catégories existent justement pour permettre à deux œuvres différentes d'émerger du palmarès. De même, la récompense attribuée à Polanski apparaît quelque peu incohérente. Peut-on être le meilleur réalisateur, mais avoir réalisé un film qui ne mérite pas la moindre récompense ? Étrange.

 

Au final, rien de bien neuf sous le soleil des César. Humour poussif, lutte des castes, ambiance tendue de pré-cocktail sélect, la Cérémonie s'est révélée aussi indigeste que chaque année. Et si le palmarès s'est avéré tristement prévisible, il a eu le bon goût d'honorer un film qui mérite d'être revu. Plaignons-nous donc, hurlons avec les loups, méprisons ce Guillaume Gallienne qui a eu l'outrecuidance de doubler Kechiche dans la dernière ligne droite. C'est lorsque plus personne ne maudira les César qu'il faudra commencer à s'inquiéter.

 

 

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