Gérardmer 2012 : la section Extrême

Simon Riaux | 29 janvier 2012
Simon Riaux | 29 janvier 2012

Aujourd'hui, la team EL est passée en mode extrême. Comprenez qu'on est allé faire un tour du côté de la section qui a remplacé la sélection des inédits vidéo. Cette dernière a disparu car peu en adéquation avec une sélection qui avait de plus en plus tendance à proposer au sein même de la compétition des films destinés également au marché vidéo, comme ce fut par exemple le cas l'an dernier avec le vainqueur, Bedevilled, sorti directement en DVD & Blu-ray en mai 2011 sous le titre de Blood Island. 5 films nous attendaient pour des résultats pour le moins variés.


A tout honneur, place à la bouse du lot avec Choose.  Et pourtant la séquence inaugurale tendance Scream, laissait présager la possibilité de découvrir un slasher sympathique. Tordu, malsain et violent (surtout psychologiquement), cette première séquence fait son effet et place le film sur des rails excitants. Seulement, tout s'arrête là et si on excepte un coup de feu mortel surprenant et une héroïne qui se déchaîne sur son prédateur avec la froideur, la hargne et la sauvagerie qui ont manqué à un paquet de ses prédécesseurs, Choose n'est qu'un énième slasher mou du genou présentant un trauma de serial killer parmi les plus bêtes du genre.  On vous laisse donc imaginer l'étendu du désastre.

 

 

 

 

Mais il n'y avait pas que de la bouse dans cette sélection extrême. Il y avait aussi Bouseman et son Mother's day. Le réalisateur de 3 des pires Saw et du navet intergalactique, Repo ! The genetic opera, s'offre le remake d'un petit film culte des 80's, Mother's day et signe, et de loin, son meilleur film. S'éloignant considérablement du film original (mis à part l'idée d'une famille de barges dominée par une mère tyrannique), Bouseman fait dans le thriller à grosses ficelles. Le grand guignol s'invite ici avec bonheur et les disparations des comédiens se font toujours dans un bain de sang généreux. En tête d'affiche, on retrouve avec grand plaisir Rebecca de Mornay qui est absolument géniale en mère poule prête à tout pour sauver sa progéniture, toute tarée qu'elle peut être. La comédienne nous rappelle à quel point elle excelle à jouer les méchantes (remember La Main sur le berceau) et s'impose avec aisance comme l'atout numéro 1 de ce jeu de massacre certes guère subtile mais diablement jouissif malgré une durée quelque peu excessive.

 

 

À moins d'avoir passé les 10 denrières années dans les catacombes parisiennes, vous n'avez pu passer à côté de la recrudescence des found footage. Les auteurs de Grave Encounters non plus. Hélas.  Le début du film, plutôt réjouissant, laissait pourtant à penser que nous aurions à faire aux dessous parodiques des émissions de télévision américaines mettant en scène des pseudo-chasseurs de fantômes, dont il est de notoriété mondiale qu'elles sont bidonnées de bout en bout. On s'amusera ainsi des coups montés par une équipe de télé cynique et sceptique (les malheureux !), ainsi que d'un apparent pastiche des films récents à la Paranormal Activity. Apparent seulement, car le premier degré reprend très rapidement ses droits, et avec lui l'ennui et la bêtise propres aux productions persuadées de terroriser le spectateur à grands coups de portes qui claquent. Force est de constater que le tout est particulièrement plat, et tire excessivement en longueur. Petit bonus non-négligeable : le désagréable sentiment de s'être fait prendre pour une buse.

 

 

Les récentes tentatives de ressusciter les bonnes vieilles péloches grindhouse d'antan se sont illustrées par quelques notables bouffées de cynisme, voire des notes d'intention en forme de pieux mensonge. Or, si le bon goût est une denrée inaccessible à Joel Schumacher, le second degré ne lui est pas plus familier, pour notre plus grand bonheur. Car Blood Creek avait tout du projet fleurant bon l'opportunisme Rodriguien, jugez plutôt : deux frères en conflit, une famille de proto-teutons immortels, un zomblard roublard et nazi, et des runes viking. Oui, vous avez bien lu. On pourra regretter le démarrage mollasson, le duo de héros mal dégrossis, mais ce serait oublier une immense qualité du long-métrage de Joel-batman-a-des-tétons-Schumacher, son indéboulonnable premier degré. Vous ne trouverez ici nulle private joke, pas la moindre trace de dérision, ni de mise à distance, sachez-le, vous qui pénétrez en ces lieux, vous êtes là pour sauver le monde de l'avènement d'un IVème Reich putrescent. Pour peu que vous teniez jusqu'à la dernière bobine, vous devriez connaître les joies d'un climax ahurissant, où s'entrechoquent pêle-mêle armures d'ossements, chevaux morts vivants, scarification sauvage, et complot millénaire. Pour un film qui dure mille ans !

 

"Ciel mon zombie !"

 


Le meilleur de la section nous ait venu de la France avec The Incident, à tel point que l'on regrette que le film n'ait pas eu le droit aux honneurs de la compétition (remember La Traque l'an dernier). Cette co-production en langue anglaise tourné par un cinéaste français, Alexandre Courtès, nous entraîne au cœur d'un asile psychiatrique américain où un trio de rockeurs travaillant comme cuisiniers pour payer le loyer va devoir affronter les pensionnaires libérés accidentellement suite à une panne d'électricité.  Faisant preuve d'un sens narratif étonnant lui permettant en premier lieu de donner du corps à ses personnages et à ce singulier décor, Courtès fait solidement grimper la tension pour lâcher les brides de son récit dans une seconde partie décomplexée où les âmes sensibles seront priés de bien s'accrocher à leur fauteuil. Maîtrisant parfaitement les mécanismes de la peur, le réalisateur dresse une sacrée toile d'araignée autour de ses sympathiques héros (campés par d'excellents comédiens) et les retournements de situation s'enchaînent en impliquant constamment le spectateur. On n'en dira pas plus histoire de garder le mystère d'un scénario qui en a dans le réservoir à l'image d'un final qui prêtera à discussion. De celles qui alimentent avec bonheur la fin de projection de films marquants. Et The Incident d'être la jolie promesse d'un réalisateur dont on attend beaucoup, le bonhomme citant Billy Wilder et Sam Peckinpah comme maître à pensées, son capital sympathie n'en est que plus grand.

 

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