Compte rendu du mardi 7 septembre

Laurent Pécha | 8 septembre 2004
Laurent Pécha | 8 septembre 2004

Les jours se suivent et se ressemblent à Deauville. Toujours sous un soleil de plomb qui donne aux planches un petit air de croisette… les stars en moins, les films présentés en compétition relèvent pour l'instant d'un bon niveau. L'autre raison de se réjouir fut l'hommage rendu par le festival à Richard D. Zanuck, en projetant deux de ses productions les plus célèbres. À savoir deux collaborations avec le sieur Spielberg : The Sugarland Express (dommage que la copie proposée n'ait pas été à la hauteur) et Les Dents de la mer, œuvre insurpassable et indémodable, dont la vision sur grand écran dans une copie superbe, presque aussi bonne que celle présentée sur les différentes éditions DVD, nous a enthousiasmés au plus haut point. Pour finir, c'était vraiment la journée de toutes les joies puisque, le soir-même, deux nouveaux chroniqueurs d'Écran Large adhéraient au club des fans de Collateral, le grand petit film de Michael Mann, à l'efficacité redoutable.

La Mémoire dans la peau (The Final Cut)
Programmé au dernier moment à la place du Loverboy de Kevin Bacon, The Final Cut s'avère être la grosse surprise du festival. Le premier film de Omar Naim (27 ans !) réussit l'exploit d'être à la hauteur de son ambitieux scénario. Dans un monde futuriste, il est désormais possible de s'implanter une puce qui permet d'enregistrer toutes les images de sa vie, ces dernières étant exploitées au moment des obsèques pour rendre un dernier hommage aux défunts. Alan Hakman (Robin Williams) est un monteur, le meilleur sur le marché, chargé de préparer ces films funéraires expurgés des moments délicats. Traumatisé depuis son enfance par un drame (il a été le témoin impuissant de la mort d'un jeune garçon de 9 ans), Alan vit pour son travail avec une éthique des plus rigoureuses, jusqu'au jour où, chargé de monter le film de l'avocat de la société qui commercialise la fameuse puce Zoé, son passé revient à la surface.
Film sur la mémoire et ses transgressions, mais aussi vigoureux plaidoyer sur la toute-puissance de l'image, The Final Cut bluffe constamment son public. En réussissant le tour de force, surtout pour une première œuvre, de s'entourer d'une distribution de tout premier ordre (Robin Williams, Mira Sorvino, Jim Caviezel) et d'un des meilleurs directeurs de la photo sur le marché (le génial Tak Fujimoto, chef op de Jonathan Demme ou encore de Shyamalan sur Signes), Omar Naim assoit très rapidement son film dans des hautes sphères techniques et artistiques (les décors, à l'image de la console de montage tout en bois, sont magnifiques).
Ainsi plongé dans un univers des plus crédibles, le spectateur s'avère parfaitement conditionné pour apprécier l'énorme richesse du postulat inventé par le réalisateur-scénariste.
Si on dénote encore quelques maladresses (les motivations du personnage de « méchant » interprété par Caviezel manquent de profondeur, celui de Mira Sorvino méritait un traitement plus développé) et un rythme volontairement lent (l'impact du récit aurait peut-être gagné en efficacité si le cinéaste avait un peu plus joué la carte du suspense), The Final Cut possède trop d'atouts pour ne pas emporter l'adhésion. Et selon la formule consacrée, Omar Naim est un réalisateur à suivre de (très) près.
L.P.

La Balade sauvage (L'Autre Rive)
Deux jeunes frères, Chris (Jamie Bell) et Tim (Devon Alan), vivent avec leur père, John (Dermot Mulroney), dans une maison isolée perdue au fond de la forêt dans le sud des États-Unis, lorsque leur oncle Deel (Josh Lucas) débarque après avoir purgé une peine de prison. Voulant faire main basse sur l'or familial, celui-ci n'hésite pas à tuer son propre frère. Témoins du meurtre, les deux enfants prennent la fuite avec l'argent. Deel se lance à leur poursuite à travers le Mississipi...
Difficile de ne pas constater des similitudes entre l'intrigue de L'Autre Rive et celle de La Nuit du chasseur, tant les deux histoires sont proches. Et bien que ce troisième long métrage de David Gordon Green n'égale pas le monument sur celluloïd de Charles Laughton, ses nombreuses qualités lui permettent néanmoins de marcher sans trop avoir à rougir de la comparaison. Racontée sous la forme très ingénieuse d'un roman-photos (gros effort de montage dès le prologue), le réalisateur (également co-scénariste) s'attache tout d'abord à nous présenter avec beaucoup de soin le quotidien agricole de ces deux jeunes frères, dont l'un est brillamment interprété par l'excellent Jamie Bell, que l'on avait presque oublié depuis son étonnante prestation dans Billy Elliot en 2000. Quand arrive le moment de prendre la fuite, précédé d'une pétrifiante scène de lutte, le film bascule brutalement dans une forme de désarroi le plus complet, symbolisé à merveille par ces deux enfants qui n'en finissent plus de perdre leur innocence.
Alors, même si la fameuse rive tarde à arriver et à être rejointe, le personnage viscéralement cupide de l'oncle Dell permet finalement à l'ensemble de ne pas chavirer, et place David Gordon Green dans la barque des cinéastes dignes d'intérêt.
S.A.

La rédaction

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