Gérardmer 2005 — Jour 2

Julien Welter | 28 janvier 2005
Julien Welter | 28 janvier 2005

Bis repetita

Journal de bord / 27 janvier 2005
Le réveil est… disons pâteux. Trop peu d'heures de sommeil. Surtout qu'une mésaventure de clés a failli amener une certaine personne à jouer au Mister Freeze toute la nuit.

Le petit-déjeuner est royal, merci.

Enfin, vers dix heures, le cinéma reprend ses droits, et chacun se dirige vers l'une des quatre salles, éparpillées dans la ville.

Le glaçon géant suit le gros de la troupe vers la projection du premier film en compétition. La seule question qui se pose à la sortie est : pourquoi le fantastique n'est voué – du moins à Gérardmer – qu'à faire peur, quitte à embrasser la première idiotie ?

BUNSHINSABA (Incarnations)
Réalisateur : Ahn Byung-ki (Corée du Sud, 2004)

Comme le vainqueur de l'année précédente 2 soeurs, le film est une histoire de fantôme coréen. Le spectre asiatique tient ici de la caricature avec ses longs cheveux Vidal Sassoon et son regard énervant d'adolescente en rébellion. Mais plus grave et plus navrant, ce long-métrage est la preuve vivante de la perméabilité du cinéma asiatique et américain, et de leur détérioration respective par des ersatz. Il faut lui rendre cette justice, le réalisateur ne perd pas de temps et expose très rapidement son argument au cours d'une séance de spiritisme qui convoque instantanément ledit fantôme dans un collège de jeunes filles. Détail amusant, celles-ci se comportent comme les coincées et les rebelles de Grease, sauf qu'ici elles ont toute le même uniforme ce qui n'est pas aisé pour les différencier. Revenons au film : échec du système scolaire à cause d'un directeur corrompu et d'un staff enseignant en crise, administration locale qui assassine. Tout ce petit monde passe à la moulinette du fantôme pour ressortir bizarrement, sous la forme finale d'une adaptation de Stephen King. Preuve en est le meurtrier qui en 1h30 est passé de l'allure d'un spectre d'Hideo Nakata à celle ensanglantée de Carrie de Brian De Palma. Mieux vaut en rigoler.

Échaudé par cela, et toujours hanté par les souvenirs de cette nuit où tout aurait pu basculer, l'idée d'enchaîner directement sur un autre film fait traîner des pieds – et dans la neige, c'est pas gagné. Mais, il ne faut jamais s'écouter. La preuve avec ce Fil de la vie.

STRINGS (Le fil de la vie)
Réalisateur : Anders Rønnow Klarlund (Danemark, 2004)

Film d'animation réalisé par le danois Anders Ronnow Klarlund, cette histoire est une splendeur. Bien évidemment, avant d'entrer dans la salle on est narquois et on se remémore John Malkovich interprétant L'Actor's Studio des pantins. On se dit avec un air de mépris que cela peut au mieux être une curiosité et puis on reste bouche bée. Lorgnant du côté du conte d'Héroïc Fantasy façon Dark Crystal (avec toutefois moins de brio), le film est une perfection qui multiplie les cadrages parfaits dans des décors époustouflants. Mais la grande surprise est que ce récit d'aventure n'essaie pas de camoufler les pantins mais s'en sert comme d'un socle pour développer son histoire.

Pas le temps de souffler la conférence de presse de Roger Corman commence. Rendez-vous au Grand Hôtel. Il y a deux types de journaliste : ceux qui sont à l'heure et ceux qui sont en avance pour prendre les meilleurs places. Même mal placé, on voit bien que Corman est un type sympa. Morceaux choisis en suivant ce lien.

Parce que la vie ne se résume pas au cinéma, malheureusement, certains continuent d'errer dans les rues enneigés à la recherche d'un moyen aisé de se connecter via le réseau Internet, ce qui peut se résumer en deux mots : câble Ethernet. La chance des débutants n'étant pas qu'un mythe, l'affaire est réglée en quelques minutes. Mais alors que la population locale guette les rares vedettes à la sortie du Grand Hôtel, de rares manants s'éloignent de l'agitation pour un nouvel Eden : la salle réservée aux inédits vidéo et aux bisseux. Première fournée mitigée.

DECOYS (Sœurs de glace)
Réalisateur : Matt Hastings (Canada, 2004)

Sur un campus canadien, l'arrivée de deux jolies blondes bouleverse la vie de Luke et Roger, deux étudiants pour qui la bière et le sexe sont religion. Mais Luke – erstaz de Colin Farrell -leur découvre quelque étrangeté : des tentacules qui sortent du bide. Ce qui le met un peu sur la voie (sans déconner !). Le pitch est fracassant. L'entrée en matière est encore meilleure. Alors que nos deux losers font leur lessive (!!!), les deux donzelles – dont l'une se révèle un mauvais sosie de Elisha Cuthbert (24, Girl next door) – les chauffent outrageusement. Au moment où le film sent le sous-Faculty à plein nez, le traitement de cette invasion extraterrestre féminine tient rapidement du joyeux n'importe quoi. Gags graveleux, séquences émotions presque réussies, ressorts horrifiques vains… Le bordel est tel que le film tombe plus d'une fois dans le ridicule le plus complet, pour se relever la scène suivante. Réjouissant !

GEOUL SOKEURO (Into the Mirror)
Réalisateur : Seong-Ho Kim (Corée du Sud, 2003)

Un officier de police démissionnaire travaille dorénavant comme agent de sécurité dans un centre commercial. Mais des décès mystérieux perturbent son quotidien et le renvoient directement à sa phobie des miroirs. Sur le papier, le projet avait de quoi séduire. Bien qu'ayant une fâcheuse tendance à se répéter, le cinéma d'épouvante « Made in Asia » restait assez efficace d'un film à l'autre. Mais trop, c'est trop. Malgré une mise en scène soignée, une utilisation des miroirs souvent redoutable, le film échoue sur presque tous les tableaux. La faute à une histoire mi-fantômes, mi-polar, et surtout à des effets sonores insupportables, appuyant déraisonnablement chaque petit mouvement de caméra. Seule la fin, étonnamment longue et gore, éveille l'intérêt, jusqu'à, bien sûr, un dernier twist.

THE LOCALS (Bad Trip)
Réalisateur : Greg Page (Nouvelle-Zélande, 2003)

Deux amis partent pour un week-end « sea, sex and fun », mais la nuit tombée, un accident les pousse à faire connaissance avec les fermiers locaux. Le survival a le vent en poupe, personne ne le niera. Un grand merci donc à la première demi-heure de Jeepers Creepers, aux rednecks de Détour Mortel, et aux fesses de Jessica Biel dans le remake de Massacre à la tronçonneuse. Malheureusement, ici, la nouveauté ou le guilty pleasure sont proscris. A part les belles étendues néo-zélandaises, le film enfonce les portes grandes ouvertes de maisons craspecs, et finit sa course dans un méli-mélo fantastique et lacrymale pesant. Ne reste plus qu'à citer la version française, un massacre en règle à mourir de rire.

Alors que les habitudes s'installent, et que les estomacs crient famine, le programme de demain prend forme doucement. Un peu d'Hypnos, de Trauma ou de Calvaire, et les propos d'un jeune premier prometteur : Roger Corman.

Vincent Julé & Julien Welter

PS : Les boots vous embrassent !

Bonus

Roger Corman :
Dernier film fantastique qu'il ait aimé : « Il y en a deux, ce sont Ring et son remake américain. Ils sont très intéressants dans la façon dont ils ont repris un thème très fort d'un écrivain anglais du XIXème siècle. »

La scène d'un film qui lui a fait le plus peur : « Je me rappelle d'une scène qui n'est pas issue d'un film fantastique. Elle est dans Les grandes espérances de David Lean. Le jeune homme court et surgit d'un coup devant lui l'évadé joué par John Mills. Je me souviens encore du sursaut que cela a provoqué chez moi. D'autant que ce film n'est pas du tout fantastique. Mais cette scène est tournée comme une scène d'horreur intentionnellement par David Lean.

Alex Masson (Journaliste à Chronic'art / Score) :
Film fantastique préféré : Les monstres de l'espace de Roy Ward Baker. C'est un opus de la série des Quatermass. Sous son titre un peu Z, l'histoire est formidable.

Scène qui lui a fait le plus peur : Dans Le silence des agneaux, quand Jodie Foster arrive chez le tueur à la fin. Le montage parallèle me terrifie à chaque fois.

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