Jennifer Connelly - portrait

Thomas Messias | 10 février 2009
Thomas Messias | 10 février 2009

C'est ce qui s'appelle un gros coup de vieux : Jennifer Connelly vient de fêter ses 25 ans de carrière. Rares sont les actrices ayant débuté à 14 ans et toujours présentes un quart de siècle plus tard ; pourtant, comme son homologue Christian Bale (qui débuta à 13 ans dans Empire du soleil), Connelly est toujours sur le devant de l'affiche, exception à la règle affirmant qu'un enfant star devient rarement une star tout court - ou alors pour les mauvaises raisons.

 


 

 

Déjà très jolie à 10 ans, la petite new-yorkaise est inscrite par ses parents dans une agence de mini-mannequins, décrochant bientôt quelques petits contrats à base de pubs TV et de photos dans des magazines pour ados. Quelques temps plus tard, un directeur de casting la présente à un certain Sergio Leone, qui lui offrira son premier rôle dans Il était une fois en Amérique. À 14 ans, elle incarne les jeunes années du personnage d'Elizabeth McGovern. Tête bien faite et bien pleine, elle poursuit ses études parallèlement à quelques aventures cinématographiques (Phenomena d'Argento). Après le lycée, plutôt que de se risquer à une carrière qui ne lui réussira peut-être pas, elle choisit d'entrer à Yale, où elle restera deux ans avant de migrer vers Stanford. Un diplôme universitaire assuré, elle pourra à nouveau tenter sa chance dans des castings.

 


 

 

Le premier à donner une chance à celle qui est devenue une femme se nomme Dennis Hopper,  qui l'enrôle pour faire vaciller le coeur et le bas-ventre de Don Johnson dans The hot spot. Elle n'a que 20 ans, mais c'est déjà une vraie femme fatale. Sauf que, peut-être à cause de son air triste ou d'une certaine transparance gommée depuis, les réalisateurs ne la demandent guère. Elle est la co-héroïne d'un Rocketeer qui n'intéresse pas grand monde (si ce n'est notre rédac chef qui milite depuis des années pour un papier sur Joe Johnston, un des meilleurs artisans d'Hollywood), s'attarde sur des projets sans saveur... Puis tombe enfin sur John Singleton, alors dans sa période politico-black, qui lui offre un rôle dans le polémique Fièvre à Columbus university. Les choses se mettent doucement en place pour Jennifer Connelly, qui sait visiblement faire preuve de patience. Même si le film est nul, elle s'entoure de stars (Nolte, Madsen, Malkovich) dans Les hommes de l'ombre de Lee Tamahori.

 


 

 

Mais la carrière de l'actrice prend une dimension nouvelle quand Alex Proyas l'engage pour Dark city. Elle y est juste magnifique, aussi éblouissante que les effets spéciaux qui jalonnent le film, aux côtés d'un Rufus Sewell habité. Sans être un carton commercial, le dernier Alex Proyas fait parler de lui un peu partout et commence à se bâtir une cote d'amour qui ne se démentira jamais. Pas de hasard si Darren Aronofsky lui offre peu après d'être de son projet d'adaptation de Hubert Selby, Retour à Brooklyn, qui deviendra Requiem for a dream pour son passage à l'écran. Éclatante de beauté et de tristesse, elle s'affirme comme une actrice complète au terme d'une fin n'épargnant personne.

 


 

 

Les années 2000 seront bien plus denses pour l'actrice, qui continue cependant à prendre son temps entre les tournages. Il y aura le splendide Pollock d'Ed Harris, juste l'un des meilleurs films sur la création artistique qui soient. Puis l'hollywoodien Un homme d'exception, qui massacre consciencieusement la vie de ce grand mathématicien qu'est John Nash, le maître incontesté de la théorie des jeux. C'est malheureusement pour ce film lisse et complaisant que Connelly reçoit en 2001 l'Oscar du meilleur second rôle pour son interprétation de madame Nash. Cette fois, plus moyen de l'ignorer, d'autant que la dame est d'une beauté diaphane qui ne se dément pas d'année en année.

 


 

 

Suivra le Hulk de Ang Lee, sa première incursion dans le blockbuster (et un bon choix, puisqu'il s'agit d'un faux blockbuster lui permettant de jouer autre chose que le faire-valoir du géant vert), et l'intéressant Dark Water, remake pas si raté du film de Nakata, qui lui permet d'obtenir un vrai premier rôle. Entre les deux, elle aura usé avec brio de son regard désespéré dans le beau et inquiétant House of sand and fog, face-à-face avec Ben Kingsley n'ayant malheureusement pas eu l'honneur de sortir dans nos salles.

 


 

 

La suite ressemble à une quête de notoriété, qu'elle aille jouer les journalistes chez un réalisateur à Oscar (Blood diamond) ou les scientifiques dans un film de SF conçu pour cartonner mais défectueux (Le jour où la terre s'arrêta). On oubliera son petit rôle dans Coeur d'encre pour insister sur son excellente prestation dans Ce que pensent les hommes, où elle se débat assez admirablement dans l'un des rôles les moins faciles du film. Elle y joue en effet la femme jalouse, très possiblement trompée par son mari, qui lui fait subir un interrogatoire chaque soir (grosso modo le même que dans Little children, mais sur un ton un peu différent). Pourtant, Connelly parvient à s'y montrer drôle, dévoilant de vraies aptitudes à évoluer dans l'univers de la comédie. Aptitudes qu'on ne soupçonnait guère chez cette actrice au teint pâle et aux grands yeux plaintifs, pour qui le prochain quart de siècle s'annonce fructueux.

 

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