Spielberg, Burton et Bertolucci à la Cinémathèque

Nicolas Thys | 29 juin 2011
Nicolas Thys | 29 juin 2011

Après certains des grands piliers du cinéma cette année, Hitchcock, Kubrick, Eisenstein ou Lynch en particulier, on se demandait comment la cinémathèque allait faire pour concocter un programme aussi alléchant et c'est chose faite. Serge Toubiana, son directeur, et Costa Gavras, son président, ont annoncé ce lundi les grandes lignes de la saison 2011-2012 et les rétrospectives et expositions à venir donnent plus qu'envie.


D'abord, le cinéma contemporain et hollywoodien conservera une part importante, amenant un public toujours plus jeune et plus nombreux qui pourra voir et revoir sur grand écran les films de Steven Spielberg et Tim Burton. Les eux cinéastes sont mis à l'honneur cette année et devraient pouvoir faire le déplacement entre les murs de l'institution au 51 rue de Bercy. Tim Burton sera également gratifié d'une exposition dès le mois de mars, réalisée par le MoMA (Museum of Modern Arts) de New York et qui attira l'année passée plus de 700 000 visiteurs. Exposition qui regroupera plus de 700 œuvres peintes ou dessinées ainsi que des photographiques du cinéaste, pour certaines inédites ou issues de collections privées.

 

 

Parmi les autres réalisateurs qui auront droit à leur rétrospective intégrale, il y en aura pour tous les goûts. D'abord Fritz Lang, dont on attend beaucoup, avec notamment la projection du Metropolis en version restaurée avec les 20 minutes retrouvées par la cinémathèque de Buenos Aires voici maintenant 3 ans. Metropolis sera aussi l'objet d'une exposition conçue par la Deutsche Kinemathek de Berlin. Elle permettra de découvrir le film à travers son scénario, et de nombreux documents écrits, filmés ou dessinés que possèdent les archives de plusieurs cinémathèques. Cette exposition sera accompagnée d'une autre rétrospective sur les Cités futuristes avec les projections de Things to come de William Cameron Menzies, l'inévitable Blade runner et plusieurs films d'animation japonais.

 

 

Décédé l'année passée, Blake Edwards aura aussi la rétrospective intégrale de ses films en parallèle avec celle, plus petite, qui aura lieu à Deauville. Plusieurs conférences seront organisées afin de redécouvrir son œuvre. Toujours du côté américain, Robert Altman, cinéaste adulé d'une partie de la cinéphilie mais encore trop souvent décrié, aura droit à une intégrale de ses films. La fin de l'année, souvent consacrée aux séries B ou au cinéma Bis, verra la projection d'une intégrale Edgar G. Ulmer, auteur de magnifiques films comme Détour ou Barbe Bleue et autour duquel Carlotta prépare un coffret DVD à sortir à la rentrée. Plus au sud, l'argentin Leopoldo Torre-Nilsson, qui a renouvelé le cinéma de son pays à la fin des années 50 et à l'orée des nouvelles vagues, sera à découvrir dans le cadre de la manifestation Tandem Paris / Buenos aires 2011.


On quitte les Amériques pour l'Europe. Du côté français, un cinéaste aujourd'hui méconnu mais qui fît beaucoup pour le muet et pour le parlant, Jacques Feyder ; et un réalisateur contemporain, Alain Cavalier, dont Pater vient de sortir sur les écrans, verront l'ensemble de leurs films projeté. A noter que ce dernier souhaite présenter lui-même ses films et offrir un dialogue avec les spectateurs. De belles rencontres en perspective.

 

 

Mais les réalisateurs ne sont pas les seuls mis à l'honneur. Cette année Bulle Ogier, actrice magnifique de La Salamandre d'Alain Tanner, de Maitresse de Barbet Shroeder mais aussi chez Buñuel, Duras ou Rivette, et le compositeur Gabriel Yared, libanais, oscarisé pour Le Patient anglais en 1997, mais dont la majeure partie de la carrière a été française, seront présents. Pour la deuxième fois après André Bazin, une rétrospective sera aussi consacrée à un critique, l'un des plus éminents, Serge Daney, à l'occasion des 20 ans de sa mort.


A noter enfin une rétrospective organisée par les Archives françaises du film autour du Cinéma fantastique français de 1895 à 1985, souvent décrié lorsqu'il n'est pas considéré comme inexistant. Ce sera l'occasion de faire le point. Et une programmation autour des cinématographies de la France d'outre-mer : Antilles françaises, Réunion, Polynésie ou Nouvelle Calédonie.

 

 

L'Italie, très aimée de la cinémathèque, aura deux réalisateurs à l'honneur. Nanni Moretti viendra présenter Habemus Papam en avant première début septembre avant de voir l'ensemble de ses films projetés. Et, une rétrospective qu'on espérait voir depuis longtemps consacrée à Bernardo Bertolucci, l'un des cinéastes les plus sulfureux et les plus intéressants des années 60 et 70, auteur de quelques chef-d'œuvres dont le plus connu reste Le Dernier tango à Paris. Eloigné des tournages depuis 2003 et ses Innocents, il devrait être présent à cette occasion.


Plus à l'est, un regard sur le cinéma estonien sera proposé. Pays dont on ne connait que peu le cinéma, à l'exception de l'animation qui a énormément percée depuis une vingtaine d'années, l'Estonie a produit quelques pépites qu'il sera bon de découvrir. Une dizaine de titres nous feront voyager de 1927 à 2007.

 

 

L'Afrique n'aura qu'un pays représenté, l'Egypte avec une programmation Ciné-Egyptomania conçue par Magda Wassef. Une cinquantaine de films seront présentés afin de découvrir le cinéma d'une nation qui aura dominé tous les écrans du monde arabe durant plusieurs décénnies.


Enfin l'Asie, et principalement le Japon, sera une nouvelle fois en ligne de mire. Deux studios sont à l'honneur. Siglo, fondé en 1986 par Tetsujiro Yamagani qui produit depuis 25 ans des documentaires et des fictions toujours engagés, consacrés aux problèmes sociaux. Puis la Nikkatsu qui fête son centenaire. C'est l'une des plus anciennes compagnies de production japonaises et l'une des plus célèbres. Ce sera l'occasion de voir des films de sabre des années 1920, les premières œuvres de Mizogushi, de nombreux films de Seijun Suzuki, Shohei Imamura ou Tatsumi Kumashiro. En tout une centaine de titres seront programmés et permettront d'apprécier la diversité et l'histoire d'un studio et les formes qu'il a mis en avant tout au long d'un siècle.

 

 

Du côté des réalisateurs, après Akira l'année passée, c'est Kiyoshi Kurosawa (rappelons-le, sans aucun lien de parenté avec Akira) qui viendra présenter ses films. Si l'on retient surtout ses plus récents, ceux qu'il a pu faire depuis Kaïro, peut-être son plus important, on connait moins sa première carrière au début des années 1980. Ce sera l'occasion de découvrir plus en profondeur l'univers de ce cinéaste très singulier. On part ensuite à Hong-Kong et Taïwan pour une rétrospective King Hu, qui a révolutionné le cinéma d'action dans les années 60 avant de signer une série de grand films, comme Raining in the mountain, d'une grande beauté plastique. Enfin, l'Asie occidentale sera représentée par Uri Zohar, cinéaste israélien important des années 60-70 qui réalisa une dizaine de films dans les années 60-70 avant de devenir rabbin et de renier son œuvre première.


L'ensemble de ces manifestations sera ponctué de nombreuses conférences, de masterclass, de dialogues, des ciné-clubs habituels mais aussi de plusieurs colloques autour du cinéma numérique ou de Tim Burton et de nombreuses activités pédagogiques pour les plus jeunes. Un programme général qui s'annonce extrêmement alléchant. Pour plus d'information vous le retrouverez sur le site de la Cinémathèque Française.

 


 

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