On a vu Une jeune fille qui va bien, le film électrochoc de Sandrine Kiberlain

Christophe Foltzer | 8 octobre 2021
Christophe Foltzer | 8 octobre 2021

Présenté hors-compétition à la dernière édition du Festival International du Film de Saint-Jean-De-Luz, Une jeune fille qui va bien réalisé par Sandrine Kiberlain, nous a totalement pris par surprise. Il est maintenant temps de vous expliquer pourquoi.

 

Affiche officielle

 

De quoi ça parle ? Une fois n'est pas coutume, nous ne nous étendrons pas beaucoup sur la teneur du scénario. Il ne s'agit pas d'un aveu de fainéantise de notre part, mais bel et bien d'un service que l'on vous rend, pour que vous soyez le plus vierge possible lorsque vous irez voir le film (et vous irez le voir, c'est obligatoire). Disons simplement que nous suivons Irène, jeune comédienne de 19 ans qui souhaite à tout prix intégrer le Conservatoire pour débuter sa carrière. Mais lorsque le climat général se durcit, ses aptitudes d'actrices risquent fort de l'aider à préserver une certaine légèreté en dépit des drames qui s'annoncent.

C'était comment ? Pas la peine de faire durer le suspense plus longtemps, de toute façon, vous le voyez venir : pour son premier essai derrière la caméra, Sandrine Kiberlain nous offre un film extraordinaire. À tout point de vue. Il est d'ailleurs assez estomaquant de se rappeler qu'il ne s'agit que d'un premier film, que la réalisatrice portait en elle depuis de nombreuses années. Et c'est tout à son honneur d'avoir attendu le bon moment pour s'y attaquer. Certains devraient prendre exemple.

 

photo Une jeune fille qui va bienUne famille qui va devenir la vôtre.

 

Difficile d'en parler en profondeur sans déflorer la mécanique implacable qui s'empare de nous de la première à la dernière image, mais essayons. Le film est d'une rare intelligence formelle. De cette intelligence qui ne prend jamais son spectateur de haut, qui ne se perd jamais dans la démonstration narcissique de ses capacités supposées mais qui, au contraire, est entièrement dévouée au film lui-même. À l'image de toute construction vouée à l'équilibre, un film doit avoir de bonnes fondations. Dans le cas d'Une jeune fille qui va bien, elles sont en béton armé. 

Justesse du découpage, du montage, de la mise en scène, excellence de la bande-son indispensable et complémentaire au film tout entier, rien ne dépasse, rien n'est en trop, le métrage a été patiemment taillé jusqu'à l'os pendant de nombreuses années et le résultat s'avère plus que payant. La gestion du hors-champs, du "faux vide" qui se ressert progressivement sur les personnages à leur insu (et au nôtre d'ailleurs) ne peut que forcer l'admiration. Mais la vraie idée de génie est encore à venir.

 

photo, Rebecca MarderRebecca Marder, flamboyante.

 

Sandrine Kiberlain brouille volontairement les pistes sur les limites de son univers dès le départ. Elle entraîne ainsi le spectateur dans une véritable chasse au trésor, qui participe à l'intrigue, afin qu'il puisse enfin trouver ses marques. De manière subtile mais aussi intrusive, presque voyeuriste. Arrive alors le moment où le spectateur comprend de quoi il retourne et le film se transforme en objet multidimensionnel : un combat constant entre la forme, légère, le fond, extrêmement sombre, et le spectateur, pris entre ces deux feux.

Dans la plus pure tradition hitchcockienne, Une jeune fille qui va bien installe par ce procédé un suspense tenace et terriblement douloureux. Détenteur d'une information capitale mais inconnue des personnages, le spectateur ne peut plus être passif, ne peut plus savourer les scènes légères, il sait de quoi il retourne, il ne veut pas avoir raison, mais il n'a pas le choix. Il n'est pas dans le film et pourtant, par cette contradiction dimensionnelle, il est autant acteur que les formidables comédiens à l'écran (incroyable Rebecca Marder, superbes Anthony Bajon et India Hair) mais il incarne le rôle terrible de l'impuissance.

 

photo, Rebecca MarderNon, vous n'êtes pas prêts !

 

C'est là que le film prend toute sa dimension, toute sa saveur, là que le choc se produit pour ne plus jamais baisser en intensité. C'est là que le film devient universel et intemporel, tant il résonne avec les problématiques politiques, écologiques et économiques actuelles, qu'il nous remet en question, qu'il nous brutalise sans jamais nous asséner une leçon de morale. Et tout ça en partant d'une jeune femme qui rêve de devenir une grande actrice. Admirable.

Et ça sort quand ? Il va malheureusement falloir attendre encore quelques temps puisque le film ne sortira que le 26 janvier 2022. Une date à marquer au fluo dans votre agenda. 

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commentaires
Christophe Foltzer - Rédaction
10/10/2021 à 10:28

@couillu :

Juste de passage... ;)

Ethan
09/10/2021 à 20:25

C'est clair
T'as bien vendu le film
Sur ces problématiques actuelles je m'attends toujours au pire tant qu'elles reflètent toujours la même pensée "politiquement correct"
Mais bon ça à l'air pas mal dit comme ça. Et Sandrine Kiberlain joue bien dans ses films

couillu
08/10/2021 à 20:45

Mr Foltzer is back

Miglou kiffe
08/10/2021 à 18:38

Et bien !
On va y aller !

Mera
08/10/2021 à 18:34

rien avoir, une critique de prévue pour GAZA MON AMOUR ?

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