PIFFF 2012 - Jour 6 et 7

Aude Boutillon | 26 novembre 2012
Aude Boutillon | 26 novembre 2012

Nous la tenons, enfin, notre perle festivalière ; elle aura fait l'objet d'interminables running gags et d'a priori défavorable, avant de scotcher l'ensemble du public autour d'un spectacle tant expérimental que bourrin, et résolument mémorable. On ne pourra pas en dire autant des autres projections des sixième et septième jours, qui ont peiné à affoler notre baromètre au-delà de l'échelon « sympathique ».

A spectateurs chevronnés, légendes iconiques ; The Butterfly Room se parait de la présence magnétique de Barbara Steele, diva de l'horreur devant l'éternel, dont le pas distingué peut parfois être subrepticement aperçu au détour d'un festival. Si la grande dame n'était pas présente, le réalisateur Jonathan Zarantonello s'était chargé de venir défendre son dernier film, portrait référentiel et suranné d'une femme esseulée et perturbée, tant obsédée par sa collection de papillon que par sa détermination à s'accaparer l'affection d'enfants délaissés. Le jeu des questions-réponses aura ainsi permis de découvrir, non sans surprise, que le rôle d'Ann n'avait pas été initialement écrit pour Barbara Steele, mais attribué à posteriori. L'on pouvait pourtant aisément imaginer l'intrigue exclusivement construite autour de l'actrice, iconisée au possible, dont la présence relevait presque davantage du fantasme concrétisé que de la réelle proposition artistique. Cette obsession sera portée à l'écran au détriment de l'ensemble des personnages secondaires, d'une part campés par un B-casting hautement gratiné (Ray Wise, Heather Langenkamp, Adrienne King, voire Joe Dante à l'occasion d'un caméo), d'autre part riches en potentialités malheureusement sous-exploitées, à l'image d'une gamine vicieuse et manipulatrice et de sa freak de mère, dont les évidentes tares et névroses ne sont jamais mises à profit, dévorées par l'écrasant personnage d'Ann. Si la finesse fait cruellement défaut au traitement des personnages et de leurs psychologies respectives, cette maladresse lourdaude se retrouvera dans un certain nombre des aspects du film. La narration, sous prétexte de complexifier un récit linéaire et sans surprise, s'encombre ainsi de flash-back qui, par souci de clarté, sont distingués du temps présent par deux photographies distinctes, un procédé intentionnellement louable mais assurément  gauche dans son exécution. De même, la complexité et l'ambiguïté des relations maternelles auraient mérité un traitement plus subtil, les interactions et rebondissements éventés virant ici régulièrement au grotesque, qui culmine à l'occasion d'un final excentrique au possible. L'hommage peine à se hisser aux cimes de l'idole qu'il est censé célébrer, et ne laisse le souvenir que d'un sympathique essai modeste et malhabile.


Dans la surprise générale, le premier consensus du Festival s'est trouvé constitué autour d'un inattendu de premier ordre. Universal Solider : Day of Reckoning a ainsi suscité l'enthousiasme généralisé auprès de valeureux spectateurs ayant eu la présence d'esprit de faire fi des rumeurs peu encourageantes dont la version amputée du film faisait l'objet. Mais nulle de censure en ces lieux ; c'est donc de l'extatique version unrated dont nous avons pu nous repaître, avec en premier lieu un Patrick Antona ravi, qui reprend la plume pour rendre compte de son enchantement.

Que ceux qui attendent le dernier opus de la saga des Universal Soldier en escomptant un actioner bourrin et fun soient prévenus, Universal Soldier : Day of Reckoning (Universal Soldier: Le Jour du Jugement en VF) est  pur OFNI complètement barré, hyper-violent, sérieux et naviguant à la croisée des chemins entre la SF pure et le film noir. John Hyams, qui rempile une seconde fois après Universal Soldier : Regeneration, opte pour une mise en scène qui alterne longues scènes d'exposition atmosphériques et étranges avec des scènes de baston percutantes et gorissimes pour certaines. Si le scénario se révèle être plutôt sans surprise, sauf dans sa partie finale, Universal Soldier : Day of Reckoning étonne par la manière dont il traite les personnages-clés de la saga, à savoir un Jean-Claude Van Damme à mi-chemin du gourou new-age et du Colonel Kurtz, plus retenu dans son jeu qu'à l'accoutumée, au contraire de Dolph Lundgren qui en fait des caisses mais dont le charisme reste indéniable. Relégués presque au second plan, les deux vieux piliers de la série B  laissent le devant de la scène à un Scott Adkins qui commence à gagner sa part du marché dans le cinéma d'action, crédible en amnésique traquant sans relâche les assassins de sa famille, même si ce sont toujours ses étonnantes capacités physiques qui impressionnent le plus au demeurant. Il est de pratiquement toutes les séquences d'action qui, entre mano a mano, gunfights et duels à la machette, sont d'une intensité rare voire douloureuses. Sombre et âpre, cette randonnée sanglante surprend par son parti-pris esthétique qui la rapproche parfois du style de Gaspar Noé voire des derniers Friedkin (on peut juste regretter l'utilisation peu inspirée du passage du ralenti à l'accéléré) mais qui lui donne la forme d'un fascinant cauchemar éveillé. Il reste que les limites du budget obligent John Hyams à limiter quelque peu ses ambitions, mais le vrai artisan de la série B qu'il est maintient son cap malgré les scories et finit par accoucher au final d'une œuvre coup-de-poing réussie, branque sous certains aspects mais dérangeante, ce qui est plus que jouissif en ces temps où la vague dominante est celle des actioners frileux.


Il y a de cela quelques semaines, le Tall Man de Pascal Laugier (subtilement rebaptisé The Secret) voyait sa sortie en salles couronnée d'un franc succès, une aubaine au vu des scores scandaleux réalisés par les propositions de cinéma de genre français -quand toutefois ces dernières bénéficient d'une quelconque programmation avant la case DVD. Si le film avait divisé la rédaction, nous ne pouvions que louer cet engouement inattendu et encourageant, au terme duquel le PIFFF aura décidé d'inscrire le making-of de Louis Thévenon, In the shadow of the Tall Man, au sein de sa programmation. Le choix d'une projection d'un making-of sur grand écran, insolite en soi, augurait donc d'une exploration pertinente, singulière et sans concessions des secrets de tournage d'un film expatrié en terres canadiennes et confrontant un Français au tempérament bien trempé à des vedettes du cinéma anglo-saxon. Le documentaire d'une heure, centré sur les interactions humaines et déterminé à exclure toute considération technique, suivra les tribulations d'un Pascal Laugier déterminé (nulle surprise ici) à faire aboutir la vision de son histoire, en dépit de (rares) caprices, des intempéries et du timing fuyant. Dommage, dès lors, que l'american touch visant à tout transformer en expérience "sooo amazing" vienne amoindrir la pertinence de témoignages somme toute relativement consensuels de la part des collaborateurs du réalisateur, à l'exception d'un moment volé capturant toute la tentative bougonne d'intimidation de Stephen McHattie. Le segment retranché du making-of présent sur le DVD, et présenté en exclusivité à l'occasion du festival, se révélait plus instructif, en s'attardant sur les difficultés de composer avec un enfant dispersé (et remplacé par la suite par le formidable Jakob Davies), dont la performance était pourtant indispensable à la vraisemblance du lien qui unit Jessica Biel à son supposé fils.  Véritable révélation de In the shadow of the Tall Man, l'actrice voit d'ailleurs son image indéniablement consolidée par les coulisses du tournage : impliquée, persévérante, ouverte au dialogue et dure à cuire, elle finira de confirmer toutes les louanges dont sa convaincante prestation avait fait l'objet.


Enfin, le PIFFF proposait de découvrir Doomsday Book, dont nous avions déjà rendu compte à l'occasion du festival de Sitges. Tandis que l'exercice de l'anthologie semble, sinon regagner ses lettres de noblesses, du moins susciter un certain intérêt du côté des spectateurs, l'Asie fantastique remet le couvert, 8 ans après 3 Extrêmes. Cette fois, elle convie, dans Doodmsday Book, Yim Pil-Sung (Hansel et Gretel) et Kim Jee-Woon autour d'un thème plus ou moins défini comme celui de l'apocalypse, disséqué en trois segments (l'un d'entre eux ayant initialement été confié à Jan Jae-Rim, contraint de quitter le projet en quatrième vitesse, la réalisation de son film ayant finalement été confiée à Yim Pil-Sung). Ce dernier est également à la tête du premier segment, intitulé Brave New World. Enième affaire de zombie, certes inhabituelle pour le continent, et teintée d'un message écolo, Brave New World table sur un humour absurde pas toujours très juste, et souffre de certaines longueurs. L'on retrouvera le même ton dans le plus appréciable The Christmas Gift, où la patte enfantine du réalisateur s'accorde joliment à une fable optimiste et naïve sur la fin du Monde. Le cœur de l'anthologie sera, conformément aux attentes, constitué par le segment de Kim Jee-Woon, véritable dissertation existentielle et spirituelle relative à un robot supposément illuminé par l'esprit de Buddha. Eloigné de ses deux semblables, de même que du thème propre de l'exercice, Heavenly Creature démontre en tout classicisme la maîtrise du cinéaste, au risque de désappointer ceux qui attendaient, après les dernières bombes du réalisateur de J'ai rencontré le diable, un nouveau tour de force de créativité, ou un réel coup-de-poing cinématographique. Plus qu'une vision conjuguée de l'apocalypse, Doomsday Book constitue finalement un recueil d'interrogations riches en thématiques d'ordre théologique, en plaçant au cœur de ses composantes des réflexions relatives à la création, au péché, à la foi et au repentir.

 

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