Festival de Saint-Jean-de-Luz : Final Jour

Christophe Foltzer | 14 octobre 2013
Christophe Foltzer | 14 octobre 2013

Dernier jour du festival, dernier film en séance de rattrapage, l'excitation gagne tout le monde petit à petit, ça sent la fin. On zieute un peu partout histoire de voir qui des sélectionnés est revenu à Saint-Jean-de-Luz pour chercher un prix, on soudoie comme on peut les attachées de presse pour connaitre le palmarès en avance. Peine perdue, elles ne lâcheront rien.

Ultime film de la sélection à voir, Le Géant Egoïste de Clio Barnard. Un film très sombre, poisseux, lourd qui montre deux ados de la campagne anglaise survivre au jour le jour dans leur misère. Ils se rapprochent d'un ferrailleur un peu roublard qui va les utiliser à ses propres fins. Nous ne sommes clairement pas là pour rigoler et le film ne se prive jamais de nous le rappeler. Les deux jeunes acteurs sont fantastiques, surtout le plus jeune Conner Chapman qui porte le film à lui tout seul. Alors bien sûr, on est dans du cinéma anglais social, donc on en retrouve quelques figures récurrentes (la mère détruite mais pleine d'espoir pour ses enfants, le père enfermé dans sa névrose qui ne comprend pas ce qu'il fait, la pluie...) et l'intrigue se révèle un peu trop cousue de fil blanc (ce qui doit arriver, arrive, aucune surprise), mais Clio Barnard y a insufflé une telle force, une telle puissance émotionnelle, qu'on se laisse prendre par ce portrait d'une jeunesse sacrifiée et qu'on finit le film un peu déboussolé. Âpre, sans pitié, clinique par moments, Le Géant Egoïste est un bon petit film, son seul gros défaut étant que la séance de rattrapage ait eu lieu au même moment que la projection des courts-métrages, que nous n'avons donc pas pu voir.

 

 

 

Rendez-vous de l'après-midi, Une histoire banale, le nouveau film d'Audrey Estrougo (aussi membre du jury cette année) projeté hors compétition. Encore un récit qui sent bon la fête et la détente avec le parcours de cette femme qui se fait violer chez elle et qui sombre peu à peu dans le traumatisme. Un film intéressant et globalement réussi malgré quelques partis-pris discutables (la représentation de l'homme dans cette histoire étant le gros problème), bien que tous ces défauts s'effacent devant l'impressionnante interprétation de Marie Denarnaud, totalement dévouée à son rôle, se jetant corps et âme dans la mêlée, elle est la plus grande réussite du métrage. Le film connaissant un destin un peu particulier, on ne va pas s'y étendre plus ici, mais il y a des chances que l'on y revienne en détails très bientôt.

 

Et donc, enfin, la cérémonie de clôture et la remise des prix, riche en émotions que même la présence discrète de Michèle Alliot-Marie n'aura pas su ternir. Rapide résumé : elle et son père, Bernard Marie, sont soupçonnés d'abus de confiance et de détournements de fonds dans plusieurs affaires culturelles de la région, dont le festival, l'office du tourisme de la ville se voyant obligé de reverser 23.800 euros à l'association que préside Bernard Marie. Un parfum de scandale qui est resté aux portes du cinéma, bien qu'en off, les habitants ne se privent pas pour leur conseiller de prendre leurs affaires et de quitter la région. Cette information est d'autant plus importante que dès l'année prochaine le festival changera de nom, au profit du Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz, enfin libéré de ses obligations vis-à-vis de la famille Marie.

 

Mais place au palmarès :

Chistera du public - Court-métrage : Ce sera tout pour aujourd'hui d'Elodie Navarre.

 

Chistera du jury jeune - Court-métrage : Pour le rôle de Pierre Niney (qui repart avec une bourse d'aide à l'écriture de 2.500 euros donnée par le fonds de dotation Porosus)

 

Chistera + du court-métrage : Clean de Benjamin Bouhana (dont le film est acheté par Ciné + pour une diffusion sur son réseau de chaînes)

Mention spéciale pour Pour le rôle de Pierre Niney

 

Chistera du court-métrage : Véhicule Ecole de Benjamin Guillard

 

Chistera du public - Long-métrage : D'une vie à l'autre de Georg Maas

 

Chistera du jury jeune - Long-métrage : La pièce manquante de Nicolas Birkenstock (qui repart avec une bourse d'aide à l'écriture de 10.000 euros donnée par le fonds de dotation Porosus)

 

Chistera de la meilleure interprétation masculine : Irrfan Khan pour The Lunchbox

 

Chistera de la meilleure interprétation féminine : Juliane Kohler pour D'une vie à l'autre

 

Chistera du meilleur film : Le Géant Egoïste de Clio Barnard

 

Chistera du meilleur réalisateur : Ritesh Batra pour The Lunchbox

 

 

Et voilà, sur ces quelques récompenses, remercions chaleureusement Patrick Fabre pour la (grande) qualité de sa sélection, Blanche et Nathalie pour leur organisation parfaite, L'Office du Tourisme, le cinéma Le Sélect' et la ville de Saint-Jean-de-Luz pour leur accueil hors du commun. C'était très bien et on espère y retourner l'année prochaine.

 

PS : Totalement dégoûtés que La Belle Vie n'ait rien eu (sans déconner quoi !), nous étions en marche pour aller casser les genoux du jury. Quand soudain, nous nous sommes arrêtés et avons vu, hallucinés, André Dussollier enflammer le dancefloor sur Get Lucky et, du coup, on s'est dit que ça allait pour cette fois.

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