Cannes 2009 : Qui aura la Palme d'Or ?

Thomas Messias | 24 mai 2009
Thomas Messias | 24 mai 2009

Comme chaque année, on entend tout et n'importe quoi durant le festival, et en particulier le dernier week-end, sur la teneur du palmarès de la sélection officielle. Chacun pense que son chouchou va, c'est sûr, rafler la Palme ; d'autres croient dur comme fer que le film faisant l'unanimité chez les journalistes est forcément celui que choisira le jury. On connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui a entendu dire qu'untel aurait les faveurs du président (ou de la présidente, en l'occurrence). On sait de source sûre que Machin ne peut pas l'avoir, cette fichue récompense, puisqu'il a tourné avec la prez' il y a peu et que ça sentirait le favoritisme. 

 

Comme chaque année, tout cela se révèle complètement foireux, vu que personne n'en sait rien et que le jury tarde souvent à trancher. C'est d'autant plus le cas pour l'édition 2009, présidée par une Isabelle Huppert qu'on imagine bien conforme aux rumeurs, c'est-à-dire ultra dirigiste, peu ouverte au dialogue et sensible aux projets les plus austères. Voire aux plus scandaleux. Rarement les pronostics auront été aussi divers et variés, ce jury-là semblant prêt à prendre des décisions totalement imprévisibles et à aller à contre sens des prévisions les plus péremptoires.

 

À Écran Large, en revanche, pas de risque qu'on se trompe : s'étant probablement trompés d'avion, ou ayant décidé de se dorer la pilule pendant encore quelques jours, nos deux envoyés spéciaux de choc n'ont pas livré leurs pronostics tant attendus. mais il se murmure que Stéphane Argentin mise tout sur Agora de Amenabar, et que Sandy Gillet a juré qu'il se laisserait pousser les cheveux si Irène d'Alain Cavalier ne triomphait pas. De vrais professionnels.

 

 

Antichrist

 

 

« Alors çui-là, tu vois, l'aura jamais la Palme »

Présenté en début de semaine, l'Antichrist de Lars von Trier a sans doute créé le plus joli tollé de l'année festivalière. Malaises en série, départs précipités de la salle, sympathiques invectives (« sale pute ! ») à l'encontre de Charlotte Gainsbourg pendant la projection... Que du bon. À la sortie, tout le monde en est sûr, LVT peut reprendre sa caravane et rentrer tranquillement chez lui la queue entre les jambes (© Sandy). Sauf que mâdâme Huppert est typiquement le genre de personne à kiffer sa race face à ce genre de cinéma délibérément provoc et dérangeant, d'une noirceur infinie. Et que ça mettrait une jolie pagaille si ce film tant hué sur la Croisette repartait avec une friandise.

 

 

« Mais non, mais non, elle a tourné avec lui, ça ferait mauvais genre »

Avant même le début de la quinzaine (qui dure dix jours, allez comprendre), il était clair pour les experts en tous genres que Le ruban blanc, de l'Autrichien Michael Haneke, allait repartir bredouille en raison de sa collaboration passée avec Isabelle Huppert sur La pianiste. Une fois encore, c'est prêter à la présidente des états d'âme qu'elle n'a sans doute pas. Droite dans ses bottes, sans doute un peu trop, elle n'offrira certes aucun traitement de faveur au film, mais ne le pénalisera pas non plus en raison d'un prétendu conflit d'intérêt. Célébré par une grande partie des connaisseurs, suffisamment austère et sombre pour séduire le jury (Huppet et ses huit sous-fifres), Le ruban blanc a plus que jamais toutes ses chances.

 

 

Un prophète

 

 

« S'il a pas la Palme, j'arrête de couvrir le festoche »

Les tableaux de notes le soulignent un peu lourdement, les commentaires béats ne cessent de se renouveler même une bonne semaine après sa présentation : c'est clair de chez clair, le meilleur film de la sélection se nomme Un prophète, de Jacques Audiard. Qu'on ajoute à l'(apparemment) indéniable qualité du film le petit sentiment nationaliste qui anime bon nombre de journalistes français (suivez mon regard), et Audiard a semble-t-il tout pour succéder à Laurent Cantet au palmarès. Oui mais les fameux on-dit font état de la profonde indifférence de Huppert à l'encontre du film. Et puis, malgré sa violence, Un prophète semble presque trop accessible. Et puis ça ferait désordre pour madame la présidente de décerner une Palme qui fasse l'unanimité. Si les autres membres du jury ne parviennent pas (comme ça semble être le cas) à faire entendre leur voix, voilà un favori qui pourrait repartir comme il est venu, c'est-à-dire encensé par tout le monde mais sans macaron palmesque à apposer sur son affiche. Mais le film peut éventuellement compter sur son jeune interprète Tahar Rahim pour rapporter quelque chose.

 

« Trop bien le film, faut forcément qu'il ait un prix »

Dans le même ordre d'idée, quelques films ont relativement séduit pendant ces dix jours, en partie parce qu'ils prenaient assez peu de risques. D'Étreintes brisées en Looking for Eric, les traditionnels locataires du palais des festivals jouissent d'une jolie cote d'amour, à tel point que le jury risquerait de passer pour une armée de robots sans coeur s'il ne leur attribuait aucune récompense. Sauf que le jury s'en moque éperdument. Faciles d'accès, éminemment sympathiques, ces films-là (auxquels on peut ajouter Taking Woodstock par exemple) ne semblent pas faits pour triompher.

 

« Ouais bon c'est des purs films d'auteur, tu vois, je vois bien un prix du jury »

Alain Resnais, Tsai Ming-Liang, Andrea Arnold, Brillante Mendoza, Elia Suleiman : dans des registres fort différents, des cinéastes plus ou moins confirmés ont livré des oeuvres relativement exigeantes, dans la continuité de leurs travaux précédents, et n'ont apparemment pas déçus leurs amateurs respectifs. Difficile de savoir lesquels, parmi ceux-là, ont pu séduire le jury plus que les autres. Il est également possible qu'aucun des cinq ne soit cité au palmarès ce soir.

 

 

Inglourious basterds


« Ouais mais non ils ont clashé il y a peu »

Pour qui l'ignore encore, Isabelle Huppert a failli jouer dans Inglourious basterds, mais ça ne s'est finalement pas fait après une série d'incompréhensions et de mésententes avec Quentin Tarantino, comme un jeune couple qui peinerait à conclure. Aussi, il se dit que le film n'a aucune chance. C'est sans doute vrai, mais peut-être tout simplement parce qu'il a déçu une partie du public, y compris parmi les fans, et qu'il risque de peiner à faire l'unanimité chez le jury. L'acteur Christoph Waltz, qui a apparemment séduit tout le monde, empêchera-t-il QT de faire chou blanc pour la deuxième fois consécutive ?

 

« Je m'en rappelle même plus. C'est de qui, déjà ?»

Présentés en début ou en fin de festival, certains films se font d'ores et déjà oublier. C'est le cas de Nuit d'ivresse prinatnière, pétard mouillé de Lou Ye, ou encore de Carte des sons de Tokyo d'Isabel Coixet. Peinant à créer le scandale, le premier souffre apparemment d'un montage trop lâche qui le rend ennuyeux (mais pas spécialement austère, critère qu'il convient de remplir pour avoir ses chances), quand le second a fait l'unanimité sur sa banalité totale. Même tarif pour Thirst, film de genre vaseux qu'on imagine mal au palmarès. Mais méfions-nous tout de même...

 

 

Soudain le vide

 

 

« Nan mais ça c'est pas possible, c'est trop long »

Comme si la longueur était rédhibitoire pour accéder à la récompense suprême, des films comme À l'origine, Bright star ou Soudain le vide semblent avoir été laissés de côté par bien des pronostiqueurs, qui se sont sans doute endormis (comme notre cher Stéphane) en début de projection. L'empathie du premier, le classicisme du deuxième ou l'extrême provoc du troisième en font néanmoins des oeuvres intéressantes, qui conservent une petite chance d'être citées. On parle notamment d'Abbie Cornish pour sa prestation dans Bright star...

 

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