Compte rendu du vendredi 3 septembre

Laurent Pécha | 5 septembre 2004
Laurent Pécha | 5 septembre 2004

Pour l'ouverture du 30e festival du Film américain de Deauville, les organisateurs ont décidé de programmer en avant-première mondiale… un film français. Il s'agit du 39e long-métrage de Claude Lelouch. Idée donc pour le moins saugrenue, que le réalisateur et président du jury du festival confirma d'ailleurs lorsqu'il monta sur scène présenter son film. Ce choix peut pourtant se justifier puisque, comme le déclara Lionel Chouchan, co-fondateur du festival, Lelouch fut le premier à rendre célèbre Deauville grâce son cultissime Un homme et une femme. Un juste retour des choses donc, mais aussi un joli pied de nez au cinéma américain, tant les films de Lelouch sont aux antipodes de l'image que l'on se fait de la production cinématographique américaine.

Qu'en est-il donc de ces Parisiens, premier film d'une trilogie intitulée Le Genre humain ?

Premier constat, si Lelouch avait su mettre en valeur les planches et les plages de Deauville dans Un homme et une femme, il oublie ici totalement de filmer Paris. Le film aurait pu se passer dans n'importe quelle autre ville de France que l'on n'y verrait que du feu, à quelques rares plans près, comme celui d'ouverture sur la tour Eiffel.

Deuxième constat, Lelouch continue de faire du Lelouch : sur un scénario mince, il s'en remet à son talent immense de directeur d'acteurs, brode des saynètes souvent facultatives par rapport au récit principal (à l'image du couple Lebb-Dombasles), laisse éclater son penchant éperdu pour les aléas du destin, et décortique avec un réel savoir-faire les affres de l'amour.

Seulement voilà, le maestro a perdu un peu, voire beaucoup de son aptitude à jongler aussi impunément avec les codes inhérents à tout bon film, à savoir en premier la faculté de raconter une bonne histoire. En transformant petit à petit son récit en une sorte de mauvais mélodrame à la sauce « star académique » (Maïewen pourtant excellente, et parfois touchante, est une sorte de clone de plus en plus insupportable de Nolwenn), Lelouch n'arrive pas à retomber sur ses pattes. Après avoir fait la part belle à ses acteurs en leur offrant quelques séquences de pure comédie (improvisées ?) et de nombreux passages musicaux (le couple Maïewen-Massimo n'arrêtant pas de pousser la chansonnette), le cinéaste se décide trop tardivement à surprendre son audience en se lançant dans une troublante tentative de cinéma vérité où, comme souvent chez lui (et peut être encore plus ici), la vie et le cinéma se confondent totalement. Le mal est fait, Les Parisiens n'est pas le grand film lelouchien qu'il aurait pu et dû être. Mais étant donné que le réalisateur a pensé son récit en terme de trilogie, on peut lui laisser le bénéfice du doute.

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