Venise - Compte-rendu 6

Laurent Pécha | 7 septembre 2006
Laurent Pécha | 7 septembre 2006

Mort à Venise …

 


On avait mis toutes nos chances de notre côté pour être prêt à découvrir et comprendre le nouveau Lynch. La veille, pas de tentation à aller à une soirée vénitienne, compte-rendu écrit sagement avant minuit, bonne nuit de sommeil rendue possible d'une part par l'extermination consciencieuse de la colonie de moustiques de notre appartement et d'autre part par notre absence à la projection matinale de 8h30. Bref, frais et dispos, nous l'étions en entrant dans la salle d'Inland Empire et pour être le plus préparés possible, nous avons même, petite coquetterie qui ne sert presque à rien, pris le soin de demander le fameux casque de traduction (une valeureuse traductrice offre en direct l'intégralité des dialogues du film dans notre langue, un des grands moments du festival puisque bien évidemment elle ne peut donner le ton du film, en résulte un ton monocorde qui a le don de faire sourire surtout lorsque survient le doublage d'une scène de sexe comme c'est le cas dans le Lynch). Tous les voyants étaient donc au vert à l'exception du film. On vous en parle plus en détails ici mais Inland Empire constitue le versant sombre de la filmographie de Lynch, peut être un point de non-retour pour l'un des cinéastes majeurs de notre temps.

 

 

Désespéré par ce non-cinéma absolu qu'est Inland Empire, vidé mentalement et souffrant d'un mal de tête carabiné, je tente ma chance en allant voir Euphoria, film russe en Compétition de Ivan Vyrypaev. Pas convaincu sur le papier par cette histoire d'amour dans les steppes russes où un jeune homme s'éprend d'une jeune femme mariée et mère d'une petite fille, il ne me faut pourtant que quelques minutes pour entrer dans l'histoire. Bercé par les notes à l'accordéon d'Aidar Gainullin, sous le charme d'une photo esthétique qui fait la part belle aux magnifiques paysages désertiques, séduit par la rigueur de la réalisation qui s'offre quelques plans larges aériens de toute beauté, convaincu par le naturel et le jeu simple des comédiens, on en deviendrait presque euphorique. C'est simple le cinéma : il suffit juste de se rappeler que l'on s'adresse à un public et qu'on essaye de lui faire partager un moment d'émotion. Dans le cas d'Euphoria, le contrat est rempli allégrement et avec un temps imparti des plus sympathiques (73 minutes).
LP

 


Adaptation d'une littérature girlie qui a le vent en poupe depuis le carton plein télégénique de Sex and the city, Le Diable s'habille en Prada a récemment fait fureur sur les plages. Grand classique des bouquins légers qui se feuillettent tranquilou en bikini, sans risquer de se choper la migraine, toutes celles qui l'ont dévoré sous le cagnard se sont certainement dit qu'une version grand écran lui pendait au nez. Et l'inévitable prédiction n'a pas tardé à se réaliser. Attirés par l'odeur alléchante d'une trame trendy ancrée dans le monde impitoyable de la mode, les nababs hollywoodiens ont flairé le jackpot qui couvait sous cette satire grinçante, tirée d'une histoire vraie. L'auteure a beau avoir eu la bonté de débaptiser la tyran de son récit, la véritable identité de la prêtresse impitoyable qui impose sa loi dans un magazine célébrissime de la côte Est n'a échappé à personne. Cette caricature de boss sado maso n'est autre que la rédactrice en chef du Vogue américain. Précédé de ce parfum de réalité mordant, l'opuscule s'est vendu comme des petits pains. Mais, une fois déclinées en salles obscures, les aventures d'une Cendrillon qui échoue dans l'antre de cette ogresse tortionnaire, valent essentiellement le coup pour la performance plus vache que nature d'une Meryl Streep qui endosse souverainement le rôle de la mégère. À côté de cette maîtresse femme, la nouvelle recrue Anne Hathaway ne fait pas vraiment le poids. La personnalité fofolle de son alter ego en papier méritait bien mieux que ses œillades à la Bamby. À l'origine, cette apprentie journaliste broyait du noir, célibataire affamée, elle n'avait pas toutes les clefs en mains. Mais telle est la loi qui règne sur Sunset Boulevard : écrémer les particules élémentaires, lifter toutes aspérités pour façonner un produit calibré, agréable mais sans charme.
AZ

 

 

Reste, que ce bilan mitigé est tout à fait regardable, comparé au dernier opus de Mamoru Oshii. Chouchou des grands consommateurs d'animation orientale, le géniteur des odyssées philosophiques Avalon et Ghost in the shell commet la même boulette que David Lynch. À croire que les virtuoses internationalement vénérés se sont donnés le mot pour nous pondre des métrages abscons qui, dans le meilleur des cas, ne sont intelligibles que par eux seuls. Foncièrement ambitieux, Mamoru fait table rase. Délaissant la stylistique léchée de ses précédents films, au profit d'un mix de 3D et de plans shootés in live, qui ressemble à de la 2D, Tachiguishi retsuden (The amazing lives of the fast food Grifters) revisite culinairement un demi-siècle d'histoire japonaise. Si ça vous paraît saugrenu de braquer l'objectif sur des revendeurs de nouilles afin de nous mitonner un diaporama des révolutions sociétales de sa mère patrie, attendez de voir son nouveau-né. Non seulement, son rendu visuel ressemble aux péripéties crapuleuses des canailles de South Park, mais en plus, il faut être sacrément perspicace pour capter la malice sous-jacente à ses brèves de comptoir. On peut comprendre que toutes ses réminiscences passées soient liées à des souvenirs gustatifs, mais filmée telle qu'elle, cette assimilation provoque maux de têtes et indigestion.
AZ

 

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