Gérardmer 2005 — Jour 3

Vincent Julé | 29 janvier 2005
Vincent Julé | 29 janvier 2005

La tête dans les sous-titres

Journal de bord / 28 janvier 2005
Première vraie nuit, avec réveil à 9 heures, et première séance (de cinéma, précisons) à deux. Et il faut bien admettre que les salles de Gérardmer ne sont ni les plus confortables, ni les plus pratiques. Sièges étroits et durs, aucune pente, ce qui amène souvent à voir un film entier avec une tête en plein milieu, ou de gêner à son tour le voisin de derrière. Cette fois, ce sont Amira Casar – tout en lunettes noires – et Jonathan Zaccaï – tout en blagues – qui en font les frais. Tout comme le film en compétition présenté cette matinée.

HYPNOS
Réalisateur : David Carreras (Espagne, 2004)

Avis 1
Un accident de camion, un meurtre mystérieux, une jeune fille catatonique et un générique qui s'ouvre par un mouvement de contre-plongée. Ce premier film espagnol s'annonce donc classique. Affilié à Alejandro Amenábar et Jaime Balaguero, David Carredas affiche une image baveuse et des effets sons ronflants qui n'arrivent jamais à ménager un suspense digne, ou à rendre son récit imprévisible. Avec seulement une moitié de dialogue (l'autre ayant été avalé par la tête devant), on anticipe à peu près tous les rebondissements. Que reste-t-il alors ? Un peu de temps pour s'ennuyer.

Avis 2
À force de tics de réalisation, d'imagerie surannée et de fausses déstructurations narratives, cette plongée en plein asile de fous finit par devenir rapidement détestable. N'importe quel spectateur un peu attentif aura saisi les tenants et aboutissants de cette séance d'hypnose dès les premières minutes, bien qu'il faille attendre une heure et demi pour en avoir confirmation. Face à un tel ratage, le plaisir du spectateur devient alors presque masochiste et malsain, surtout dans une dernière partie en roue libre et fourre-tout, où les notions de temps et de lieu sont abolies. Les plus difficiles se consoleront avec la poitrine opulente de l'actrice principale, sur laquelle le réalisateur ne manque pas de se focaliser au détour de chaque plan.

Pendant que la pause déjeuner oblige certains à se contenter en vitesse d'un hot-dog, d'autres préfèrent se délecter devant l'exposition Stéphane Blanquet, un des plus grands dessinateurs de sa génération, avec des planches malades, « psychanalytiquement » riches et aux traits libidineux. Morceaux choisis à déguster sans modération, surtout qu'initialement prévu, le Monsieur est absent. Dommage.

« Ne jamais rester sur un échec » est la devise des festivaliers. Ainsi, le mauvais souvenir d'Hypnos s'efface au fur et à mesure que se profile dans la neige l'antre du bis, pour une petite séance de rattrapage. Non pas les connus et évitables La Mutante 3 et Hellraiser sixième du nom, mais un petit film américain dont les échos positifs se révèlent tout à fait exacts.

SHALLOW GROUND
Réalisateur : Sheldon Wilson (USA, 2004)

Le barrage local étant achevé, le shérif Sheppard, comme la plupart des habitants de la ville, s'apprête à plier bagages, encore hanté par le meurtre mystérieux d'une jeune fille. Surgit alors, en pleine forêt, un adolescent nu, couvert de sang de la tête aux pieds et tenant un couteau à la main. Ne cherchez plus, le festival tient peut-être là, la rareté qui manque cruellement à la sélection officielle – bien que la projection, demain matin, de Saw fasse sûrement effet poudre aux yeux au jury. Shallow Ground réussit en effet le tour de force de brasser, sans fausse note, plusieurs genres. Il démarre comme un thriller horrifique tout à fait convenable, avec whodunit en prime, pour tranquillement bifurquer dans le fantastique pur, voire le gore généreux dans son final. A mille lieux des effets visuels et sonores habituels – et dont le festival se fait majoritairement le malheureux porte-parole -, le film surprend par une fluidité narrative, une galerie de personnages originaux (chaudes retrouvailles avec Stan Kirsch de la série Highlander) et surtout une utilisation du sang tous azimuts, dont le gamin ensanglanté en est l'icône parfait.

Les plus belles rencontres ne se font pas forcément dans une salle de cinéma. À ce propos une rencontre avec Barry Levinson, cela ne se refuse pas, même si on est fatigué ou que l'on rate un film pour cela, tant l'opportunité de bavarder avec un homme ayant une carrière aussi riche, s'avère attrayante. Le problème étant peut-être que dans les festivals, on a vite fait de se retrouver à vingt journalistes. Le compte-rendu se trouve ici.

La curiosité étant un vilain défaut, la salle projetant The Eye 2 est comble. Entre les soupirs désespérés et un faux départ des spectateurs avant la dernière scène, les images défilant sur la toile ne trompent personne.

THE EYE 2
Réalisateurs : Les frères Pang (Hong Kong, 2004)

Avec le premier The Eye, Oxide et Danny Pang volèrent une réputation d'esthètes de l'épouvante, au même titre qu'un Hideo Nakata. Pourtant, force est de constater, qu'au-delà d'une première demi-heure visuellement originale et réussie (une non-voyante recouvre la vue), le film tombait dans un profond ennui avant une explosion finale spectaculaire et gratuite. Avec cette suite, l'illusion ne prend plus. En suivant cette femme enceinte assaillie de visions morbides et malgré la jolie frimousse de Shu Qi (Le Transporteur), les réalisateurs ne font que remplir un cahier des charges, jusqu'à se corrompre totalement en faisant appel aux incontournables cheveux longs et gras (merci The Ring, The Grudge, etc.). Pourtant, une certaine radicalité semble inhérente, mais étouffée, aux deux frères. Ainsi, au détour de deux scènes, ils transcendent avec rage leur matériau. À un arrêt de bus, l'héroïne voit littéralement un gamin tomber de nulle part et s'écraser sur la chaussée. Une virulence que l'on retrouve dans la tentative de suicide raté d'une femme enceinte. Une vision gore et dure qui a de quoi remuer le plus blasé des téléspectateurs.

CALVAIRE
Réalisateur : Fabrice du Welz (France, 2004)

Ce premier film est à ranger dans la catégorie étrange. Il mérite plus qu'il ne convainc. Laurent Lucas, artiste de maison de retraite, s'en va à son prochain gala quand il se perd dans une forêt perdue. Recueilli par un Jackie Berroyer affable, il va commencer à vivre....un calvaire (Tin! Tin! Tin!). Survival Horror qui joue sur l'étrangeté des comportements, le réalisateur n'installe ni suspense, ni horreur, ni frayeur mais seulement l'impression diffuse de l'étrange puis de la répugnance. Le film est bizarre, certes, mais il est jouissif par sa façon de se poser comme un dérivé français de Délivrance (un cri animal nous rappelle sans cesse le fameux « fais le cochon »). Le grand talent du réalisateur s'affiche dans quelques plans séquences parfaitement maîtrisés et une poursuite très western dans la neige.

Tellement stimulant, que le réalisateur et l'acteur nous ont donné une interview que l'on vous réserve pour la sortie du film.

Comme vous avez pu le remarquer, pas de Trauma aujourd'hui. Les premières réactions étaient si catastrophiques hier, que nous avons préféré prendre du bon temps autour d'une raclette géante (NDLR/ ça bosse dur les gars, attention quand même à l'indigestion). D'ailleurs, les rumeurs et bavardages ne sont pas tendres avec la sélection officielle. En effet, avec un thème comme « états d'âme », le choix des films s'est logiquement, et facilement, dirigé vers les thrillers psychologiques, voire schizophréniques. D'où Hypnos, Trauma ou Trouble. A quoi, s'ajoute l'indispensable cuvée asiatique (Bonshinsaba, One Miss Called, Ab-Normal Beauty). Le festival n'est pas fini, loin de là, nous espérons donc nous tromper. Bien que le bulldozer Saw , évènement de demain, et dans les starting-blocks pour le Grand Prix, ne vienne confirmer ce mauvais pressentiment.

Vincent Julé & Julien Welter

PS : Suite des aventures enneigées des boots, qui commencent d'ailleurs à me casser les pieds. Non pas qu'elles ne permettent pas de “serrer” à tour de jambes (ça se saurait !), mais plutôt qu'elles sont tout simplement trop petites. Un grand merci donc au père qui chausse du 32.

Bonus

Christophe Lemaire (Journaliste Rock & Folk)

Film fantastique préféré : Suspiria, de Dario Argento, « peut-être parce que c'est le film que j'ai le plus vu, et qu'il représente à mes yeux le condensé de mes cauchemars d'enfant ».

La scène qui lui a fait le plus peur : Dans Le Locataire, lorsque Roman Polanski regarde l'immeuble d'en face, et s'y voit !

Fabrice de Weltz (réalisateur de Calvaire)

Film fantastique préféré : Les Oiseaux d'Hitchcock, « mais il y en a tellement d'autres ».

La scène qui lui a fait le plus peur : Dans Pinocchio, dans le ventre de la baleine.

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