Compte rendu du samedi 11 septembre

Stéphane Argentin | 12 septembre 2004
Stéphane Argentin | 12 septembre 2004

Plus aucun film en compétition pour cet avant-dernier jour du 30e festival du Cinéma américain de Deauville, mais deux évènements. Le premier, et non des moindres : une semaine après la venue de Steven Spielberg et Tom Hanks, la présence de George Lucas, à qui un hommage était rendu en présence de deux de ses amis de longue date, Francis Ford Coppola que l'on ne présente plus, et Walter Murch, aux côtés de Lucas depuis les bancs de l'université.

À cette occasion était également projeté le tout premier film de Lucas datant de 1970, THX 1138, dans sa version « relookée 2004 » et « tout simplement » intitulée : THX 1138 : The George Lucas Director's Cut. Présenté au format d'origine 2.40 :1 dans une qualité renversante – et pour cause, la projection était intégralement numérique, comme ce fut le cas l'an passé pour Le Monde de Némo–, le film ne remporta visiblement pas tous les suffrages, comme en témoignent les nombreuses désertions en cours de séance. Une réaction qui contraste fortement avec l'impressionnante standing ovation de l'ensemble de la salle, une première fois lors de l'arrivée de Lucas sur scène (il en fut de même pour Francis Ford Coppola), puis une seconde à l'issue de la projection lorsque George Lucas fit une nouvelle apparition.

Second évènement de la journée : la présentation en avant-première de Criminal en présence des deux acteurs principaux, John C. Reilly et Diego Luna, du réalisateur Gregory Jacobs et du producteur Steven Soderbergh.

9, impair et manque
« Tiré du film Les Neuf Reines », nous indique très sobrement et presque (trop) timidement le générique de fin de Criminal. « Photocopié » aurait sans doute été un terme plus approprié. Et de préférence en soustrayant quelques couleurs car, arrivé à un tel niveau de recopie, il n'y a plus que le Psychose de Gus Van Sant, calquant au plan près le chef-d'œuvre d'Hitchcock, qui se place devant !

Soderbergh réalisateur (Ocean's Eleven, Solaris) ou producteur (Insomnia) nous avait habitué à nettement mieux en matière de remakes, capable de se distinguer suffisamment de l'original, en vue de trouver sa propre identité. Dans le cas de Criminal, dont il est une fois encore producteur aux côtés de George Clooney avec leur boîte de prod Section Eight, c'est tout le contraire qui se produit, le remake US ne vivant que dans l'ombre de l'original argentin tout au long du métrage. Et pour cause, à l'exception de la ville (Los Angeles en lieu et place de Buenos Aires), des acteurs (John C. Reilly, Diego Luna, Maggie Gyllenhaal et Peter Mulan), et de la rareté au centre de l'intrigue (un billet et non plus une plaque de timbres), absolument rien ne distingue Criminal des Neuf reines. Depuis la succession de petites arnaques au début du film, jusqu'au twist final, en passant par les différents rebondissements en cours d'histoire, le film de Gregory Jacobs recopie soigneusement une à une toutes les situations et toutes les scènes du long métrage de Fabian Bielinsky récompensé à Cognac en 2002.

Autant dire que, pour les personnes ayant déjà vu l'original, l'intérêt sera moindre, surtout que, amputé d'environ 25 minutes par rapport à sa version argentine (1h25 contre 1h50), Criminal perd en épaisseur des personnages et en suspense croissant ce qu'il récupère en humour léger dans le jeu des acteurs, et tout particulièrement celui du duo Reilly-Luna. Un exemple parmi tant d'autres : la course à pied d'une grande vivacité dans un cas, et d'une relative mollesse dans l'autre. Dans l'ensemble, Criminal n'est pas vraiment un mauvais film, à condition de ne pas avoir vu Les Neuf Reines depuis bien longtemps, ou mieux encore, de ne pas l'avoir vu du tout !

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