Décès de Dino de Laurentiis, brillant producteur touche-à-tout

Patrick Antona | 11 novembre 2010
Patrick Antona | 11 novembre 2010

Conan le barbare, Barbarella et la petite Gelsomina de La Strada doivent se sentir un peu triste ce matin à l'annonce du décès du grand producteur italien Dino de Laurentiis. Il s’est éteint ce jeudi 11 novembre 2011 à l’âge vénérable de 91 ans à Los Angeles, où il s’était installé depuis plus de 40 ans. Avec lui disparaît peut être le dernier exemple de ce qu’on pouvait appeler un mogul du genre, capable de s’impliquer autant dans des films à gros budget que de s’intéresser au cinéma d’auteur.

 



Débutant sa carrière âgé d’à peine 20 ans, son talent de producteur éclatera dans l’immédiate après-guerre avec la vague du néo-réalisme dont il sera l’un des chantres avec des œuvres comme Riz Amer (avec Silvana Mangano qui deviendra sa femme), La Fille du fleuve et surtout La Strada révélant Federico Fellini en 1954. Mais il ne néglige pas le cinéma d’aventures pour autant et c’est sous sa houlette que des cinéastes comme Riccardo Freda ou Mario Soldati réaliseront leurs meilleurs films de capes et d’épées. Hollywood lui ouvre les bras dès les années 50 avec Guerre et Paix et il deviendra par la suite le spécialiste de la coproduction internationale à gros budget, où on le verra s’attaquer à des sujets titanesques tels que La Bible en 1966, la SF avec Barbarella avec Jane Fonda en 1968 ou l’adaptation littéraire avec L’Etranger en 1967 sans oublier le cultissime, Danger : Diabolik ! (1968) de Mario Bava.

 

 

Privilégiant à partir des années 70 sa carrière hollywoodienne, survivant au flop de Waterloo en 1970, on voit son nom s’inscrire sur les génériques de Serpico, Buffalo Bill et les Indiens ou de L'oeuf du serpent d’Ingmar Bergman mais très vite son nom devient synonyme de cinéma à grand spectacle. Alliant sa renommée à un sens très aigüe de la publicité, il se lance dans la production du remake de King Kong en 1976, dont le battage médiatique aidera grandement la carrière commerciale. Par contre, ses tentatives dans le space-opera avec Flash Gordon et Dune seront toutes sanctionnées par de graves échecs commerciaux, n’empêchant pas ses œuvres d’acquérir par la suite un statut culte. Il sera plus chanceux, et inspiré, en produisant le monumental Conan le Barbare de John Milius en 1982, faisant de l’heroïc fantasy un genre à part entière dans le cinéma et qui apportera la consécration à un certain Arnold Schwarzenegger. Les années 80 le verront s’intéresser aux adaptations de Stephen King, mais pour un Dead Zone réussi, on aura aussi droit au catastrophique Maximum Overdrive qui cèlera à jamais les ambitions de cinéaste de l’auteur !  Et que dire encore des choix artistiques qui amenèrent De Laurentiis à s’impliquer dans Le Bounty version Mel Gibson ou encore King Kong 2, mais il semble qu’à partir de cette période il ait quelque peu laissé les rênes à sa seconde épouse Martha qui devint son associé.

 

 

Peu actif dans les années 90 si ce n’est son appui à Sam Raimi sur Evil Dead 3 - L'armée des ténèbres, il rebondira dans les années 2000 grâce à la suite des aventures d’Hannibal Lecter dans Hannibal, Dragon rouge et Hannibal Lecter : Les origines du mal. Pour mémoire, c’est lui qui avait acquis les droits du roman de Thomas Harris pour la première version de Dragon Rouge réalisé par Michael Mann en 1986 (Le Sixième sens). Ses deux derniers maigres titres de gloire sont datés de 2007 avec La Dernière Légion et Medieval Pie, mais il restera durablement à l’honneur pour avoir révélé les talents de Fellini, produit le meilleur de la comédie italienne avec Luigi Comencini et Dino Risi, défendre contre vents et marées Michael Cimino et son Année du Dragon et avoir révélé aux yeux du grand public l’œuvre de Robert E. Howard.

 

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