Cannes 2021 : on a vu Vortex, le drame déprimant de Gaspar Noé sur la mort et la sénilité

Alexandre Janowiak | 17 juillet 2021 - MAJ : 18/07/2021 19:54
Alexandre Janowiak | 17 juillet 2021 - MAJ : 18/07/2021 19:54

Comme (presque) chaque année, Cannes bat son plein, et fait déferler sur la Croisette des centaines de films plus ou moins attendus. Après une ouverture sensationnelle avec Annette, le festival dévoile un peu plus ses films chaque jour. L'heure pour nous de vous livrer notre avis à chaud sur Vortex de Gaspar Noé, longue marche funèbre vers la mort et dernier film présenté en séance officielle durant ce Cannes 2021 avant la cérémonie de clôture.

Affiche française

 

De quoi ça parle ? Un couple de personnages âgés est victimes de sa propre dégénérescence et s'approche inlassablement de la mort devant leur fils totalement impuissant.

C’était comment ? Surprenant et déprimant. Surprenant d'abord parce qu'on n'avait pas encore vu Gaspar Noé délaisser les effets de styles épileptiques, les musiques bruyantes et l'énergie fougueuse caractéristique de son cinéma depuis plus de vingt ans. Entre Enter the VoidIrréversible ou plus récemment Climaxl'Argentin a toujours fait la part belle à une certaine virtuosité visuelle (parfois un peu tape à l'oeil) enchaînant les séquences impressionnantes (l'ouverture de Climax, la traversée subjective de Enter the Void...), quitte à négliger quelque peu son récit.

Dès les premières minutes de Vortex,  la surprise est donc grande. On comprend rapidement que Gaspar Noé va s'éloigner de ses standards pour proposer une oeuvre bien différente. Toujours aussi cruelle, toujours aussi funeste... mais porté par un dispositif beaucoup plus minimaliste à l'écran et une lenteur troublante, venant accentuer l'engourdissement physique et mental de ses personnages. 

 

 

Du haut de ses 57 ans, Gaspar Noé quitte ainsi son cinéma survitaminé et tripant, le temps d'un film, pour regarder plus loin qu'auparavant, du côté de la mort. Terminé les néons et tropismes habituels, le cinéaste s'engouffre dans une longue déambulation pré-mortem au coeur d'un appartement parisien. C'est celui d'un couple âgé, un homme et une femme. Lui est un ex-critique de cinéma et désormais écrivain (Dario Argento) ; elle est une ancienne psychiatre complètement sénile, perdant la mémoire et ses repères (déchirante Françoise Lebrun).

Durant 2h22 (c'est peut-être un peu long en vérité), Gaspar Noé va ainsi raconter les longs derniers jours de leur existence. De manière ingénieuse, Noé démarre (après une intro relevant presque du surréel) son long-métrage sur le réveil du couple, pour mieux les séparer. Splittant l'écran en deux par une bande noire, la caméra va ainsi suivre les pérégrinations des deux seniors en parallèle. Un moyen malin de ne pas s'enfermer à travers un seul regard et mieux fouiller leurs lassitudes, leurs craintes, leurs mesquineries (in)volontaires ou leurs errances respectives.

 

photoUn drame sans couverture

 

Si la mise en scène est dénuée d'effets, elle n'en reste donc pas moins fascinante, l'ensemble se déroulant au trois-quart dans un appartement étriqué où livres, paperasses et babioles en tout genre jonchent les couloirs et meubles vieillis par le temps, comme une allégorie des cerveaux malades du couple en décrépitude.

Par conséquent, le réalisateur saisit avec un réalisme désarmant (et déprimant) le délitement de ce couple. Un duo marqué par le temps (Noé nous avait prévenus, il détruit tout) dont le cinéaste capte le désarroi à travers leur regard vide dévastant, leur désolation de vivre (les excuses du personnage de François Lebrun achèvent tout) et surtout leur attente désespérée d'une mort certaine, menaçante et pourtant patiente, comme si elle se complaisait de leur souffrance.

S'il est sûrement le film le plus mature de Noé de par son sujet et son traitement (et aussi son plus grand public), Vortex est peut-être aussi le plus triste, car il dépeint un état que l'on pourrait tous connaître personnellement (ou à travers un proche comme l'expérimente le fils interprété par le très juste Alex Lutz). Une oeuvre saisissante sur la vieillesse et ceux dont "la mort du cerveau arrivera avant celle du coeur". 

Et ça sort quand ? Le film n'a pas encore de date de sortie, mais sera distribué par Wild Bunch.

Tout savoir sur Vortex

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commentaires
the End time for the Boomers is here
18/07/2021 à 08:22

dans le même genre il ya un film tres deprimant( et ultra vieux visuellment) qui s'appelle le "chat" avec Gabin et Signoret par Granier -deferre,quasi 50 ans au compteur, au milieu de demolition/ construction des futurs cites diversifies, ...,dans leur maison, par encore expulsés,les "vieux "sont cernés de toutes part...

Den the gun
17/07/2021 à 19:43

Faudrait revoir la bôite des commentaires...

Den the gun
17/07/2021 à 19:42

Ben vu l'ambiance actuelle, c'est pas vraiment celui qui me tente le plus en ce moment.
Pourtant j'ai adoré Enter the Void, mais bon.

Grandnico
17/07/2021 à 19:40

ben écoute, je veux bien taider @rayan, je pense que cela ferait du bien au cinéma en plus.

Den the gun
17/07/2021 à 19:39

Ben vu l'ambiance actuelle, c'est pas vraiment celui qui me tente le plus en ce moment.

fuck
17/07/2021 à 18:17

"Gaspar Noé quitte ainsi son cinéma survitaminé et tripant, le temps d'un film, pour regarder plus loin qu'auparavant, du côté de la mort." C'était déjà le sujet de Enter the Void.
"Un duo marqué par le temps (Noé nous avait prévenus, il détruit tout)" Un adepte de Léo Ferré donc.
Sinon vous avez oublié de dire que le décor est signé Jean Rabasse.

Roxy
17/07/2021 à 18:12

@Rayan
Va plutôt te faire couper les doigts, tu nous feras des vacances.

Rayan
17/07/2021 à 18:08

2h22 ???????

Les gens qui regardent ce genre de films sont vraiment des gros sado ma parole, plutôt me crever les yeux

Dario 2 Palma
17/07/2021 à 15:16

Sûrement le premier film de Noé qui me tente par son sujet et son casting, car j'ai du mal avec ses obsessions comme avec son style d'habitude.. votre avis est intrigant en tout cas. Curieux de voir aussi Argento en acteur. En espérant que le film sorte au cinéma prochainement.

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