Bande originale : Six feet under vol.2

Coralie Bru | 15 juillet 2005
Coralie Bru | 15 juillet 2005

Même la pochette est classe. Cela en devient même limite frustrant, tant on cherche la faille de cette bande originale décidément idéale. On secoue la boîte, on la retourne. Devant, tout est parfait : le vieux corbillard vert de Claire semble vouloir approcher la lumière rasante qui baigne une route délaissée et un décor désertique. Derrière… encore parfait : le crâne aux yeux rouges qui orne le capot de la délicieusement morbide fille Fisher nous nargue, tandis qu'on a beau regarder la tracklist, on n'arrive pas à convenir d'une quelconque faille.

L'album s'ouvre sur le magnifique Feeling good de Nina Simone. Le groupe Muse en a fait un tube planétaire ; Thomas Golubic et Gary Calamar, heureux initiateurs de cette BO en or, ont préféré revenir aux sources. Ce titre paradoxal, qui pourrait ne pas convenir à une série qui tend de plus en plus vers la torture métaphysique, illustre en réalité parfaitement les deux mondes dans lesquels évoluent les Fisher par l'association de paroles excessivement joyeuses et d'une voix mélancolique. En plus d'être d'une beauté à la limite du tolérable, ce titre assume donc parfaitement ses fonctions de chanson d'ouverture. La mort est ainsi bien présente en filigrane dans cet album, sans pour autant tomber dans un long éloge funèbre. Elle se cache le plus souvent derrière une voix, à l'image de celle de Tom Yorke pour Lucky, magnifique de monotonie. Il est vrai qu'un album de Radiohead aurait pu à lui seul contenir tout le mal-être d'une saison de Six feet under, mais ce choix précis est encore intelligent, d'autant que le ton de Yorke succède bien à celui de Sia, fragile à sa façon, qui avec Breathe me évoque d'une voix presque éteinte l'errance d'un deuil.

Ayant compris toute l'importance de la musique, les créateurs de Six feet under ont jeté pour l'occasion leur dévolu sur A rush of blood to the head de Coldplay pour promouvoir la saison 3 via un clip visible sur le coffret DVD ad hoc. C'est probablement le morceau le plus populaire de cette compilation, dans l'ensemble très originale, s'intégrant au demeurant parfaitement bien au sein d'une sélection certainement plus indépendante. C'est tout le bonheur de cet album d'avoir su mélanger le rock avec d'autres styles. Le gospel d'Irma Thomas qui clame Time is on my side et semble remercier le ciel pour ce message décidément bien positif et surprenant, ne jure en aucun cas avec les sonorités plus électro et le refrain entêtant de Direction d'Interpol. De même que la partie groove (Everything is everything par Phœnix) complètement assumée épice un peu le tout sans pour autant étouffer le lounge aux rythmes latinos de Bebel Gilberto (Aganju – Latin Project).

Enfin, et c'était bien l'indispensable pour cette compilation branchouille, le groupe de l'année, Arcade Fire, est de la partie et s'est même payé le luxe de composer pour l'occasion une chanson inédite, Cold wind, ballade que Win Butler chante avec toute la simplicité requise par les paroles. Les plus grands fans du groupe se sont déjà jetés sur la bande originale pour profiter de ce titre inédit, pourtant pas le meilleur du groupe canadien, mais qui colle bien à l'esprit de l'ensemble. On se délecte quand même de cette ballade en forme de carte postale, qui fait oublier à elle seule les deux seuls couacs de cette compilation auxquels elle succède. Le Don't fear the reaper du premier est trop calibré teenage movie, et le Transatlanticism de Death Cab reste décidément, malgré son titre, bien proche du sol. Cette – petite – déception s'explique peut-être en partie par les voix trop légères de leurs chanteurs, qui manquent cruellement de maturité par rapport au ton général de l'album. Des erreurs largement excusables pour une écoute au final toujours plus envoûtante.

Track listing :

1. Feeling Good (Nina Simone)
2. Amazing Life (JEM)
3. Everything Is Everything (Phoenix)
4. A Rush Of Blood To The Head (Coldplay)
5. Breathe Me (Sia)
6. Lucky (Radiohead)
7. Time Is On My Side (Irma Thomas)
8. Aganju - The Latin Project Remix (Bebel Gilberto)
9. Direction (Interpol)
10. (Don't Fear) The Reaper (Caesars)
11. Transatlanticism (Death Cab for Cutie)
12. Cold Wind (Arcade Fire)

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