Berlin 2012 - Jour 2

Simon Riaux | 16 février 2012
Simon Riaux | 16 février 2012

Le challenge du minimum 6 films par jour/nuit au rendement de la chronique quotidienne. Et pour cause, débutant la journée vers 8 heures du mat pour la finir pas avant minuit avec des pauses entre les films n’excédant pas les 15-30 minutes, ne donne pas trop l’occasion de se poser pour écrire. C’est donc en prenant sur ses quelques heures de sommeil disponibles que Laurent vous fait part de sa journée de vendredi.



Will Ferrell est drôle en espagnol…même si on n’en doutait pas

S’il y a bien un moment où l’objectivité n’est plus de mise, c’est lorsque je prends mon clavier pour évoquer Will Ferrell. Cet homme me fait rire comme personne sur terre. Alors, c’est sans surprise que Casa de mi padre a joué avec mes zygomatiques. Will en anglais, c’est drôle mais Will en espagnol, c’est presque encore plus drôle. Ce type est fou et pendant une heure et demie, il pousse son humour absurde dans ses derniers retranchements. Sur fond de guerre entre cartels de drogue, Casa de mi padre se la joue film grindhouse avec facéties visuelles et narratives réjouissantes (toutes les réjouissantes séquences avec le tigre blanc). Ca joue sur tous les registres comiques, les comédiens en font des tonnes, tout ne fonctionne pas mais ça enchaîne. Et puis, quand on ne rigole pas trop, il y a Genesis Rodriguez, la nouvelle bombe latina que l’on n’a pas fini d’admirer sur grand écran. Et ici, on peut déjà admirer son postérieur…comme celui aussi de Will Ferrell, mais ça, on s’en fiche nettement plus. (4/5)

 

 

Où est passé le Rodrigo Cortés de Buried ?

A la fin de la projo de Red lights, il faut se pincer pour être bien sûr que c’est le mec qui nous avait scotché les rétines avec Buried qui est responsable de ce thriller bas de gamme pourtant servi par un trio de renom (Robert De Niro, Sigourney Weaver et Cillian Murphy). Alors que le jeune cinéaste avait su parfaitement dessiner les enjeux de son premier film, permettant une adhésion instantanée à son récit, il fait ici tout le contraire au point qu’après une première demi-heure bien emballée, on en vient à se désintéresser totalement de cette enquête de deux scientifiques cherchant à démasquer les soi-disant pouvoirs d’un célèbre medium. Quant au final, totalement dans la lignée depuis plus d’une décennie du twist à la con, il démontre à quel point Cortés n’avait pas grand-chose à raconter. Une énorme déception. (2/5)

 




Dennis Quaid joue au boogeyman

Voir Dennis Quaid jouer sur un écran de cinéma, suffit à notre bonheur. Qui plus est ici puisqu’il joue, chose trop rare dans sa filmo, le méchant de l’histoire. Harcelé par une bande de jeunes cons qui ont bien vu qu’à la suite de la mort accidentelle de sa femme, le bonhomme ne tourne pas rond au point de tuer quiconque pénètre chez lui (on n’est pas au Texas pour rien). Et Quaid de faire le show à chacune de ses rares apparitions. Car, malheureusement, Beneath the darkness choisit le camp des ados pour faire avancer son récit. Une totale idiotie l’empêchant de décoller de son statut de DTV insipide et tellement vu. (1,5/5)

 

Alex de la Iglesia fait dans le social drôle et effrayant

Après le généreux et très ambitieux Balada triste, Álex de la Iglesia garde la forme.  Sa Chispa de la vida dresse un portrait d’une justesse aussi drôle qu’effrayante sur la médiatisation de notre société. On y suit un homme, la quarantaine passée, au bout du rouleau par son incapacité à trouver du boulot. Traumatisé de ne pas être à la hauteur de sa (magnifique) femme (interprétée par Salma Hayek), il part sur un coup de tête sur les lieux de leur lune de miel pour se retrouver, suite à un accident, avec une barre de fer dans le crâne. C’est le début d’un immense battage médiatique, l’homme ne pouvant être déplacé sous peine de mourir et se trouvant sur un site archéologique dont l’inauguration a attiré les médias du pays. Malgré un léger surplace dans sa deuxième partie, La Chispa de la vida permet à son cinéaste d’appuyer là où cela fait mal, dénonçant avec dérision les dérives d’une société gangrenée par la médiatisation à outrance. Il semble loin le temps où Álex de la Iglesia n’était qu’un cinéaste malin adepte du film grand huit. On appelle ça la maturité de l’artiste ! (3,5/5)

 

 

Les films de serpents ont leur Dents de la mer 4

Le marché du film, c’est un monde à part et le spectacle est parfois ailleurs que sur l’écran. La preuve avec Venom. En grand fan de films de monstres, un serpent qui pourchasse une mère et sa fille dans le désert australien, ça m’excite les sens. Et la publiciste à l’entrée de la salle qui me refile sa super plaquette avec le bon gros serpent bien menaçant ne fait que renforcer cette excitation. Deux minutes après le début du générique, un hélicoptère qui brûle en CGI pourris, un impact de balle avec du sang numérique foireux, et des comédiens abominables, le sort du film est jeté : on est dans le nanar absolu. Et désormais, je n’ai plus qu’un objectif : être le dernier à sortir de la salle. Car, comme dans toute projection de marché, les « buyers » ne perdent pas leur temps et quand le film est mauvais, les fauteuils claquent vite. Venom est un sacré mauvais film puisqu’au bout de 30 minutes, on n’est plus que 2 dans la salle. Il faut dire qu’un serpent qui suit mollement sans jamais vraiment les rattraper nos héroïnes parce que celles-ci ont écrasé sa compagne, ça vous fait fuir le plus courageux des « buyers ». Mais voilà, l’autre « collègue » fait de la résistance. Pas grave, mon vieux, tu as face à toi un mec qui en a vu du nanar de compétition. Des visions subjectives ridicules du serpent, j’en mange 4 au petit déj, des séquences dialoguées pour raconter le peu de choses qui se passent à l’écran, c’est parfois mon pain quotidien. Et Les Dents de la mer 4, je l’ai vu au moins 10 fois… alors le ridicule du serpent vengeur, on me la fait pas. Un petit regard derrière moi toutes les trois-quatre minutes pour voir si le bonhomme craque. Mais non, il est tenace, l’animal. Aurai-je trouvé mon parfait Némesis ? Et puis la séquence du reptile qui a doublé ses proies et les attend au détour d’un rocher, finit d’achever mon adversaire. Et moi de crier un énorme « yes » victorieux dans une salle déserte. C’est ça aussi les petits plaisirs du marché ! (0,5/5)

 

 

Takashi Miike change (encore) de registre

L’homme qui filme plus vite que son ombre a encore frappé. Aller dans n’importe quel festival du monde, c’est presque l’assurance de découvrir un nouveau film de Takashi Miike. On l’avait laissé à Cannes avec son excellent film de samouraï (Hara-Kiri), on le retrouve à Berlin avec une adaptation d’un jeu vidéo, Ace Attorney. Et le bonhomme a beau changer de registre, il garde la forme et fait preuve ici d’un humour plus d’une fois désopilant. Avec une virtuosité technique sidérante, il se joue du huit-clos inhérent à son récit d’un affrontement dans un tribunal. On pense plus d’une fois au 12 hommes en colère de Lumet dans cette lutte pour faire changer un verdict de culpabilité qui paraît évident à l’exposé des (premiers) faits. Malgré une durée conséquente (135 minutes), un flot de dialogues ininterrompu et un univers très local, Ace Attorney se montre toujours passionnant. Et Miike de continuer à s’imposer de plus en plus comme un cinéaste hors normes. (3,5/5)

 

 


Le found footage en mode anthologie…Y a des baffes qui se perdent !

Précédé d’un gros buzz né à Sundance à la suite de projections houleuses où l’on a eu droit à évanouissement et malaise, V/H/S est une nouvelle démonstration de la vacuité absolue du film en mode found footage. Et là, c’est le haut du panier si on peut dire puisque l’œuvre n’est rien moins qu’une anthologie façon Contes de la crypte avec un segment qui fait le lien entre les sketchs. Il y a 5 histoires au programme auquel s’ajoute le récit qui les lie. Passée une première histoire, de loin la meilleure, qui fait penser à The Woman de McKee avec son personnage féminin redoutable, le niveau ne fait que baisser avec des intrigues d’une faiblesse inouïe que n’importe quel cinéaste en herbe un peu débrouillard avec ses potes peut parvenir à créer lors d’un long week-end. Cela est d’ailleurs bien étonnant et triste de voir le nom de Ti West au générique d’un des plus mauvais sketchs (le plus anecdotique), lui qui avait redonné, récemment, un peu de ses lettres de noblesse au genre avec House of the devil et The Inkeepers. Triste époque pour le cinéma horrifique !

 

 

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