Berlin 2010 Jour 6

Laurent Pécha | 19 février 2010
Laurent Pécha | 19 février 2010

Jeudi 18 février.

Recherche désespérement bons films en compétition.

L'euphorie n'aura pas duré longtemps. A quelques films de la fin du festival, il faut le dire et l'écrire bien gros : LA SELECTION EST D'UNE FAIBLESSE INOUIE. Quasiment aucun film n'aurait sa place en sélection à Cannes. La preuve avec la journée du jeudi qui m'a vu découvrir trois nouveaux films pour un résultat catastrophique : un film embarrassant, une catastrophe hallucinante au message douteux et une œuvre touchante mais anecdotique.

C'était une journée allemande à la Berlinale puisque les deux premiers films visionnés jouaient à domicile. On commence par Shahada que j'avais raté la veille. Un récit choral qui suit la vie et la souffrance de trois jeunes allemands de confession musulmane et leurs difficultés à vivre leur foi dans un monde moderne. Destins qui se croisent, scénario qui ne nous épargne rien (le jeune homme ouvrier qui est attiré par son copain, la jeune femme qui a avorté en cachette, le jeune flic qui a tué accidentellement un jeune enfant et s'engage dans une relation adultérine avec la mère !!), Shahada ne nous épargne rien et se perd surtout dans son éventuelle démonstration. Car, c'est bien beau de ne pas prendre partie (enfin de laisser croire que) mais encore faut-il contrebalancer ça avec une vraie proposition de cinéma (que les bons films choraux américains arrivent à obtenir). De par son incapacité à le faire, Burhan Qurbani montre ses grandes limites de cinéaste et fait de Shahada un film avant tout très irritant quand il n'est pas risible (le plan final d'une lourdeur absolue). (1,5/5)

 

 

Mais l'Allemagne allait faire bien pire quelques heures après avec Jud Süss - Film ohne gewissen. Une catastrophe cinématographique comme on en voit peu qui n'a même pas le mérite d'être drôle comme beaucoup de bons nanars mais au contraire délivre un message nauséabond particulièrement irritant. Les sifflets qui ont accompagnés la fin de la projection, montrent que le public allemand est loin d'être heureux d'avoir eu à se prendre dans la face cette histoire véridique de Goebbels mettant en branle le film Jud Süss dans un but soit disant d'offrir le Cuirassé Potemkine allemand au monde alors même qu'il s'agit d'un film de propagande pour entériner la haine du juif  à l'échelon national. Un sujet délicat et passionnant (le détournement de l'art pour contrôler la masse) qui méritait un cinéaste à la hauteur. Or, on est à des années lumières du compte. Entre acteurs cabotinant à outrance (Goebbels en tête), mise en images indigne d'un téléfilm bas de gamme, direction artistique des plus banales qui ne sonne jamais vraie, dialogues ampoulés et surtout séquences offrant de grands moments de solitude (culminant dans une scène de coït sous bombardement au grotesque inouï), Jud Süss est un vilain crachat à tout amoureux du cinéma. (0,5/5)

 

  

 

Après une telle insulte cinématographique, le déplacement vers l'Argentine avec Puzzle (Rompecabezas) est accueilli avec un vrai soulagement. Une histoire incroyablement simple (trop d'ailleurs pour un film en compétition) qui voit une mère au foyer d'une quarantaine d'année trouver son équilibre avec la pratique (en compétition) du puzzle. Filmé sur le vif avec une caméra en constant mouvement et au plus près de ses comédiens, Puzzle déploie avec humilité cet insolite récit d'une renaissance. Magnifiquement campé par Maria Onetto (prix d'interprétation en point de mire), Maria Del Carmen est une héroïne pour qui l'empathie est instantanée. A tel point que les nombreuses parties de puzzle arrivent à capter notre attention. Certes, juste le temps de la séance mais en soit, c'est déjà une belle performance. (3/5)

 

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