In the Mood for Cannes - épisode 6

Simon Riaux | 21 mai 2012
Simon Riaux | 21 mai 2012
Le festival de Cannes a toujours entretenu des liens étroits avec l'actualité des pays venus y présenter leur cinématographie. Qu'il s'agisse du contenu des œuvres elles-mêmes ou les actes d'artistes engagés, décidés à jouer les troubles-fêtes, le réel s'est toujours invité sur la Croisette, à moins que cette dernière, toute fardée de strass et de paillettes, soit en réalité désireuse de se confronter à une réalité bien plus complexe qu'une simple montée des marches.

Ainsi, si l'on avait assisté il y a quelques années à une crise du festival, résultante directe des soubresauts de l'économie et d'un nécessaire recadrage de l'évènement, afin de ne pas verser dans le festif le plus obscène, on assiste aujourd'hui à un festival de la crise, où les différentes sélections reflètent avec une intensité toute particulière les doutes et bouleversement qui ébranlent nos sociétés. On a bien du mal à trouver un métrage qui ne donne pas corps à un processus de chute, de renversement, voire de révolution.

 


 

Elle est parfois larvée, comme en attente, toujours sur le point de survenir (Moonrise Kingdom), elle se donne à voir dans la marchandisation impavide des rapports humains (Paradis : Amour), elle se fait aussi crise des valeurs et des modèles (Reality), ou encore condition sine qua non d'une renaissance douloureuse, où l'on ne pourra mesurer ce que l'on gagne qu'à l'aune de ce qui nous est arraché (De Rouille et d'os), c'est une éruption qui n'épargne personne, quand elle ne se retourne pas contre ses propres acteurs (Après la Bataille), ou ne piétine pas purement et simplement les traditionnels gardes-fous du corps social (Broken). Cette transformation est aussi un naufrage, celui de la vieillesse et de son implacable délitement (Amour), dont ne viendra nulle renaissance, aucun espoir, seulement une interrogation béante, ténébreuse et insondable.

Après s'être lui-même adapté à la nouvelle donne économique, après nous avoir offert l'an dernier un (ultime ?) raout sous forme de défilé d'artistes à leur firmament, le Festival de Cannes n'est plus en position de réagir à la crise, elle l'a atteint, contaminé (Antiviral), et fait désormais partie intégrante de son logiciel, comme nous le rappelait ce 20 mai une pluie torrentielle, qui dût horrifier jusqu'à Ken Loach.

 

 

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