In the Mood for Cannes - Episode 3

Simon Riaux | 18 mai 2012
Simon Riaux | 18 mai 2012
Tous les festivaliers du monde les redoutent, les craignent et les connaissent, leur sinistre augure plane sur les programmations des happening cinématographiques du monde entier. Elles sont synonymes de chemin de croix, de souffrance à nulle autre pareille, et in fine de perte de la sacro-sainte confiance en soi. Cette adversaire redoutable, c'est la Journée Foirade. Implacable dans son déroulement, elle peut broyer n'importe quel cinéphage, même armé d'une foi sans pareille dans le septième art.

Rien ne prédestinait pourtant la Team EL à subir les foudres du destin. D'aucuns considérèrent même que la journée s'ouvrait sous les meilleurs hospices, grâce à De Rouille et d'os. Audiard mineur, soit largement supérieur au tout venant de la production internationale, dont l'énergie et la lumière nous permirent de croire que ce premier véritable marathon cannois serait une partie de plaisir. Un Lou Ye et un Student plus tard, il nous est apparu évident qu'il n'en serait rien. Entre la mise en scène inaboutie du premier et l'ascétisme grisâtre du second, le doute n'était plus permis, le programme tournait lentement mais sûrement au vinaigre.

 



Pour autant, nous étions bien loin encore de nous douter de l'ampleur de la catastrophe qui nous guettait. Le cataclysme qui, tapi dans l'ombre de notre glorieuse équipe, se déclina en un mortel triptyque, qu'aucun d'entre nous ne put esquiver. Tandis que Stéphane voyait le projecteur de Los Salvages rendre l'âme et provoquer l'annulation de sa séance, Sandy dut capituler face à l'ouverture de la Semaine de la Critique, phagocytée par des nuées d'invités sans la moindre considération pour sa modeste personne. L'auteur de ces lignes se gaussait alors de la déconvenue de ses complices, loin d'imaginer que la dernière place du Michel Gondry lui serait ravie par rien moins que le Président du Jury, le ténébreux Nanni Moretti (sic !) Avant même de pouvoir lui asséner quelque assassine réplique, un vigile m'entraîna doctement vers la sortie, en serrant tel un étau mon petit bras chétif. Frustrés, couverts d'ecchymoses, nos trois compères choisirent, tels des joueurs addictes faisant tapis pour renverser la vapeur d'une partie vouée à la catastrophe, de donner une dernière chance à cette funeste journée.

C'était sans compter sur les conséquences irrémédiables des œuvres de Fatih Akin et Apichatpong Weerasethakul, coups de grâce amers, qui foulèrent au pied les restes de bonne volonté de nos envoyés spéciaux. Dès lors, inutile de lutter, les dernières vingt quatre heures, en dépit d'efforts incommensurables, appartenaient très clairement à la catégorie maudite des Journées Foirades. Personne n'en sort indemne cher lecteur, nul ne peut se prétendre plus fort qu'elles, car c'est justement ce qu'elles espèrent. Adversaires cruelles, elles ne choisissent jamais leur proie au hasard, ici un festivalier essoufflé, là un cinéphage perdu, tantôt un spectateur esseulé. Au moins la Team EL en sera-t-elle sortie plus soudée que jamais, prête à tous les sacrifices pour demeurer unie.

Que notre céleste déconvenue vous serve de leçon, et vous permette à votre tour, de sortir plus fort d'une Journée Foirade. Car après le nanar vient toujours le beau film.

 


 

 

 

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