Berlin 2012 : jour 1

Simon Riaux | 10 février 2012
Simon Riaux | 10 février 2012

Si Ecran Large a fait sa une aujourd’hui avec Les Adieux à la Reine, le film d’ouverture de la 62ème édition du festival de Berlin, ce n’est pas pour autant que dans les jours qui vont suivre, vous aurez un compte-rendu détaillé des films en compétition. Non, cette année, EL a envoyé son rédac chef parcourir les allées du marché du film et comme il n’arrêtait pas de râler, refusant de mendier des tickets pour découvrir les pépites (ou daubes) à venir, on lui a payé un badge marché, histoire qu’il puisse en voir un maximum. Et force est de reconnaître que si le site a connu des gros soucis techniques, notre chef, lui, n’a pas chômé en cette première journée puisqu’il fut très fier de nous faire parvenir son premier papier en mettant en gros qu’il avait vu 6,5 films. Le 0,5, on vous l’explique plus tard. On laisse donc la parole à Laurent et sa revue d’effectif de ce jour 1 à la Berlinale.

 

 

L’ex de Superman joue à Délivrance avec des copines

Faire le marché à Berlin, c’est constamment une question de choix. Plus de 700 films projetés et la possibilité de n’en voir au mieux qu’une cinquantaine. L’avantage avec la séance matinale de la première journée, c’est que la concurrence n’est pas énorme (4 films en tout et pour tout) et de se retrouver donc à aller découvrir Black Rock, un Délivrance à la sauce gonzesse où l’on retrouve la blonde Kate Bosworth accompagnée de deux copines (la rousse Katie Aselton, également réalisatrice du film, et la brune Lake Bell, sorte d’Amanda Peet avec une grosse poitrine). Le survival n’est pas un genre pour nanas aurait-on envie d’écrire de façon bien misogyne après avoir rigolé à ce gros nanar où trois donzelles vont réussir à venir à bout de trois anciens soldats tous juste revenus d’Afghanistan (pour le coup, le mythe du GI ricain en prend un coup).  Archi prévisible, ridicule dans sa deuxième partie survival (ah ces petits culs nus des demoiselles au clair de lune déterrant leur trésor enfoui quand elles avaient 10 ans...), Black Rock lance le séjour sur des bases nanar élevés ! (1/5)

 

 

Thriller thaïlandais lynchien

Prenant un peu d’avance sur le festival asiatique de Deauville qui va lui rendre hommage en mars au cours de sa 14ème édition, on est allé voir Headshot de Pen-ek Ratanaruang, thriller au récit bien complexe : un flic se voit piégé par les truands dont il avait démantelé le trafic. Après avoir pris une balle dans la tête, sa vision est inversée et il voit tout à l’envers. Magnifiquement filmé, prenant son temps (la très signifiante voix off), multipliant les allers-retours temporels, non dénué d’un certain humour (macabre), et s’évertuant à ne pas suivre une ligne narrative aisée, Headshot attise la curiosité à défaut de s’imposer comme une référence du genre. (3/5)

 

Patrick Bruel face à…Woody Allen

On appelle ça une rencontre improbable et pourtant elle a bien lieu dans ce Paris Manhattan, premier film de Sophie Lellouche. Pour sa première incursion derrière la caméra, la demoiselle s’offre une comédie romantique sous influence du cinéaste de Manhattan et réussit à faire jouer Allen (dans son propre rôle), qui était absent des écrans depuis son Scoop en 2006. Un joli tour de force qui égaye beaucoup ce film léger et sympathique mais mineur. Dans le rôle principal de la jeune femme qui n’arrive pas à trouver l’élu de son cœur et que toute la famille cherche à caser, Alice Taglioni confirme son talent pour le genre tout en formant avec Bruel un convaincant duo romantique. Dommage que le récit manque singulièrement de rythme malgré une durée pourtant extrêmement ramassée (75 minutes). (3/5)

 




Les retrouvailles ratées de Tsui Hark et Jet Li

Presque 20 ans que l’on avait plus vu rassemblé devant et derrière la caméra le duo magique des Il était une fois en Chine. C’est dire à quel point ce Flying swords of Dragon Gate nous excitait. D’autant que les retrouvailles se faisaient avec une inédite 3D (pour les deux hommes) et qu’au vu du dernier et excellent Détective Dee, on savait Tsui Hark en très grande forme. La déception est de taille après deux heures d’un spectacle certes extrêmement riche et généreux mais parasité constamment par un abus de CGI comme ce fut déjà le cas par le passé avec l’auteur de La Légende de Zu. Qu’il est loin alors le temps où à l’aide de câbles invisibles, Jet Li traversait les airs pour venir à bout de dizaines d’adversaires. Désormais, c’est son double numérique (pas très réussi d’ailleurs) qui fait le job et forcement, ça n’a pas la même saveur ni le même impact visuel. Sous prétexte d’aller toujours plus loin, plus haut, Tsui Hark trahit involontairement l’essence même de la toute puissance de son cinéma. Alors, il a encore un millier d’idées visuelles et l’on reste plusieurs fois estomaqué par l’inventivité du bonhomme mais la magie a disparu dans les pixels qu’une 3D anecdotique ne fait qu’amplifier. (3/5)

 

 


Explication du 0,5

On vous parlait des choix constants à faire pour réussir à tenir le planning fixé. En voici la preuve avec Wish you were here, film australien qui m’a servi de bouche-trou en attendant la projection du très attendu second film de Quentin Dupieux, Wrong. Avec 45 minutes d’avance sur l’horaire prévu, la boulimie du festivalier encore bien frais (on en reparle dans 5 jours) provoque un comportement bien étrange : « et si j’allais voir un bout de film en attendant, si c’est mortel, je reste, si c’est naze, je fais comme tous les acheteurs, je me lève brutalement, je claque mon siège et je pars avec mon portable à l’oreille en balançant un «we don’t buy it » à mon boss ». Et voilà comme j’ai vu 35 minutes d’un film australien avec Joel « Warrior » Edgerton et Teresa « Numéro 4 » Palmer. Dommage pour ma pomme, l’histoire joue la carte du mystère sur la disparition d’un homme après qu’un groupe de 4 amis soit parti en vacances au Cambodge. J’ai donc juste eu le temps de voir l’ambiance psychologique du retour des trois « rescapés », sans nouvelle de leur pote, de comprendre qu’il y avait un gros mystère pas net sur sa disparition et enfin d’apprendre que Joel a trompé sa femme là bas avec Teresa un soir de beuverie…Bref, les prémices du drame et pour la résolution de tout ceci, il faudra attendre soit la prochaine diffusion au marché dans quelques jours soit la future sortie vidéo (au vu des 35 minutes, je ne vois pas comment cela peut sortir en salle, l’attrait commercial étant des plus évanescents).

 


 


Quentin Dupieux n’est pas Wrong…il est juste différent


Après nous avoir raconté l’histoire d’un pneu qui tue avec Rubber, on se demandait bien quel nouveau délire allait inventer Quentin Dupieux. Rassurez-vous, l’artiste en tient toujours une couche et Wrong de nous prouver que son cerveau ne fonctionne définitivement pas comme le nôtre. A partir d’un postulat des plus basiques (un homme se réveille un matin et son chien a disparu), Dupieux va créer un univers totalement barré où l’humour absurde est élevé au rang d’art. A l’image de son héros qui continue à aller travailler dans un bureau où il pleut averse alors qu’il a été viré depuis 3 mois ! Ou de ce palmier qui s’est transformé subitement en sapin. Ou de ce gourou spécialisé dans l’enlèvement d’animaux de compagnie afin que leurs maîtres se rendent compte de leur importance (hilarant William Fichtner et sa queue de cheval). Si sur la longueur, le film perd de sa superbe et s’essouffle quelque peu dans son dernier tiers, il n’en demeure pas moins une réussite éclatante dans sa capacité à nous faire rire autrement. Et de confirmer que Quentin Dupieux est un artiste précieux car déroutant, novateur et imprévisible. (3,5/5)

 


 


Quand Jacquot dit moteur,  ça joue bien devant sa caméra


Inutile de revenir sur les qualités évidentes du film de Benoît Jacquot, Les Adieux à la Reine, puisque Laure vous en parle avec passion dans sa critique dithyrambique. Mais avant d’aller dormir quelques heures, j’ai envie de souligner à quel point le réalisateur m’a bluffé dans sa capacité à faire jouer aussi juste un trio de comédiennes qui, par le passé, a déjà prouvé séparément qu’il pouvait y avoir péril en la demeure. Que ce soit Léa Seydoux (dans un rôle autrement plus riche que ses prestations américaines), Diane Kruger (qui a définitivement l’étoffe d’une grande) et plus encore Virginie Ledoyen (trop souvent mal exploitée), le niveau d’interprétation frise la perfection. Et de ressentir cette tranche de l’Histoire pourtant bien connue avec une empathie aussi novatrice que durable. (3,5/5).

 

 

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