Gérardmer 2005 - Clôture

Laurent Pécha | 31 janvier 2005
Laurent Pécha | 31 janvier 2005

Les Boots au placard !

Journal de bord / 30 janvier 2005

Dernier jour, derniers films et dernière page de ce journal de bord. Et pour être totalement sincère… ce n'est pas trop tôt ! Sans transition, ni trait d'humour, expédions les rares projections d'hier soir et aujourd'hui.

AB-NORMAL BEAUTY
Réalisateur : Oxide Pang (Hong Kong, 2004)

Après avoir photographié un accident mortel, Jiney, étudiante en arts, devient obsédée par cette idée de fixer le moment de la mort, seule forme d'esthétisme à ses yeux. Sans son frère Danny, Oxide Pang n'en devient pas pour autant doué. Il faut dire qu'à raison de trois films par an, la diversification ou l'originalité n'est peut-être pas le premier souci du réalisateur. Ainsi, encore une fois, l'histoire n'est qu'un prétexte à une débauche visuelle, d'expérimentations qui n'en sont plus à de véritables peintures vivantes. C'est beau, mais creux. Seule surprise, infime : une dernière partie qui vire dans le snuff imprégné de surréalisme, avec mauvais whodunit à la clé.

ONE MISSED CALL
Réalisateur : Takashi Miike (Japon, 2003)

Une jeune lycéenne reçoit un mystérieux appel sur son portable. En provenance de son propre numéro, il lui annonce sa propre mort, dans trois jours. Après la cassette vidéo (The Ring), la maison (The Grudge, Dark Water) et autres consorts, voici venu le temps maudit du téléphone portable. Instigateurs de la nouvelle vague horrifique (fantômes aux problèmes capillaires, sales gosses peints en blanc, sonneries en tout genre), les réalisateurs asiatiques en général, et japonais en particulier, sont arrivés à un point de non-retour, où ils se copient, se répètent et se caricaturent à l'extrême. En cinq jours, le festival aura, malgré lui, dresser un triste tableau : Incantations, Into the Mirror, The Eye 2, Ab-Normal Beauty. Devant un tel constat d'échec, One Missed Call se révèle une sympathique consolation. Rien de surprenant, tant sur la forme que sur le fond, mais du bel ouvrage de la part de Takashi Miike (plus calme qu'à son habitude), et surtout un humour discret et efficace tout au long du film. Oui, on se contente de peu !

Malgré un souci d'exhaustivité, certains films sont passés dans les mailles de nos filets : La Mutante 3, Hellraiser : Hellseeker, Hair High du grand Bill Plympton mais on vous en avez déjà parlé lors de sa présentation au festival de Deauville (pour les retardataires ou nouveaux venus, ça se passait ici), plusieurs Corman, le Rob Zombie (House of 1,000 Corpses) ou encore le chinois Koma (trop, c'est trop !). Mais, ne vous inquiétez pas, il y a de fortes chances pour que vous en entendiez parler tôt ou tard.

COURTS METRAGES
Après une batterie de longs, rien de tel qu'une séance de courts. Avec 1h15 de petites histoires, on est sûr de ne pas s'endormir. Pour contrer l'impatience des journalistes, le programme commence par une blague de trois minutes, intitulée La main. Macabre humour qui ne porte pas loin mais amuse. On augmente progressivement la durée, toujours pour ménager les journaleux et on enchaîne avec A Message From Outer Space. Encore une blague mais plus longue et donc moins consistante. La suite c'est le climax du chrono avec Organik (20min). Pas de blague mais du fantastique sexuel scabreux qui réussit ses effets mais s'y complaît également. Pour redescendre Le bon, la brute et les zombies avec une guest de Lloyd « les productions Troma » Kaufman. Pas dément, mais bon intermède. Une dernière blague avec Frissons d'été qui compile les clichés pour en rigoler (un peu facile) et on liquide la sélection avec L'empreinte de l'ange, une fable très conne, et Thinning the Herd qui prouve que les productions Besson sont imbattables de nullité en long comme en court.

BILAN
Avant de définitivement fermer le rideau sur le festival et son palmarès officiel (et officieux), effectuons une petite analyse de sa manifestation équivalente : le festival de musique. Pléthore de groupes, ambiance communautaire tendant généralement à avoir en tête Woodstock, abus d'alcool et de discussions interminables sur le sujet, les rassemblements d'un genre s'imposent comme des lieux de découvertes, d'échange et de libération.

Si les festivals de cinéma ont longtemps été cela, il n'en est peut-être aujourd'hui plus rien. La possibilité de voir beaucoup de films ? N'importe quel ami avec un Home Cinéma peut s'improviser programmateur d'autant que dans le genre fantastique, la disponibilité des longs métrages est grande pour peu que l'on ait accès à des zones reculées. D'ailleurs pour quelle autre raison, un festival se doterait d'une section direct-to-video ? En ce qui concerne l'opportunité de voir des films inédits ? Les films présentés sortent souvent dans les semaines environnantes, la manifestation ne servant que de plate-forme de promotion. Plus que le cinéma, un festival sert l'intérêt d'une région, sinon il n'existe pas, voir Avoriaz dont le départ a été précipité pour des histoires de rentabilité hôtelière.

Mais qu'en est-il de Gérardmer exactement ? Il ne faut pas se leurrer, cette édition n'est peut-être pas la meilleure. Le seul doute résidant dans le fait que c'était une première visite. Rues désespérément vides, peu d'émulation autour des films, peu de stars pour attirer la foule (à l'exception faite de Michal, star diplômée) et surtout une sélection trop attendue. Les derniers rejetons du cinéma asiatique ont l'allure de dégénérescence d'un creuset fécond, le cinéma américain a amené ses baudruches gonflées à l'intox (Sky Captain et Saw) et le cinéma espagnol hisse des séries B encore trop branlantes pour être convaincantes. A la limite, la programmation vidéo était la meilleure, avec le fameux Shallow Ground, série B bourrée d'astuces malgré ses grosses coutures.

À défaut de satisfaction, la sélection a crée des surprises. Le Fil de la vie, un conte d'aventure impeccable et géniale, Calvaire, un survival horror en campagne, La Peau Blanche, une étrange douceur ou encore Decoys, teen movie barré et réjouissant. Mais ces surprises, petites ou grandes, ne seront jamais une grande oeuvre de fantastique ou d'horreur (à l'exception peut-être du premier), ils sont des premiers jalons à suivre.
Dans ses histoires et ses mises en scène, le festival semble être un concentré du pire de l'actualité : de la torture et des abus sexuels, des fantômes asiates et des personnalités troubles, un uniformisation du montage.

Les autres chemins en deviennent alors extrêmement réjouissants malgré leur étroitesse. Citons pour le rafraîchissant exemple qu'ils ont été, Bubba Ho-Tep parce qu'il se permet de se jouer de la vieillesse, Save the Green Planet parce qu'il se permet de mélanger émotion, violence et humour, La Peau Blanche parce qu'il ose la Love Story Tabernacle, et en dépit de tout, la fin de Saw, seule claque qu'ait reçu le public.
Réjoui mais fourbu d'une semaine intense, on se dit que la manifestation gagnerait à réorienter sa programmation pour enfin embrasser correctement un genre aussi vaste. Pourquoi, un film comme Rêves de sable, montrant des fantômes mélancoliques errant dans le désert syrien n'aurait pas sa place à Gérardmer ? Pourquoi Les Revenants, sous prétexte qu'il est intellectuel, n'y serait pas projeté ? Pourquoi Shaun of the Dead est-il absent ?

Réponses l'année prochaine… peut-être.

Palmarès officiel

Grand Prix 2005
Trouble (cela nous apprendra à n'en avoir glissé qu'un mot)

Prix du Jury 2005
Saw et Calvaire et non pas Saw est (un) Calvaire.

Prix du Jury Jeunes
Saw

Prix de la critique internationale
Calvaire

Prix Première
Calvaire

Prix 13ème Rue
Trouble

Prix du public Inédits Vidéo
Into the Mirror

Grand Prix des courts métrages
Organik

    

Classement officieux – Vincent Julé
1-Bubbah Ho-Tep
2-Shallow Ground
3-La fin de Saw
4-Decoys (Soeurs de glace)
5-One Missed Call

Classement officieux – Julien Welter
1- Calvaire
2- Save the green planet
3- La peau blanche
4- Shallow Ground
5- Bubba Ho-Tep

Meilleure citation
« La semaine dernière, c'était la PlayStation qui marchait pas. Et aujourd'hui, tu vois des aliens partout !» - Decoys (Soeurs de glace)

Vincent Julé & Julien Welter

PS : En fin d'après-midi, une chose horrible s'est produite. Nous sommes d'ailleurs encore sous le coup. Pendant que nous nous changions pour la soirée de clôture, l'espace d'un instant, les boots en ont profité pour… c'est trop dur (snif !). Ce n'était vraiment pas la solution. Elles auraient pu resservir – à quoi, je ne sais pas, mais bon.

Bonus

Vincent Julé

Film fantastique préféré : Un Jour sans fin d'Harold Ramis, parce que le fantastique est partout, et non cantonné à un seul genre.

Scène qui a le plus terrifié : Jurassic Park, lorsque le T-Rex s'échappe de son abri (à l'âge de 12 ans, je préfère préciser). Depuis… euh… la fin de Ringu, ou le Ju-On original, en DV.

Julien Welter

Film fantastique préféré : Sûrement Lost Highway. Je me souviens encore d'être allé voir ce film à reculons car je trouvais Lynch fini (arrogance de la jeunesse). Projeté au Grand Écran, Place d'Italie, il est encore celui qui m'a le plus hanté intellectuellement et sensuellement. De la même manière que la présence de L'homme mystérieux reste au-dessus de mon épaule, le labyrinthe du récit m'obsède car la signification de celui-ci me semble à portée de main tout en se dérobant toujours. Damn It ! Sinon Tremors, parce que si tu bouges, tr ‘es mort.

Scène qui m'a le plus terrifié : Étant facilement impressionnable, j'aurais tendance à dire que toutes sont aux même niveau de terreur pour moi. La plus terrifiante serait alors la dernière regardée, en l'occurrence, celle qui finit One Missed Call de Takashi Miike. Citons, peut-être la première qui m'ait terrorisé, La fin du Bal des Vampires lorsque Sharon Tate montre ses dents à la caméra et mord le cou de Roman Polanski. L'expression de ce dernier représente, pour moi la fin de tout. Je ressens encore dans mon cou le baiser de la succube.

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