Venise - Compte-rendu 8

Laurent Pécha | 8 septembre 2006
Laurent Pécha | 8 septembre 2006

Dernier jour de notre périple vénitien ou du moins dernier jour à visionner des films (demain, on va enfin visiter un petit peu Venise avant de décoller vers Paris). Une journée qui nous permet de découvrir les derniers films en compétition, Mushishi de Katsuhiro Otomo et Nuovomondo (The Golden Door) de Emanuele Crialese ainsi que les dernières aventures de Jackie Chan, Rob-B-Hood en avant-première mondiale à 8h 30 du matin (« on adore les coups de latte de Jackie au petit matin ! »).

 

52 ans au compteur et toujours infatigable, Jackie Chan continue ses allers retours entre les USA et Hong Kong. En attendant Rush hour 3, Jackie retrouve ici son compère de New police story (dernier film en date de l'acteur à être sorti en salles chez nous, depuis il a tourné The Myth), Benny Chan pour une comédie d'action qu'on qualifiera avec gentillesse de divertissante. S'il joue pour la première fois un « héros » placé de l'autre côté de la loi (un redoutable perceur de coffres-forts), Jackie Chan est loin ici du registre plus noir des Police Story. Et pour cause, dans Rob-B-Hood, il fait équipe avec…un bébé. Après Schwarzy (Un flic à la maternelle), Vin Diesel (Babysittor), c'est donc au tour d'une des icônes les plus fortes du cinéma d'action des 30 dernières années, de régresser et de s'enfoncer dans le divertissement familial.

 

Si lorsqu'il tourne aux USA, on peut comprendre que Jackie Chan se la joue large au niveau de son public, on est en revanche bien tristounet lorsqu'il fait de même pour une production hong-kongaise. Heureusement, même dans ce cadre enfantin (il faut voir les séquences sur fond de musique où Jackie et consorts se la jouent Trois hommes et un bébé), la « magie » Chan opère encore. Diluée sur 134 minutes (espérons que si le film sort à l'international, il sera au moins raccourci d'une grosse demi-heure), les envolées de Jackie possèdent toujours du charme et l'on marche aux diverses cascades orchestrées par le maestro (dont certaines, spectaculaires, avec le bébé au cœur de l'action). Néanmoins, il n'y a plus rien d'étonnant au programme et seul persiste le sentiment d'avoir déjà vu cela avec plus d'efficacité des dizaines de fois dans d'autres films de la star.

 

À l'image d'un affrontement sur un trampoline géant qui tourne court au point de ne laisser que regret et frustration, Rob-B-Hood est finalement là pour nous rappeler si besoin que le génial funambule et maîtres es arts martiaux se dirige doucement mais sûrement vers une retraite dorée bien méritée. Un signe qui ne trompe pas : même les séquences ratées qui servent de bêtisier aux films de Jackie Chan ne nous apparaissent plus aussi douloureuses pour la star.
LP

 

 

La déferlante orientale échouée sur la lagune vénitienne atteint son pic de popularité avec l'arrivée en fanfare de Katsuhiro Ôtomo. Le géniteur de l'incontournable Akira, adulé pour avoir doré le blason de l'animation en sublimant ses ressources artistiques, fait d'autant plus sensation que son Mushishi (Bugmaster) marque ses premiers pas dans le live action. Face aux déceptions à la chaîne que nous ont réservés les grosses pointures conviées au Lido cette année, c'est dans un état d'extrême fébrilité qu'on s'engouffre dans la salle obscure. Bien calés sur nos strapontins, on respire un grand coup, histoire de calmer bougeotte et bouffées de stress, et on se lance corps et âme dans l'expérience. Stupeur et tremblements : que ceux qui s'attendent à ce que les imprimés fantasy y prennent l'ascendant sur les plans réels, se détrompent.


Mushishi a beau adapter le manga à succès de Yuki Urashibara, décors 100% d'origine et personnages en chair et en os s'y taillent la part du lion. Ni distorsion ni altération forcenées, Ôtomo ravive le Japon médiéval par petites touches, sans abuser des effets visuels mais en découpant des images belles à couper le souffle d'une façon très personnelle. La nature luxuriante qui sert de couveuse aux bébêtes surnaturelles traquées par l'alchimiste Ginko, existe en vrai, alors pourquoi la grimer ? Tel est le credo d'Ôtomo qui joue la carte de la sobriété, en ne recourant aux artifices transcendantaux de l'anim' que pour signifier la présence (impalpable pour le commun des mortels) de ces parasites incubateurs. Sa démarche d'aquarelliste gagne en force et en temps d'exposition à mesure que Mushishi déterre le passé spectral de ce jeune guérisseur grisonnant, dérouté par une patiente pas comme les autres. Hauts les cœurs ! Si l'étrangeté de ce Mushishi risque d'en perdre certains en cours route, parions que cette fable hantera les esprits du plus grand nombre pendant un bon bout de temps.
AZ

 

 

Dernier film de la Compétition 2006, Nuovomondo (Golden Door), co-production italo-française, nous plonge avec un classicisme tout juste teinté de quelques visions oniriques dans le périple d'une famille sicilienne décidée en ce début de 20ème siècle de rejoindre le Nouveau Monde. Décomposé en trois parties bien distinctes, les raisons et les préparatifs du voyage, la traversée en bateau et l'arrivée à New York où ils vont devoir faire face à une batterie d'examens et de tests pour savoir s'ils sont « aptes » à intégrer les États-Unis, Nuovomondo assure sobrement l'essentiel. Après une séquence d'ouverture tellement aride que l'on envisage nous aussi très vite d'émigrer sous d'autres cieux, Crialese prend habilement le seul fil conducteur susceptible de nous mener à bon port : nous faire ressentir une belle empathie pour des personnages hauts en couleurs poursuivant leur rêve américain (formidable Vincenzo Amato et sa logique cartésienne des plus touchantes, sobre Charlotte Gainsbourg dont le personnage est malheureusement trop opaque). Plus le récit avance et plus la fable socio-historique prend corps, atteignant son apogée lors d'une partie « new-yorkaise » aussi amusante que glaçante.
LP

 

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