Black Widow : le réalisateur de Dune soutient Scarlett Johansson dans son procès contre Disney

Lino Cassinat | 21 août 2021 - MAJ : 21/08/2021 16:40
Lino Cassinat | 21 août 2021 - MAJ : 21/08/2021 16:40

Denis Villeneuve, le réalisateur de Dune, affiche son soutien à Scarlett Johansson dans le conflit qui l'oppose à Disney au sujet de la sortie de Black Widow.

Ne vous y trompez pas : le procès qui oppose Disney et Scarlett Johansson peut sembler n'être qu'un conflit de plus entre une star et son studio, comme on en a vu tant d'autres, mais celui-ci pourrait avoir l'effet d'une bombe sur l'industrie hollywoodienne tant son issue pourrait créer un précédent crucial. Et si pour le moment personne ne moufte trop, les media spécialisés américains rapportent régulièrement que de nombreux acteurs et de nombreuses actrices songent également à attaquer en justice et suivent les développements de cette affaire avec beaucoup d'attention tout en soutenant Scarlett Johansson en coulisses. Mais aujourd'hui, il y en a un qui sort du bois. Et si ce n'est pas une star stricto sensu, sa parole a du poids.

 

photoDenis Villeneuve s'apprête à parler

 

Cela ne surprendra personne en réalité : Denis Villeneuve avait en effet déjà donné de la voix lorsque Warner avait annoncé son plan - annulé depuis - de sortir tous ses films en salles et sur HBO Max en même temps, rien de plus normal donc qu'il s'exprime à nouveau sur le sujet. Même si les propos de sa lettre ouverte dans Variety étaient plus mesurés que ceux d'un Christopher Nolan, il n'en restait pas moins que le cinéaste québécois est vent debout contre cette politique ambiante. Dans une longue interview parue dans Lapresse, il explique pourquoi il soutient la star de Black Widow et pourquoi cela relèverait selon lui d'un assassinat pur et simple de son prochain film Dune :

"Cette décision était comme un coup de poignard dans le dos et elle reste toujours inacceptable. Je trouve personnellement que les cinéastes ont tendance à se désengager en laissant tout dans les mains des distributeurs. Or, les changements qui surviennent dans le monde de la distribution ont un impact majeur sur la façon même de faire des films, sur l’évolution du langage cinématographique. Je vais défendre le cinéma en salle jusqu’à la fin. Et si jamais le bateau coule, je serai sur le pont !

 

photo, Scarlett JohanssonBlack Widow

 

À un moment, j’avoue avoir eu besoin d’un ami. Chris, un artiste pour qui j’ai un immense respect, m’a épaulé et m’a conseillé. Sa bienveillance à mon égard, tout comme celle d’Emma [Thomas, femme de Christopher Nolan et productrice de presque tous ses longs métrages], a été importante. Mais là, je sens de la part de Warner une volonté de rebâtir des ponts. Dune a été pensé, rêvé, conçu pour [le grand écran]. Greig Fraser [le directeur photo] et moi l’avons conçu comme une lettre d’amour au grand écran et c’est pour ça que j’ai pris l’histoire de HBO Max comme une insulte"

Réagissant ensuite au cas opposant Scarlett Johansson et Disney :

"Qu’arriverait-il si l’inverse se produisait et que nous ne respections pas les contrats que nous avons signés de notre côté ? En plus, il est faux de croire que le cinéma sur grand écran ne va pas bien. Mais cette industrie est en montagnes russes, ce qui ne cadre pas avec le désir de stabilité prisé par Wall Street. Et ces abonnements sur les plateformes apportent aux studios des revenus fixes. Je n’ai rien contre les plateformes, bien au contraire. Elles constituent un outil extraordinaire pour nous donner accès à la mémoire du cinéma. Mais la carrière d’un film doit d’abord commencer par le grand écran. À partir de maintenant, je vais d’ailleurs exiger par contrat que mes films sortent d’abord en exclusivité en salle."

Quand on vous disait que cette histoire allait inspirer de nouvelles pratiques...

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commentaires
GTB
24/08/2021 à 11:27

@ Ethan> Beaucoup de choses hors-sujet dans votre com'. On ne parlait pas spécialement de la situation sanitaire actuelle. Le règles sont ce qu'elles sont. Et ça n'est pas vraiment lié à ce débat salles/VOD qui existait avant la pandémie.
Je n'ai jamais dit que tout le monde devait voir ses films en VOD/SVOD. Bien au contraire, je parle de choix et de l'importance de la coexistence de ces services ET de la salle.
Enfin, il est toujours étrange comme les gens veulent convaincre que SVOD/VOD = seul, salles = partage. C'est un raccourci bancal. On peut partager la VOD/SVOD en famille, entre amis, et la salle est loin d'être systématiquement un lieu de communion/partage (ma séance de Kaamelott me donnait l'impression d'être entouré de mannequins).

Ethan
23/08/2021 à 23:54

@GTB
Le numérique pour plein de gens c'est abstrait.
Or comme dirait les 3 frères : "J'adore l'abstrait"
Ce que les gens veulent aller au cinéma sans masque, sans distance et surtout sans pass
Car la vie ce n'est pas derrière seul derrière un petit écran

Ethan
23/08/2021 à 23:47

@Birdy
Tu t'excites sur dune. Attends de voir le film. Ça tombe il sera nul

GTB
23/08/2021 à 13:23

Birdy 25i/s > Bien sûr que je comprends son propos dans le cadre de la sortie de Dune qu'il a pensé pour la salle. Là n'est pas la question. Son propos reste global. Et il a une limite à ce qu'il dit. Il est différent de présenter la salle comme le visionnage optimal, et le présenter comme la seule possibilité. Il est paradoxal de dire "non mais j'ai conçu et pensé mon film pour la salle, il faut qu'il soit vu là" et ensuite ouvrir sur des exploitations VOD/BR/TV/SVOD. De fait, ces exploitations soulignent bien la possibilité de voir ailleurs. Alors, pourquoi pas directement? Dans la com' du film t'ajoutes un macaron "better in theaters" et tu laisses le public faire son choix comme il veut, et (on oublie trop souvent) comme il peut!
Artistiquement, cette façon de présenter les choses ne me semble pas logique. Après, il y a l'aspect financier, ça c'est autre chose. J'ai vraiment du mal avec le fait que les fervents amoureux de la salle veulent à tout prix imposer aux autres leur préférence.
Et n'oubliez pas que l'expérience salle varie. Au delà du comportement des gens, du prix, du trajet etc...perso je ne vais plus en salle sans mes boules quies/écouteurs au cas où. Le niveau sonore en fonction des salles et des films (et des exigences des distributeurs, parce que oui ils exigents un volume minimum) de 80-85 (fort mais relativement tolérable) à plus de 98db (c'est démentiel). Soit un niveau nuisible à l'oreille. On en est là. Non seulement ça rend ma séance parfois très désagréable, mais ça bousille mon audition au passage.

Birdy 25i/s
23/08/2021 à 11:40

@ GTB : replace les propos de Villeneuve dans leur contexte : la sortie de son film, Dune, pensé pour un écran géant. Bien sur que tu peux voir babysitter 4 à la TV, et qu'il ne manquera à personne au ciné. Le grand spectacle avec un son dément, qui se vit en collectivité avec frisson général, murmures, quand la musique monte, ça se vit en salle.
Je n'échangerai jamais l'expérience inoubliable de mon fils de 8 ans allant voir Spiderman New Generation pour les découvertes vidéos dans mon home cinéma (prochainement les Goonies).
La transition économique, et pandémique imposent des choix, j'apprécie que Villeneuve, un des cinéastes actuels les plus passionnants, prenne position pour qu'on défende les salles.
Cela n'empêchera pas qu'un énorme volume de grosses daubes y sortent aussi, mais les chefs d'oeuvre, je veux les voir "à l'ancienne".

Birdy 25i/s
23/08/2021 à 11:32

@ Tim Lepus : Un film peut sortir au cinéma puis avoir une carrière à la TV, passer sur les plateformes, se vendre en SVOD ou bluray... je ne comprends pas ton propos sur la disparition de l'oeuvre... Perso Dune je le verrai sans doute 2 ou 3x au ciné, puis je l'achèterai.

GTB
23/08/2021 à 01:39

@ Blimouf> Et pourtant nombre de Netflix Originals sont très littéralement des films de cinéma. Des Uncut Gems ou At Eternity's Gate sortis en salles aux US, Netflix s'occupant de la distrib internationale. Et l'inverse existe également, Mignonnes ou J'ai Perdu Mon Corps sortis en salles chez nous, distribués à l'étranger par Netflix. Des Trial of the Chicago 7 ou Love & Monsters destinés à la salle et rachetés à la dernière minute par Netflix pour cause de pandémie. Et enfin les productions internes issues des mêmes boites de prod' traditionnelles.
Certes, il y a pas mal de choses médiocres, des produits de consommation; mais l'industrie n'a pas attendu Netflix pour ça. Les salles en sont blindées.

Cette distinction binaire tv/salles pour définir ce qui est du cinéma et ce qui n'en est pas n'a plus de sens aujourd'hui.

Blimouf
22/08/2021 à 21:52

Merci Dénis Villeneuve un de ses rares réalisateurs encore capable de faire vibrer la SF.
Sincèrement je dissocie l’univers télé et cinéma ce n’est pas là même chose le même moindre.
Les films Netflix pour la plupart n’ont à mon goût rien de cinématographique et peuvent être reproduits par des robots scripteurs.
J’irai voir ce film plusieurs fois au cinéma mais je crains qu’il fera un bide crise sanitaire ou pas car pas assez standardisé.
Je crois les doigts et espère me tromper.

Ethan
22/08/2021 à 20:20

@Eddie Felson
J'ai bien peur d'être dans une de ces catégories. Le pass je suis contre.
Non mais franchement on fait tout pour favoriser les svod

GTB
22/08/2021 à 13:17

"Mais la carrière d’un film doit d’abord commencer par le grand écran."

Cette affirmation à elle seule centralise le débat. Ce n'est pas une vérité absolue, mais une opinion. Dès lors il faut accepter qu'il existe d'autres opinions. L'une n'est pas meilleure que l'autre, elles se constituent juste sur des critères différents. Et aussi, on va pas se le cacher, sur ce qui est et non ce qui doit être. Est-ce que tout ceux qui pensent que tout film doit d'abord sortir en salles avant de connaitre d'autres exploitations (parce qu'il en a toujours était plus ou moins ainsi) pensent également, et dans le même ordre d'idée mais ou l'habitude est différente, que tout album musical doit d'abord exister via une tournée live avant d'être disponible en CD/streaming/achat numérique? Expérience optimale, collective, humaine, prestation en direct, contact et fusion public/artistes/musique, spectacle, lumière, ambiance.
Bien sûr cela limite l'accès dans un premier temps, mais il suffirait d'être patient après tout. Il en est de même pour une exploitation salle. Même un blockbusters à la distribution très large, de fait, limite son accès (à la localisation des cinémas, aux nombres de salles, de séances, de places). C'est dire à quel point les films normaux, et modestes, sont en réalité peu accessibles dans un premier temps. Onoda a grosso modo 10 fois moins de copies qu'un Kaamelott ou Fast 9. Et il serait idiot de la part du distributeur d'en mettre autant qu'un Marvel, risque de perte d'argent bien trop élevé. Et je ne parle même pas des films tout simplement pas distribué dans certains pays (y compris la France).
De mon point de vue, le système devrait évoluer à rendre les films plus accessibles day-one tout en travaillant à trouver un équilibre. Défendre le monopole de la salle c'est quelque part défendre le principe du "VIP first". Et ça n'est pas toujours pour le bien des films qui plus est. Et il me semble qu'il y a clairement un manque de confiance puisqu'apparemment on estime que si les films sortent simultanément en salles et ailleurs, il y a danger pour les salles. J'ai l'impression qu'on ne cherche aucunement à faire l'effort d'analyser la chose, on écarte purement et simplement toute mutation, et merde pour les failles du système actuel. Merde à ceux qui ne peuvent pas accéder aux films, merde à ce Cinéma qui meurt en salles, merde à la liberté de choisir,
Qu'on me comprenne bien, je ne prétends pas avoir de solution ou un argumentaire plus solide. Je souligne juste une impression d'une volonté d'immobilité plus confortable qu'une recherche d'adaptation, certes compliqué et complexe mais potentiellement meilleure et tout aussi viable.

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