L'évènement : on a vu le Lion d'or qui prend aux tripes sur l'avortement

Alexandre Janowiak | 13 septembre 2021 - MAJ : 13/09/2021 12:09
Alexandre Janowiak | 13 septembre 2021 - MAJ : 13/09/2021 12:09

Après un prestigieux festival de Cannes, Ecran Large s'est décidé à faire un tour sur le Lido de Venise pour la 78e édition de la Mostra. Si Dune y était le grand film attendu (et notre critique est déjà là), le reste de la sélection a été d'un très haut niveau. Et c'est finalement le film français L'évènementréalisé par la Française Audrey Diwan, qui a reçu le Lion d'or (quelques semaines après la Palme d'or de Julia Ducournau pour Titane). On vous donne notre avis sur ce film choc et bouleversant sur l'avortement.

 

Affiche française

 

De quoi ça parle ? En 1963, Anne est une jeune étudiante en littérature studieuse, douée et faisant son possible pour sortir du statut prolétaire de ses parents. Mais lorsqu'elle découvre qu'elle est tombée enceinte, à quelques semaines de ses examens finaux, elle sait que ses rêves deviendront de lointains souvenirs si elle le garde. Déterminée à ne pas renoncer à son rêve universitaire, elle va tout faire pour trouver un moyen d'avorter, dans une France où l'IVG n'est pas encore légale.

C’était comment ? Avant L'évènement, Audrey Diwan n'avait réalisé qu'un seul film, Mais vous êtes fous, chronique sur l'addiction, ses conséquences sur l'humain, la famille et la relation d'un couple. Un drame familial correct, mais pas spécialement mémorable, ne laissant pas à penser que la cinéaste pourrait créer la sensation avec son deuxième film. Et pourtant, c'était bien la sous-estimer puisque L'évènement,  adapté du livre éponyme de Annie Ernaux, est un véritable choc et une des grandes claques récentes du cinéma français.

Avec intelligence, le long-métrage débute avec une certaine légèreté dans une soirée entre amis où Anne danse, chante et drague. Mais soudainement, alors que tout semble lui sourire, le récit bascule complètement dans le drame social. Très rapidement, l'héroïne (superbe Anamaria Vartolomei) découvre qu'elle est tombée enceinte et souhaite avorter de l'enfant qu'elle porte. Mais évidemment, dans une société française où l'avortement est encore interdit (sa pratique peut amener à de la prison) et où le désir des femmes est quasiment-proscrit, sa bataille va être ardue et s'avérer un véritable parcours du combattant.

 

 

Une course contre la montre sous-tension (qui ne cessera jamais) s'engage alors pour la jeune femme dans un monde où elle se retrouve de plus en plus esseulée au fil des semaines (un compteur pertinent et intelligemment utilisé par la narration vu la situation). Une isolation que capte à merveille la caméra d'Audrey Diwan. La mise en scène de la réalisatrice est, en effet, un des points forts du long-métrage. Filmé à l'épaule dans un cadre très resserré (4:3), le périple de Anne est composé majoritairement de plans-séquences suivant l'étudiante de près, à chaque instant de cette grossesse non-désirée.

Extrêmement immersive, la mise en scène rappelle d'ailleurs l'excellent film de László NemesLe Fils de Saulpuisque la caméra ne lâche jamais sa protagoniste, la filmant toujours à sa hauteur pour mieux scruter son visage, son regard, son souffle et ainsi transmettre chacune de ses émotions aux spectateurs, de son désarroi à sa nervosité en passant par sa peur et sa douleur. Et au-delà du drame social et du film d'émancipation, il y a d'ailleurs quelque chose du film de guerre dans L'évènement. 

 

 

En cherchant à avorter, Anne comprend qu'elle doit finalement cacher sa grossesse, éviter d'en parler avec qui que ce soit (même ses amies les plus proches) sous peine d'être trahie ou dénoncée, et rentre donc dans une forme de clandestinité. Et finalement, plus le temps avance et l'urgence presse, L'évènement devient une sorte de film de résistance : celui d'une femme livrée à elle-même pour disposer de son propre corps et jouir des droits auxquels chaque femme devrait pouvoir avoir accès.

Un mélange des genres avec lequel Audrey Diwan joue habilement pendant 1h40, sans jamais tomber dans le sensationnalisme, jusqu'à carrément faire chavirer l'intrigue dans l'horreur lors du climax. Une terreur viscérale qui rend un peu plus compte de l'expérience traumatique et bouleversante vécue par l'héroïne, mais aussi toutes les femmes ayant connu cette situation par le passé (ou encore aujourd'hui à travers le monde). Saisissant.

Et ça sort quand ? Il va falloir attendre quelques mois avant de découvrir le film le 2 février 2022 dans les salles de cinéma françaises, mais on devrait encore en entendre parler pendant un moment. Et c'est plus que mérité.

Tout savoir sur L'événement

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
JR
13/09/2021 à 17:22

Non, c'est une blague provoc de mauvais goût, rien de plus. Après, chaque dogme considère "la vie" à différentes étapes....même masturbatoire pour les plus radicaux...
Je doute sincèrement que le film soit joyeux, sans doute dans la veine de 4 mois, trois semaines et deux jours.
Mais débat-on du film, ou de l'avortement ?

DirtyCop
13/09/2021 à 17:16

C'est sûr que comparer de la masturbation à une opération chirurgicale visant à démembrer puis retirer un fœtus du ventre de sa mère, pardon, un vulgaire amas de cellules. C'est du même ordre.

JR
13/09/2021 à 16:07

@DirtyCop
un adolescent, un paquet de kleenex, un génocide.

Sujet suivant.

DirtyCop
13/09/2021 à 15:31

J'ai tellement hâte de suivre le calvaire d'une infanticide.

Berserkovore
13/09/2021 à 15:27

Le film ne sera évidemment jamais diffusé aux Etats-Unis et c'est bien dommage...

Numberz
13/09/2021 à 14:46

C8 oserait le diffuser ?

Punaise, cette Mostra chapeau bas.

Sanchez
13/09/2021 à 14:30

On peut dire que c’est un film événement

Kyle Reese
13/09/2021 à 14:09

Effectivement on n’imagine même pas ce que cela pouvait être avant le droit à l’avortement voté en 1975.,
Et quand on voit ce qui se passe aux Texas aujourd’hui …

alulu
13/09/2021 à 13:47

Les meufs morflaient à cette époque et les aiguilles à tricoter ne servaient pas que pour faire des pulls.

votre commentaire