Venise 2011 : jour 4

Simon Riaux | 3 septembre 2011
Simon Riaux | 3 septembre 2011

Il y a des jours avec et des jours sans. Cette quatrième journée passée dans les salles obscures de la Sérénissime appartient à la deuxième catégorie. Les hostilités furent ouvertes par la douche de l'auberge, qui devint subitement glaciale alors que votre serviteur s'était presque à moitié rasé. Rien de tel pour commencer un long périple de projection que de frictionner le visage et la gorge avec un vieux bic dégoulinant d'eau froide. Ce qui aurait dû n'être qu'un détail était, tout tend désormais à le prouver, un sombre présage.

 



Geoffrey et moi-même, un tantinet inquiétés par ces sinistres augures, nous rendîmes au pas de course jusqu'à la projection de Contagion, le très attendu nouveau film de l'inégal Soderbergh, non sans manquer de tomber passer par-dessus bord lors d'une échappée en vaporetto (true story). Hélas la claque attendue ne fut pas au rendez-vous, le réalisateur retrouvant son dilettantisme et ses tics après une première heure implacable et brillante. Au moins cette dernière nous sortit momentanément de la torpeur occasionnée par le déficit de sommeil accumulé (lire la critique).

Un peu amers, mais pas désarçonnés pour autant, mon camarade fila retrouver James Franco et son Sal, tandis que je retrouvais Marina de Van pour une interview, suite au visionnage de son vorace Petit Poucet. S'ensuivit un entretien que je vous retranscrirai bientôt, à la fois intéressant et électrique, à l'image de mon interlocutrice, réalisatrice atypique et précieuse. Je retrouvais Geoffrey en espérant le voir aussi réjoui que moi, mais le regard vitreux qu'il affichait après son heure et demie passée devant le biopic consacré à Sal Minéo n'indiquait rien de bon. « C'est la grosse merde arty que je craignais, c'est affreux et je n'ai pas envie d'en parler, je veux juste faire du mal à James Franco, » fut en substance l'analyse détaillée de mon acolyte, qui entendait probablement par là que le malheureux acteur-réalisateur s'était fourvoyé dans une reconstitution ampoulée et artificielle d'un cinéma d'auteur qu'il était tout juste bon à singer.

 

 



« Minse me dis-je, si je ne trouve pas vite un film super rigolo à me mettre sous la dent, cette journée va commencer à sentir la déprime. » Toujours partant pour une grosse marrade des familles, je me ruais avec la fougue de la jeunesse sur la projection de Toutes nos envies, du sémillant Philippe Lioret. Comme à son habitude, le réalisateur nous gratifia d'un rafraîchissant récit, où une sanctifiable et belle juge (épatante Marie Gillain) décide de cacher aux siens l'existence de la tumeur qui lui grignote l'encéphale, de leur organiser une chouette existence, et de débouter judiciairement les vilains organismes de crédits décidés à poursuivre une malheureuse dont elle s'est entichée. Vous l'aurez compris, ce fut une formidable poilade que ce Je vais mal, ne t'en fais pas, mais on me signale depuis Paris que Sandy a beaucoup aimé, ce qui augure des débats fructueux. Il va y avoir de la viande sur les murs mes bons amis.

 

 



Devant pareilles déceptions, Al Pacino semblait le remède idéal. L'acteur était venu présenter sa nouvelle réalisation, Wilde Salome, sorte de documentaire expérimental autour de la pièce Salomé, qu'il interpréta il y a quelques mois à Los Angeles. Si le projet fait bien évidemment échos à Looking for Richard, il n'en a pas la saveur. Cette tentative apparaît beaucoup plus superficielle, et nettement moins personnelle que sa précédente incursion derrière la caméra. La preuve, Bono y parle d'Oscar Wilde. Reste le petit plaisir de voir le grand Al se livrer à un numéro pas très éloigné de Lost in la Mancha.

 

 

Ce fut donc une journée couci-couça, bof-bof, pas terrible, moyenne, pas über-kiffante, comme on dit dans le jargon. Mais ne vous inquiétez pas, tout porte à croire que la Mostra nous réserve encore un joli paquet de surprises à commencer, par le Shame de Steve McQueen, avec Michael Fassbender. Dark Horse, de Todd Solondz pourrait aussi créer l'évènement. De toute façon, je viens de voir une naine en BMX (true story) traverser la salle de presse, et si ça ce n'est pas un bon présage, alors moi j'y comprends plus rien aux augures.

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