Berlin 2010 Jour 3

Laurent Pécha | 16 février 2010
Laurent Pécha | 16 février 2010

Lundi 15 février

Un western slasher et le retour d'un dieu du cinéma d'action.

Alors que la compétition suit son cours avec une monotonie bien tristounette (aucune œuvre marquante jusqu'ici), il faut se rabattre sur les sections parallèles pour faire  monter la température du cinéphage avide de découvrir de la bande qui dépote.

Première tentative et bingo. Ca s'appelle Red Hill, c'est australien, c'est un premier film et en producteur exécutif, on retrouve un certain Greg McLean (qui s'est chargé d'ailleurs de filmer quelques séquences en seconde équipe). Quand le mec qui a fait Wolf Creek et Rogue se penche sur un projet, on le regarde forcement avec une très grande curiosité. Mieux, quand le film est un western qui utilise les codes du slasher avec un prisonnier en fuite, façon boogeyman en mode vengeance, on jubile d'avance. Et on a bien raison car hormis une utilisation abusive de musique (pas une seconde de film sans une note), Red Hill est une sacré réussite. Porté par l'excellent Ryan « True Blood » Kwanten en jeune flic qui va avoir la pire des premières journées de travail, Red Hill prend son temps pour installer l'ambiance attachante d'une petite ville perdue au fin fond de l'Australie et joue avec les codes ultra codifiés du western en leur rendant hommage au détour de plans incroyablement iconiques. Et après nous avoir fait croire à une histoire de monstre (mais le bougre de cinéaste y reviendra en fin de parcours, on appelle ça la générosité de l'aussie), le revirement s'opère et le slasher vient s'immiscer dans le récit westernien. Et c'est parti pour une chasse à l'homme des plus graphiques avec son lot de morts violentes constamment jouissives. Jason et Michael peuvent aller se reposer, Jimmy Conway a pris la relève et le bougre ne plaisante pas quand il s'agit d'occire son prochain. On appelle ça un bon petit coup de cœur ! Rendez-vous avec son auteur, Patrick Hughes, demain pour en discuter.

 

 

 

Retour à la compétition (il faut bien y passer de temps en temps) avec A Somewhat gentle man, film norvégien qui permet à l'immense Stellan Skarsgård de se placer dans la compétition du prix d'interprétation. Souvent très drôle, cette histoire de réinsertion d'un ex-prisonnier ayant purgé sa peine pour meurtre passionnel, fait la part belle à une galerie de personnages hauts en couleurs aux attitudes souvent bien décalées. Alors, certes, on rit de bon cœur, on adore Stellan loin des fades prod hollywoodiennes qu'il fréquente trop ces derniers temps mais les thèmes développés sont ici un peu light. A Somewhat gentle man est de ces œuvres qu'on est content d'avoir vu mais que l'on oublie bien vite. En compétition dans un si prestigieux festival, ça le fait moyen comme on dit !

 

 

Après tant de légèreté, la découverte de Caterpillar de Koji Wakamatsu n'en est que plus déconcertante. Le réalisateur japonais n'a pas fait dans la demi mesure avec l'histoire d'un couple dont la vie va basculer durant la seconde guerre mondiale. Et pour cause, le mari revient du front en ayant perdu ses deux bras, ses deux jambes et la faculté de parler. Le retour du héros, symbole du soldat qui a tout donné à son pays, mais qui ne représente plus aux yeux de sa femme qu'un très lourd fardeau. Une incroyable histoire d'amour, de haine et de compassion va alors naître sous nos yeux entre deux êtres qui vont devoir recréer un « nouveau » couple. D'une rare dureté - les séquences de rejet par l'épouse de la situation sont des plus éprouvantes -, admirablement interprété (Shinobu Terajima mérite un prix), sans concession (à l'image des graphiques scènes de coït), Caterpillar ne se contente pas de provoquer les rétines de ses spectateurs, il les marque durablement.

 

 

Petite séance de rattrapage avec Greenberg que j'avais raté la veille. Film américain en compétition de Noah Baumbach, cinéaste ayant le vent en poupe depuis Les Berkman se séparent, Greenberg est dans la droite lignée du cinéma indépendant branché qu'affectionnent les critiques et festivals du monde entier. A l'instar de Wes Anderson, Alexander Payne et consorts, Baumbach manie l'humour et l'ironie avec un vrai décalage corrosif. Lancinant et décousu, son film a le mérite d'être souvent drôle tout en offrant le portrait touchant d'un quarantenaire en pleine crise existentielle. L'excellente idée de Baumbach est d'avoir choisi Ben Stiller pour interpréter ce dépressif qui ne sait absolument pas quoi faire de sa vie. D'une rare sobriété, le comédien montre qu'il n'est pas un simple bouffon et à l'instar d'un Jim Carrey, prouve qu'on peut lui confier des vrais rôles dramatiques. Encore un candidat pour un prix d'interprétation.

 

 

 

Et last but not least...le retour aux affaires de Yuen Woo-Ping. 14 ans que le cineaste n'avait pas realisé de film (Iron Monkey 2 en 1996). Entre temps, il était devenu, depuis un certain Matrix, la caution de toutes les prod US qui cherchaient à insérer du combat qui a de la gueule dans leur récit. Mais à force de voir son travail saccagé par moins doué que lui (voir le catastrophique Le Royaume interdit), l'envie de remettre les pendules à l'heure s'est fait sentir. Et True Legend (Su Qi-Er) est né ! Et en 3D pour quelques séquences (dont un combat dans un puits utilisant la profondeur de la 3D de manière incroyablement stimulante). Le maestro est en pleine forme et le prouve dès la séquence d'ouverture qui explose en terme d'inventivité visuelle tout ce que l'on a pu voir au cinéma depuis des lustres. Et la suite est à l'avenant...Il faut voir la générosité du monsieur qui nous offre une demi-heure de rab avec un final qui aurait tout aussi bien faire partie d'un autre film. Mais l'envie d'en mettre plein les mirettes est trop forte. Alors Woo-Ping invite ses fidèles pour des cameo savoureux (Michelle Yeoh et Gordon Liu mais aussi l'une des dernières apparitions de David Carradine), nous joue sur du velours une partition-histoire qu'il connaît par cœur (Su Can et son désir de créer une école d'arts martiaux et explorer les techniques les plus pures renvoient au Drunken master ouvertement cité) et montre qu'il a parfaitement assimilé les nouveaux codes visuels et sonores actuels. Il modernise son style tout en gardant sa pureté et son efficacité...La vraie légende, c'est aussi lui !

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