Deauville 2010 : Two gates of sleep

Vincent Julé | 8 septembre 2010
Vincent Julé | 8 septembre 2010

EN COMPÉTITION

Alistair Banks Griffin est officiellement un réalisateur épris, voire obsédé, par la beauté. Tous ses plans, sans exception, sont époustouflants, à tomber par terre. Son travail est presque plus proche de celui du photographe qui cherche à donner du sens à chaque image Brady Corbert, vu dans Funny games US, est remarquable dans cette quête de réconciliation entre une nature qui le maltraite et la dernière volonté de sa mère.

Premier film, expérimental dira-t-on, Two gates of sleep est quasiment sans dialogue et crée son propre mode de récit, pour raconter l'histoire d'une famille, la mère, les deux frères. Un langage cinématographique proche de celui de Terrence Malick, avec sa nature abondante, vertigineuse, douce ou hostile, incarnation d'un tout vivant et continuité de la mère.

Car Two gates of sleep, au titre inspiré de l'Odyssée est un film fondamentalement mystique. En conférence de presse, le réalisateur évoque le sentiment que l'on éprouve devant un tableau religieux, ou dans une cathédrale. Son odyssée se veut d'un ésotérisme universel, volontairement baigné de trop de symbolisme, pour qu'on en fasse une seule lecture, puisque son point de départ est le deuil, et son navire l'acceptation du destin.

Le talent d'Alistair Banks Griffin repose dans sa capacité à faire vivre une expérience infiniment sombre, en mettant le spectateur dans l'acceptation de ce destin, en même temps que le personnage principal, nous maintenant tous ensemble dans des dimensions dont on ignore la pertinence, entre rêve et réalité, vie et mort. Totalement flippant donc, mais novateur. On se dit que les festivals servent aussi à parler de films de cette ambition et de cette trempe.

Ripley

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Conférence de presse avec Alistair Banks Griffin et Brady Corbert

 

Vous citez le cinéma des années 60 comme référence, mais on sent aussi l'influence de Terrence Malick ou Gus Van Sant.

A. B.G : La comparaison avec Terrence Malick, c'est un peu lourd à  porter mais je suis un grand fan. J'aime aussi beaucoup Gus Van Sant, particulièrement ses premiers films. Le travail de Ozu, Bresson ou Tarkovski est aussi important pour moi. Pour mon premier film, je voulais suivre leur voie, adopter, comme eux, un style transcendantal. Le film parle du passage symbolique du monde étrange de ces deux frères dans cette forêt à la vraie vie quand leur mère meurt.

Il y a beaucoup de silences et de non-dits dans votre film...

A. B.G : C'était dans le scénario. Le son prend une importance considérable dans ces cas-là. C'était peut-être la part la plus importante de la production. Il faut utiliser tous les outils cinématographiques à disposition pour compenser l'absence de dialogues.

B.C : Quand il y a peu de dialogues, les gens ont tendance à croire que le travail d'écriture n'existe pas. Ici, ce n'était pas du tout le cas. Chaque situation était très détaillée. Il y a même eu une version assez bavarde du scénario qu'Alistair a peu à peu apurée. Rien à voir avec une approche paresseuse pour un cinéma minimal.

Comment avez-vous choisi cette forêt ?

C'est un endroit très spécifique au nord de là où j'ai grandi. J'y suis allé pendant près de 20 ans. J'observais les habitants, moi le petit gars de la ville. Ils ne parlent pas beaucoup mais ils sont riches d'idées et d'émotions tout en ayant des façons intéressantes de les raconter. Mais je ne cherchais de toute façon pas à livrer un portrait réaliste de cet endroit et de ses habitants. Il s'agit plutôt d'une projection de ce qui peut se passer derrière les murs de leurs maisons.

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